Vigilante force (George Armitage, 1976)

Pour contenir les débordements d’un afflux d’hommes venus travailler dans les champs de pétrole, une petite ville fait appel à un vétéran du Viêt-Nam. Cela ne se passera pas comme prévu.

Le sujet, entre Rambo et L’homme aux colts d’or, est passionnant. Le film est nul. La faute à une mise en scène sans queue ni tête, où la musiquette parasite la tonalité des séquences, où les multiples éclats de violence semblent gratuits tant ils manquent d’impact dramatique, où aucune continuité narrative ou spatiale n’est rendue sensible, où la dimension politique et tragique du récit est sacrifiée à la grossièreté des effets et, surtout, où la direction d’acteurs ne compense nullement le miscast absolu qu’est le trop sympathique Kris Kristofferson dans un rôle ambigu et méchant.

Drôle d’embrouille (Foul play, Colin Higgins, 1978)

A San Francisco, une jeune bibliothécaire se retrouve mêlée à un complot pour assassiner le pape.

Fantaisie ouvertement hitchcockienne mais plus franchement comique que les films d’action les plus légers du maître (tel La mort aux trousses). On frise donc la parodie, surtout à la fin où le spectateur ne prend plus du tout au sérieux le danger qui pèse sur les protagonistes mais s’amuse plutôt du déferlement dans lequel ils sont entraînés. Cela fonctionne sur la connivence avec un spectateur rompu aux codes du genre. La mise en scène, qui exploite joliment les décors de Big Sur et de San Francisco, est d’un dynamisme permanent mais le rythme sans temps mort n’empêche pas de s’attacher à Goldie Hawn et de croire à son personnage de vieille fille, aussi jolie soit-elle. Face à elle, l’épais Chevy Chase n’a pas la drôlerie d’un Cary Grant mais cette carence est un peu compensée par la présence de Dudley Moore dans un second rôle des plus marrants. Bref, Drôle d’embrouille est un divertissement rondement mené et éminemment sympathique.

Le complot (René Gainville, 1973)

L’OAS organise un complot pour délivrer le général Challe tandis qu’un commissaire, aidé par un barbouze, tente de les contrecarrer.

Bien moins orienté à droite qu’on ne l’a dit, ce film a pour principale qualité sa subtilité: l’empathie pour les « soldats perdus » est sensible mais ce n’en sont pas moins les « méchants » d’un film polyphonique dont le héros -s’il devait y en avoir un- serait le policier républicain et indulgent joué par Michel Bouquet. Même le barbouze qui, dans une optique antigaulliste, serait le méchant, est présenté sans caricature et avec de surprenantes qualités. Ainsi, Le complot déploie un récit aussi prenant qu’ambitieux puisqu’il s’agit quasiment d’un film-dossier sur l’OAS.

Pourtant, les quelques tirades d’ordre un peu général sur le drame des soldats et fonctionnaires déchirés n’altèrent pas la cadence d’une intrigue savamment menée. Rarement l’avancée d’une enquête au cinéma aura été rendue d’une façon aussi concrète, intelligible et captivante. Ces profondes qualités d’écriture sont soutenues par une interprétation aux petits oignons, de Michel Bouquet déjà cité à Jean Rochefort dans un rôle qui préfigure celui qu’il tiendra chez Schoendoerffer (dont les films sur « la fin de l’empire » sont nettement moins bons que celui-ci) en passant par Michel Duchaussoy, Raymond Pellegrin et Dominique Zardi.

Le bémol qui empêche Le complot de passer de la catégorie « bon film » à « vrai grand film », c’est une mise en scène sans plus-value. Le travail de Réné Gainville est honnête mais, parfois, j’aurais aimé que sa caméra se focalise sur un détail qui aurait singularisé son regard, apporté une sensibilité inattendue (par exemple, j’ai trouvé dommage que le policier victime d’un coup du lapin ne soit plus montré après l’évasion de son prisonnier). En l’état, il illustre honnêtement mais sans surprise son impeccable script (qu’il a co-signé).

French postcards (Willard Huyck, 1979)

De jeunes Américains passent une année d’études à Paris.

Une relative fraîcheur, le plaisir amusant de voir de sympathiques seconds rôles français (Christophe Bourseiller, Marie-Anne Chazel, Anémone, Jean Rochefort…) parler Anglais et quelques bonheurs de mise en scène qui tournent tous autour de Marie-France Pisier rendent agréable le visionnage de cette très conventionnelle bluette.

