Twisted nerve (Roy Boulting, 1968)

Un jeune homme très couvé par sa mère et dont le frère est mongolien part s’installer dans une pension de famille tenue par une femme dont la fille est ravissante…

Un portrait de psychopathe dans la lignée du Voyeur de Michael Powell. Ce genre de film n’a a priori aucune espèce d’intérêt à mes yeux mais en l’occurrence, le découpage oppressant, le décalage malaisant créé par les couleurs pastel, l’interprétation sensible de Hywell Benett et, surtout, la suggestion d’un lien précis entre l’anomalie psychologique et le tabou autour de l’anomalie génétique élargissent poétiquement les dimensions de l’oeuvre, en dépit de quelques facilités dans le scénario. J’ajoute que Billie Whitelaw et Hayley Mills forment un couple mère/fille incroyablement sexy.

Fais-moi très mal mais couvre-moi de baisers (Dino Risi, 1968)

Croyant à des ragots malveillants, un jeune coiffeur s’en prend à sa fiancée qui s’enfuit alors.

Comédie italienne qui se distingue des autres films du genre par une teinte burlesque et absurde assez prononcée. L’humour est donc diversifié, les acteurs sont bons et pas mal d’idées comiques percutent ici et là mais il manque à ce récit hétérogène, de par sa nature picaresque, et qualitativement inégal (ainsi la partie « amants diaboliques » est moins convaincante, plus convenue, que la satire sociale qui précède) l’esprit de synthèse propre aux chefs d’oeuvre de Dino Risi (tel Une vie difficile). Film tout de même drôle, inventif et varié, Fais-moi très mal mais couvre-moi de baisers est d’autant plus emblématique de la vitalité du genre dans lequel il s’inscrit qu’il n’a pas le caractère exceptionnel d’un classique.

Le grand inquisiteur (Witchfinder General, Michael Reeves, 1968)

Pendant la première révolution anglaise, les pérégrinations du sinistre Matthew Hopkins, chasseur de sorcières de son état.

Comme souvent dans les films de ce genre, il y a une certaine complaisance dans les effets sanguinolents. La mise en scène est inégale mais le jeune réalisateur fait montre à plusieurs reprise de son aptitude à retranscrire la beauté de la nature. Ainsi, quelques magnifiques plans de la campagne anglaise restent-ils en mémoire, en raison notamment de leur lumière si particulière, un peu floue. De plus, la noirceur inattendue de la fin apporte un peu de profondeur à un récit par ailleurs superficiel (le passionnant contexte politique n’est guère exploité dans la dramaturgie) et excessivement manichéen (les méchants sont vraiment très très méchants). A voir si on est client du genre « épouvante ».

Black Jesus (Seduto alla sua destra, Valerio Zurlini, 1968)

Dans un pays colonisé d’Afrique, le calvaire d’un leader indépendantiste pacifiste.

C’est une allégorie christique de gauche évidemment insupportable sur le papier (on songe à Dieu est mort, le pire ratage de Ford). Néanmoins, force est de constater que la mise en scène de Zurlini sauve quelques meubles. Le parti-pris d’épure bien tenu, l’élégante concision du découpage, le lyrisme mesuré de plusieurs plans et l’écrasant charisme de Woody Strode donnent une certaine puissance évocatrice à la fable en dépit du grossier manichéisme de ses ressorts dramatiques. Pas si mauvais.

L’amour à cheval (La matriarca, Pasquale Festa Campanile, 1968)

Une jeune veuve découvrant que son mari la trompait allègrement s’initie au libertinage.

Festa Campanile réalisateur, c’est le versant grivois de la comédie italienne. La matriarca est une sorte de catalogue des perversions sexuelles où l’on prend soin cependant de ne pas montrer le moindre téton. Le machisme latin est (très) grossièrement satirisé dans un récit superficiel et assez redondant. L’agréable soupe psychédélique qui sert de bande-son aussi bien que la direction artistique tendance abstrait sont typiques des 60’s. Le réalisateur abuse des effets kitsch (zooms, ralentis) mais il sait garder une distance ironique par rapport aux découvertes de sa candide héroïne. Ainsi lorsqu’elle quitte un jeu de rôles SM au grand désarroi de ses partenaires: « c’est trop ridicule, vous me faites rire ». Cette distance préserve Festa Campanile de la vulgarité qui aurait pu être la sienne avec un tel matériau.

Le jour des Apaches (Day of the evil gun, Jerry Thorpe, 1968)

Un pistolero dont l’épouse et la fille ont été enlevées par les Apaches part à leur recherche, aidé par son voisin qui avait une liaison avec sa femme.

L’habituelle recherche des femmes enlevées par les Indiens est donc mêlée à une idée originale et riche de potentiel dramatique. Les deux personnages principaux sont particulièrement intéressants. Caractérisés avec finesse et simplicité, ils réagissent avec une justesse humaine éloignée des poncifs hollywoodiens. Le regard est droit, le style est sec et sans fioriture (on note la brutalité des transition entre les séquences). Glenn Ford et Arthur Kennedy sont excellents. Physiquement parlant, Kennedy quinquagénaire évoque ce monstre d’humanité qu’était Rellys. Le pessimisme de Jerry Thorpe  n’est pas fanfaron comme celui d’un Peckinpah. Il est dur, lucide et donc inévitablement tempéré par des gestes qui vont à l’encontre de ce pessimisme, des gestes que la caméra saisit dans toute leur soudaineté. Day of the evil gun est donc un beau western qui, sans payer de mine, est injustement méconnu.