Les damnés (Joseph Losey, 1963)

Des adolescents découvrent par hasard une base militaire dans laquelle des scientifiques se livrent à des expériences secrètes…

The damned est un film de science-fiction improbable tourné par Joseph Losey pour la Hammer. C’est un navet. Il y a bien quelques belles idées mais le film est irregardable à cause d’un scénario complètement nul.

Sept épées pour le roi (Riccardo Freda, 1963)

Au début du XVIIème siècle, des nobles intriguent pour déposséder le roi de son trône.

Conjurations, sadisme, poursuites, duels…tous les ingrédients du film de cape et d’épée sont présents dans ce film de Riccardo Freda très prisé des amateurs du cinéaste mais le liant, c’est à dire la narration, manque gravement de substance. Lorsqu’à la même époque (1964), Anthony Mann met en scène La chute de l’empire romain, il donne de l’épaisseur à ses personnages, il insuffle une dimension tragique à ce qu’il raconte en plus de réaliser un film superbe plastiquement. Cette prise au sérieux de l’histoire racontée, l’eusse t-elle déja été mille fois, c’est peut-être ce qui faisait la différence entre Hollywood et le reste du monde. Ici au contraire,  le fait que les auteurs ne dépassent jamais les conventions et la fadeur des acteurs empêchent l’implication du spectateur dans le film. Reste la  préciosité baroque de la mise en scène. Sept épées pour le roi est l’oeuvre d’un esthète. Il y a un beau travail sur la couleur, la lumière. Brio et inventivité caractérisent les séquences d’action (excellent duel final dans la salle de torture notamment) mais a contrario les  passages de dialogue sont d’une affligeante platitude.

L’histoire de la femme (Mikio Naruse, 1963)

Les récits mis en scène par Naruse sont souvent soumis à une relative unité de lieu et de temps. Ce n’est pas le cas dans ce très beau mélodrame romanesque qui porte bien son nom et dans lequel les flashbacks retracent la vie d’une femme japonaise. Une vie marquée par la seconde guerre mondiale, une vie faite d’abnégation et de sacrifices pour son fils ou son mari. Le film est dur mais il n’y a pas de complaisance masochiste dans l’étalage des souffrances de cette héroïne grâce à une mise en scène d’une élégance de chaque instant et à une fin lumineuse où l’espoir s’incarne dans un nouveau-né. Les actrices sont évidemment magnifiques, toujours dignes dans la tristesse. A travers les générations, les femmes supportent et endurent mais les temps changent, et avec le changement naît l’espoir…espoir final incarné dans…un homme. Superbe.

Rogopag (Roberto Rossellini, Jean-Luc Godard, Pier Paolo Pasolini et Ugo Gregoretti, 1963)

Rogopag est un ensemble de courts-métrages nommé d’après les premières lettres des noms des cinéastes.
Pureté de Rossellini est l’histoire d’un homme d’affaire américain qui tente de séduire une ravissante hôtesse de l’air. Les férus d’analyse sans goût qui vénèrent Brian De Palma auront matière à s’amuser avec le cinéma auto-réflexif parce que le businessman prend plaisir à filmer sa dulcinée. Les autres oublieront rapidement cette oeuvrette de l’auteur de Stromboli. Le nouveau monde est l’histoire d’un jeune couple parisien typique de la Nouvelle Vague française. Comme c’est Jean-Luc Godard qui réalise, c’est saupoudré d’un péril nucléaire. La ricotta est un film-essai de Pasolini avec Orson Welles qui joue le rôle d’un cinéaste qui met en scène la passion du Christ. Pasolini ne cherche même pas à camoufler son autoportrait (« je suis un catholique marxiste qui pense que les bourgeois italiens sont des ignorants »). Il y a des accélérés (soit le procédé le plus hideux qui existe au cinéma) et un parallèle douteux entre le destin d’un comédien affamé et celui du Christ. On est à des années lumières de la splendeur de L’Evangile selon St Matthieu, qui sortira l’année suivante. Le dernier film, Le poulet de grain, est une grossière satire de la société de consommation réalisée par un intellectuel italien, Ugo Gregoretti. A voir ce film, on comprend pourquoi ce monsieur n’a pas fait carrière dans le cinéma.
Bref, Rogopag est un agrégat de films complètement anecdotiques. Ce quel que soit le prestige de leurs auteurs.