Femme entre chien et loup (André Delvaux, 1979)

De son mariage en 1939 jusqu’à 1954, l’itinéraire d’une femme mariée à un nationaliste flamand engagé aux côtés des Allemands sur le front russe et qui eut une liaison avec un résistant planqué chez elle.

« Itinéraire » est un bien grand mot dans la mesure où le personnage évolue peu et demeure politiquement et psychologiquement pas très consistant. Fidèles à leur titre, les auteurs s’intéressent à une femme soumise à des forces antagonistes qui a peu de prises sur son destin. L’évocation du contexte historique se borne à quelques allusions et l’essentiel du film se déroule dans le foyer. Contrairement à ce que disait Michel Mourlet dans sa critique, le personnage du collabo n’est guère approfondi, restant dans son stéréotype de réprouvé aigri. D’irritants fondus au noir qui interviennent, dans la grande tradition d’une soi-disant modernité cinématographique, juste avant l’acmé des séquences, altèrent la fluidité du récit en même temps qu’ils neutralisent la dramaturgie.

En résulte un film trop mou compte tenu de son passionnant sujet (la présence de Rutger Hauer et l’ancrage flamand évoquent évidemment Paul Verhoeven) mais digne, notamment grâce à de beaux cadres larges, à la justesse parfois percutante des scènes prises isolément et à une Marie-Christine Barrault parfaite dans son rôle « koulechovien » (le champ sur une horreur de la guerre/contrechamp sur son visage -expressif mais pas trop- revient souvent dans le film).

Le dossier 51 (Michel Deville, 1978)

Pour retourner un diplomate français, un service secret étranger cherche une faille dans sa vie privée.

Sans doute le meilleur film de Michel Deville. Cette fois, l’arbitraire de la forme est justifié par l’originalité profonde de la narration. Aucune coquetterie, à part un ou deux airs de Schubert. On songe à du Resnais du début des années 60 mais sans la prétention et la gratuité. L’idée de raconter la vie du diplomate à travers documents d’archives, photos et témoignages recueillis en caméra subjective par le service secret, engendre un portrait à la Citizen Kane, où la magistrale démultiplication des points de vue et des sortes d’images met finalement le doigt sur la fêlure d’un homme. De l’invention stylistique la plus radicale résulte le tragique le plus sec. Le dossier 51 est un film suffisamment grand pour être aimé des détracteurs de son auteur: un classique.

Le silencieux (Claude Pinoteau, 1973)

Enlevé par le MI5, un physicien français, que les Soviétiques forçaient à travailler pour eux, retrouve la France après seize ans ans mais est pourchassé par le KGB.

Le début est un peu compliqué à suivre mais la suite est bien menée: Claude Pinoteau réussit un film d’action presque continue où Lino Ventura insuffle une profondeur émotionnelle grâce à un jeu d’une économie de moyens exemplaire.

Un meurtre est un meurtre (Etienne Périer, 1972)

Un bourgeois dont l’épouse, qu’il trompait, est morte dans un accident louche se retrouve la cible d’un maître-chanteur.

Le thème du meurtre commis par un maître-chanteur est ici traité de façon beaucoup moins convaincante que dans La main à couper. La faute aux invraisemblances d’un scénario cousu de fil blanc, à la sous-intrigue hautement dispensable de la soeur frappadingue et à des comédiens qui, pour être célèbres, n’en manquent pas moins de crédibilité et d’intensité: Jean-Claude Brialy, Robert Hossein et Michel Serrault ne semblent pas à leur place.

La main à couper (Etienne Périer, 1974)

Rejoignant son jeune amant, une mère de famille bourgeoise le découvre assassiné.

L’univers, les situations, les personnages et la présence de Michel Bouquet évoquent le cinéma de Claude Chabrol mais le traitement est plus focalisé sur la résolution de l’intrigue que sur la critique sociale. En résulte un polar plaisant, où le trio exceptionnel Bouquet/Serrault/Blier fait de l’ombre à Léa Massari qui incarne pourtant le protagoniste principal.

France société anonyme (Alain Corneau, 1974)

Cédant à un lobby américain, l’état français légalise la drogue; ce à quoi s’oppose un gros trafiquant.

Ce premier film d’Alain Corneau fut un échec fort compréhensible tant il est raté. Les gags de la comédie noire tombent à plat et le thriller d’anticipation n’a aucune intensité. On dirait un pastiche du Godard littéral et grotesque de Week-end.

