La salamandre (Alain Tanner, 1971)

Deux journalistes s’intéressent à une jeune fille qui fut accusée d’avoir tiré sur son oncle.

La fine entomologie marxiste de Alain Tanner est vivifiée par la grâce de Bulle Ogier dont le beau personnage s’avère irréductible aux analyses, pourtant pertinentes, des deux intellectuels. La salamandre est un film libre et varié tout en étant précis et juste.

Film sans titre (Jean-Claude Brisseau, 1978)

Un professeur de Français voit sa femme s’éloigner de lui au fur et à mesure qu’elle se passionne pour le spiritisme.

Film jamais sorti et dénué de titre, ce deuxième long-métrage de Jean-Claude Brisseau paraît encore plus fauché que son premier: La croisée des chemins. Il est presque aussi beau. La désespérance sociale, l’absence d’horizon de ses personnages, est à la fois relativisée et accentuée par la terrifiante mélancolie que peut inspirer l’immensité de l’univers -temps et espace. L’infini cosmique, le cinéaste le fait ressentir via un didactisme justifié par la profession du héros. La pureté frontale du style s’accorde à l’économie de moyens et c’est une émotion réelle qui nous saisit dans la dernière séquence où l’amour d’une petite fille, peut-être, consolera de la tristesse absolue. Cette frontalité de Brisseau, reflet d’une innocence fondamentale, lui permet de dépasser les aspects grotesques et malsains d’un tel argument pour atteindre au sublime. Le film a beau garder un côté brouillon (je peine à lier les scènes d’entretiens au reste de l’oeuvre), il exprime la poétique de son auteur avec mille fois plus de force directe que ses dernières réalisations, encombrées par le verbiage.

Profitez-en tant qu’il est encore visible.

Je demande la parole (Gleb Panfilov, 1976)

En URSS, la présidente d’un soviet local se remémore sa vie lorsque son fils décède accidentellement.

Intéressante car concrète plongée dans la vie sociale et familiale d’une responsable soviétique qui, sans le critiquer franchement, n’élude pas certains aspects déplaisants du régime communiste (la censure). Les liens entre vie politique et vie privée sont restitués avec une certaine justesse. C’est long mais c’est probablement le meilleur rôle de Inna Tchourikova et un des films intéressants de Gleb Panfilov.

 

Un génie, deux associés, une cloche (Damiano Damiani, 1975)

Un homme manipule un couple d’escrocs pour faire échouer le plan d’un colonel de cavalerie voulant voler des terres aurifères aux Indiens.

La puérilité parodique, typique du western italien en fin de course, n’annihile jamais complètement l’intérêt dramatique parce que le film a la forme d’un déroulé d’action continue et que cette action est mise en scène avec un indéniable brio, fût-il caricatural. Ce ton m’a beaucoup fait songer à Lucky Luke. Malgré la confusion de la narration, accentuée par les aléas de la post-production (des négatifs furent volés), c’est pas si mal.

Seule contre la mafia (‎Damiano Damiani, 1970)

Dans un village sicilien, la fille d’un paysan, d’abord séduite, refuse la cour d’un jeune chef de la mafia…

Inspiré par l’héroïque Franca Viola, Damiano Damiani montre la logique féodale de la mafia en Sicile avec d’autant plus de justesse que lui et les autres scénaristes font preuve d’un sens de la nuance et de la dialectique rares dans le cinéma italien « qui dénonce ». Par exemple, se focaliser sur l’évolution de la famille de la jeune fille face à la menace est une très bonne idée, riche et variée dans ses prolongements dramatiques. Ancrée dans une réalité archaïque représentée crûment (rarement la Sicile fut aussi moche), la confrontation entre cette jeune fille et les traditions infâmes de son pays atteint au mythe. C’est une Antigone moderne qui se révèle sous les traits de Ornella Muti, 14 ans et déjà magnifique de beauté et d’expressivité. Ce n’est pas le moindre des mérites de  Damiano Damiani que de l’avoir révélée au monde. Enfin, la mise en scène est dopée par la musique de Ennio Morricone qui donne leur sens profond à certaines séquences, telle celle du mariage.