Alvarez Kelly (Edward Dmytryk, 1966)

En 1864, un convoyeur de boeufs mexicain travaillant avec les nordistes est capturé par des confédérés pour qu’il les aide à faire passer du bétail à travers le blocus de Richmond.

Certaines articulations du récit sont téléphonées, la fusion dramatique entre la rivalité personnelle et les enjeux militaires est grossière. Effleurant une multitude de pistes intéressantes, Alvarez Kelly manque d’un point de vue affirmé sur  son sujet. De plus, Richard Widmark cabotine un peu et William Holden n’est pas un Mexicain très crédible. Toutefois, le film se suit avec un certain plaisir grâce à sa bonne tenue formelle. Notamment, les scènes de batailles, avec leurs multiples cascades équestres, ne manquent pas d’intensité.

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L’armée Brancaleone (Mario Monicelli, 1966)

Ayant par hasard récupéré le titre de possession d’un fief, une bande de manants entraîne un chevalier désargenté dans une drôle d’équipée…

L’armata Brancaleone est peut-être le chef d’oeuvre de Mario Monicelli. Pour une fois, le ridicule de ses protagonistes n’apparaît pas comme une mesquine facilité. Est-ce dû au contexte temporel? Le fait est que le mélange de crudité démystificatrice et de fantaisie grotesque de la mise en scène donne une assez juste idée de l’époque représentée et fait de cette comédie un des meilleurs films sur le Moyen-âge. L’épisode de la croisade des gueux avec le leader halluciné qui ne parle qu’en criant est particulièrement bien senti.

Toutefois, L’armata Brancaleone ne serait pas un film très intéressant (ni très courageux) s’il se contentait de brocarder un obscurantisme millénaire. Au-delà de la verve satirique et burlesque qu’ils déploient avec une grande inventivité, Age, Scarpelli et Monicelli savent accorder à leurs personnages une dignité salvatrice. Ainsi Brancaleone, superbement interprété par Vittorio Gassman, est bête mais a le coeur noble. Il se comporte à plusieurs reprise tel Don Quichotte. D’ailleurs, ce récit picaresque qui entraîne les personnages dans différentes aventures -cocasses, effrayantes voire émouvantes- est sans doute le plus parfait équivalent cinématographique à l’absolu chef d’oeuvre de Cervantès (quoique sans la dimension réflexive de sa deuxième partie).

Derrière la dérision, le profond respect des auteurs pour leur matière est également tangible dans la façon dont ils restituent la campagne italienne: ses paysages, ses églises et ses villages ont, mine de rien, rarement été aussi bien filmés. L’équilibre pictural de plusieurs plans participe de la nature profondément classique de cette farce qui, entre autres rares plaisirs, donne l’occasion de voir Gian Maria Volonte nanti d’une coupe de douilles lui donnant des airs à la Régis Laspalès.

Le contour de la nuit (Noboru Nakamura, 1966)

Une prostituée raconte à un client amoureux comment elle en est arrivée là, suite à sa rencontre avec un yakuza.

Plus que l’esthétisation outrancière (grosse utilisation des néons), c’est la complexité de la relation entre la pute et son mac qui revivifie ce schéma déjà mille fois traité, jusqu’à faire apparaître un puissant dilemme tragique. Pas mal.

La diligence vers l’Ouest (Stagecoach, Gordon Douglas, 1966)

Une diligence avec à son bord une prostituée, un bandit, un docteur alcoolique, un banquier, et un joueur part vers l’Ouest à travers les territoires indiens…

Remake habile et parfaitement inintéressant du grand classique de John Ford. Les vertus de concision de l’original ont laissé place à une lourde explicitation des caractères et des enjeux dramatiques, bien dans l’air du temps.

La proie nue (Cornel Wilde, 1966)

Au XIXème siècle, un Blanc est utilisé par une tribu africaine comme proie d’une chasse à l’homme.

Un récit de survie assez radical puisque seule l’action compte (les dialogues des indigènes n’étant pas sous-titrés). Il y a de beaux moments de barbarie mais il faut reconnaître qu’à la longue, ce récit aussi primitif que ses personnages est un peu chiant d’autant que la thématique du « retour à la sauvagerie » est appuyée par de -nombreuses- séquences de documentaire animalier. Son pseudo-remake, Apocalypto, est plus abouti et plus intense.