Une certaine rencontre (Robert Mulligan, Love with the Proper Stranger, 1963)


Merveilleux !
Un film qui, via un réalisme saisissant et des questions brûlantes abordées de front, régénère le pouvoir enchanteur du meilleur cinéma hollywoodien, pouvoir alors amenuisé par la fin de l’âge d’or des studios. En effet, le film démarre comme un drame intimiste avant de s’achever comme une comédie romantique sans que jamais le spectateur ne perçoive la transition. C’est que les clichés eux-mêmes sont des ressorts dramatiques puisque Une certaine rencontre peut être résumé comme la confrontation entre l’amour comme idéal formaté par les contes de fées et Hollywood et l’amour comme réalité sociale généralement contraignante (mariage…). Le film n’est ni plus ni moins que l’histoire d’une jeune femme à l’esprit indépendant (une femme « moderne » diront certains) qui va tenter de trouver sa voie entre le poids des traditions familiales et ses images d’adolescente qu’elle sait surannées mais qu’elle ne peut s’ôter de la tête. Ou comment composer avec la réalité pour trouver son bonheur. Le style de Robert Mulligan convient parfaitement à cette histoire à la fois crue et optimiste; c’est une parfaite synthèse entre acquis des nouvelles vagues (filmage dans la rue, ellipses audacieuses qui dynamisent la narration, représentation mature de la sexualité) et clichés utilisés avec justesse (la séquence dans le taxi de nuit, très hollywoodienne). Grâce à ce génie de la composition, le cinéaste arrive à de véritables miracles -tel, dans la séquence centrale de l’œuvre, la captation de la naissance du sentiment amoureux. De plus, la musique doucement lyrique d’Elmer Bernstein se marie à merveille aux images de Mulligan.
Enfin, il serait inconvenant de finir une chronique, si minime soit-elle, d’Une certaine rencontre sans parler du couple de vedettes. Steve McQueen est étonnant dans ce rôle à contre-emploi d’homme un peu terne dépassé par la situation.
Et, j’ai gardé le meilleur pour la fin, Natalie Wood est juste resplendissante dans ce petit chef d’œuvre. Comme j’espère vous en avoir convaincu, le film est excellent, mais Natalie est y tellement belle -ses yeux, son sourire, son corps, ses diverses coupes de cheveux, tout, tout, absolument tout concourt ici à l’élever au rang d’incarnation de la perfection féminine- qu’à elle seule elle justifie un coup d’oeil attentif sur cette oeuvre injustement méconnue du non moins injustement méconnu Robert Mulligan.

Le cardinal (Otto Preminger, 1963)

Intelligence du traitement, ampleur du récit, émotion indéniable, ce joyau est un des tout meilleurs films du grand Otto Preminger, quelque part entre Laura et Tempête à Washington. Nommé à l’Oscar en son temps, je me demande pourquoi il est quasi-oublié aujourd’hui. Acteur principal inconnu ? certes, mais Tom Tryon est parfait dans le rôle. Et puis la distribution comporte quelques grands noms, à commencer par Romy Schneider, aussi ravissante lorsqu’elle incarne la jeune étudiante autrichienne idéaliste qu’émouvante lorsqu’elle prend conscience de l’horreur nazie à ses propres dépends. Sujet austère ? a priori, l’ascension d’un cardinal ne devrait passioner qu’un nombre restreint d’initiés mais la dramaturgie romanesque la rend captivante tandis que le regard distancié et pondéré de Preminger élève le film, en fait une oeuvre capable de parler à chacun, une oeuvre sur l’accomplissement personnel face au monde.

Chef d’oeuvre.