Qui a tiré le premier? (A time for dying, Budd Boetticher, 1969)

Un jeune homme habile avec son pistolet enlève une jeune fille qui avait été envoyée dans un bordel et est forcé de l’épouser par le juge Roy Bean.

Pour fauché qu’il soit, ce dernier western du grand Budd Boetticher n’en demeure pas moins impressionnant grâce à une science des ruptures de ton qui culmine dans une fin littéralement extraordinaire.

 

Remparts d’argile (Jean-Louis Bertuccelli, 1969)

Dans un village du Sahara, l’armée arrive après que les hommes, travaillant dans une carrière, se sont mis en grève.

Jean-Louis Bertuccelli a beau avoir eu un coup de coeur pour un village du Sahara, son film n’apparaît que comme une compilation des tics du cinéma absurde et conceptuel de son époque. Dramatiquement, esthétiquement, didactiquement et politiquement, c’est nul. Remparts d’argile est un film aussi vain que du Miklos Jancso (sans en avoir la virtuosité formelle).

L’escalier (Stanley Donen, 1969)

A Londres, deux vieux homosexuels vivent chez la mère de l’un deux.

Evidemment, à l’époque de sa sortie, Staircase a dû paraître audacieux et certains traits gardent une certaine justesse (la mélancolie du couple devant les enfants qu’ils ne pourront jamais avoir). Toutefois, cette adaptation d’une pièce de théâtre est sûrement le film le plus sinistre de Stanley Donen. La complaisance dans le sordide (l’appartement marronnasse, les tâches de pisse sur les draps…) rend le film très pénible à regarder. Le cabotinage de Burton et Harrisson n’amène ni la vie ni la lumière ni la gaieté ni la vérité qui font cruellement défaut au film.

Caine (Shark! , Samuel Fuller, 1969)

Au Soudan, un couple d’Américains emploie un contrebandier en fuite pour explorer un navire coulé dans la mer Rouge…

Le pire film de Samuel Fuller, désavoué par le réalisateur qui faillit en venir aux mains avec ses producteurs qui étaient, comme l’encart commercial en haut de l’affiche l’indique, peu scrupuleux. Est-ce de leur faute si le résultat est d’une décourageante platitude? L’argument dramatique, une sorte de Rapaces de série B, avait pourtant de quoi séduire mais le découpage sans imagination (un comble pour Fuller qui vit son film charcuté au montage), la musique d’ascenseur qui massacre invariablement les diverses scènes et la nullité des dialogues font ressortir l’indigence du récit et le ridicule des naïvetés de roman de gare prisées, mais habituellement transcendées, par l’auteur de Naked kiss. A oublier!

 

Butch Cassidy et le Kid (George Roy Hill, 1969)

Au début du XXème siècle, deux bandits de l’Ouest américain s’enfuient vers l’Amérique du Sud…

En plus d’être moralement très contestable, le parti-pris qui fut celui de rendre sympathique ces deux crapules (montrées comme ne tirant jamais qu’en état de légitime défense et se souciant de la santé des caissiers qu’ils braquent) a vite fait de désamorcer tout l’intérêt dramatique du film. Cette violence montrée comme sans conséquence grave, cette absence de contre-champ au point de vue des deux hors-la-loi qui introduirait un semblant de dialectique et donc de dramaturgie, alliée à la répétitivité du récit (l’Oscar du meilleur scénario qui fut attribué à Butch Cassidy et le Kid demeure pour moi un mystère) et à la fadeur de Redford fait que la nonchalance vire rapidement à l’inconsistance.

Les patates (Claude Autant-Lara, 1969)

Pendant l’Occupation, dans un village des Ardennes (alors zone «interdite»), un père de famille brave les autorités pour se procurer des patates et sauver les siens de la famine.

Ramener la guerre à des considérations stomacales permet à l’anarchisme pacifiste de Claude Autant-Lara de s’exprimer concrètement, sans sombrer dans le relativisme moral ou la caricature. Déjouant les schémas idéologiques au fur et à mesure d’un récit où seules les fonctions vitales motivent les protagonistes, il atteint à une certaine vérité élémentaire sur l’humanité plongée dans le chaos.

Le ton picaresque de la comédie noire évite le misérabilisme. On retrouve dans Les patates le même mélange de lucidité, de dérision et de pitié que dans Voyage au bout de la Nuit ou Le bon, la brute et le truand, autres œuvres sur des pauvres gens qui, plongés dans la tourmente d’un conflit gigantesque, luttent âprement et uniquement pour leur survie immédiate.

La scène d’introduction montre bien en quoi l’auteur de En cas de malheur a positivement évolué : pendant un enterrement, le héros aperçoit un lièvre. Délaissant la cérémonie, il le chasse dans le cimetière et s’en empare. Enième provocation de l’anti-clérical Autant-Lara?  Peut-être, mais la scène ne se limite pas à ce coup de griffe : le héros, quoique son pantalon soit maintenant trop grand pour lui, offre ensuite sa proie à la veuve « parce que c’est plus correct ». Le pessimisme est ici un humanisme et la disette généralisée n’empêche pas toujours la générosité d’affleurer, ici et là.

Pierre Perret n’est pas le meilleur acteur du monde mais le film, sans être un chef d’œuvre, est une réussite mémorable. Esthétiquement, Autant-Lara retrouve le classicisme imparable de Douce. Entre autres qualités de mise en scène, on note l’utilisation dramatique et poétique du brouillard ardennais qui donne une grande force au plan final (dans sa critique des Cahiers du cinéma, Michel Delahaye le comparait à celui du Héros sacrilège de Mizoguchi).