Un homme est mort (Jacques Deray, 1972)

A Los Angeles, un Français tue un homme d’affaires puis est lui-même pourchassé par un tueur.

Cet essai de polar français dans un cadre américain est raté pour les causes suivantes:

  • des dialogues uniquement français qui altèrent aussi bien la vraisemblance que la sensation de décalage entre le tueur et son environnement
  • l’absence totale de crédibilité des premières scènes où le héros échappe aux balles de l’autre tueur
  • le caractère trop tardif de la révélation de ce qui a poussé le tueur à tuer. Le fait de savoir d’emblée que c’est un monsieur tout-le-monde aurait facilité l’identification à son personnage antipathique
  • le caractère téléphoné de l’embryon de romance

Reste un exotisme qui, aujourd’hui que le mode de vie américain est familier au public français, a fait long feu (la famille qui mange devant la télé, les bikers, les bars top-less, les grosses voitures…), quelques poursuites bien réalisées et un final étonnamment sanglant. C’est peu, au regard de la médiocrité du scénario.

Par le sang des autres (Marc Simenon, 1973)

Un forcené se retranche avec une mère et sa fille dans une maison et exige, en échange de leur libération, qu’on lui amène la plus belle fille du village.

Le film se focalise alors sur les réactions des notables chargés de négocier. L’écriture est théâtrale, peu soucieuse de vraisemblance, mettant en exergue la veulerie des personnages, interprétés par une savoureuse brochette de comédiens (Bernard Blier, Claude Piéplu, Francis Blanche, Charles Vanel…), avec une certaine drôlerie et sans beaucoup de nuances. Le personnage du fou, lui, n’a aucune intérêt et sa relation dans la dernière partie avec la fille du maire est d’un ridicule achevé. Pour rompre la prévisibilité de cette charge jeuniste, on note des ruptures de ton à faire pâlir d’envie les scénaristes de comédie italienne. Bref, ce film du fils de Georges se laisse suivre, présente quelque intérêt, mais déçoit dans sa structure et ses finitions.

Le gang (Jacques Deray, 1977)

En 1945, le gang des Tractions avant enchaîne les braquages.

Avec ce polar rétro, Alain Delon et Jacques Deray ont visiblement voulu réitérer le succès de Borsalino. Malheureusement, malgré l’absence de Belmondo, ils se placent dans la lignée du film original et non de sa suite, infiniment supérieure. En effet, comme le faux classique de 1970, Le gang est un polar miné par la dérision et l’esprit de sympathie que les auteurs ont voulu insuffler à une chronique pourtant inspirée de crimes sinistres. Comme dans Borsalino, une rengaine de Claude Bolling fait tendre plusieurs scènes d’action vers la parodie. Comme dans Borsalino, on ne verra jamais le héros, pourtant un psychopathe calqué sur Pierrot le fou, abattre les policiers sur lesquels il tire: pas de contrechamp à ses coups de feu, ce qui rend neutralise littéralement les séquences de fusillades. Elles perdent tout leur intérêt dramatique.

Pire: parce qu’il jouait un personnage de dingue, Alain Delon a cru judicieux de s’affubler d’une ridicule perruque frisée. Il perd ainsi sa proverbiale beauté et la romance de son personnage avec une jeune fille qui quitte tout pour rejoindre le gangster voit sa crédibilité anéantie. C’était pourtant une des bonnes idées des auteurs que de faire raconter l’histoire par cette jeune fille, jouée par la jolie Nicole Calfan. Enfin, la seule séquence où Delon joue la folie justifiant le surnom de son personnage apparait invraisemblable et déplacée, tant le mélange des tons est mal géré; sauf dans Rocco et ses frères, Delon est un acteur d’autant plus grand qu’il s’extériorise peu. Reste la qualité visuelle de la reconstitution, bien mise en valeur par les cadres souvent larges de Jacques Deray: les scènes dans les auberges sur la Marne ont presque un parfum renoirien.

CattIe Annie and little britches (Lamont Johnson, 1979)

Deux orphelines rejoignent une bande de hors-la-loi.

Western tardif intéressant dans sa confrontation entre deux jeunes filles et un vieil homme (plaisir de revoir Burt Lancaster dans le rôle de Bill Doolin) mais trop incohérent dans son mélange des tons et désinvolte dans sa mise en scène pour convaincre réellement: rythme inégal, manque de fluidité avec des séquences saugrenues (le base-ball) mal intégrées qui tirent le film vers la parodie, superficialité du récit, musique pas toujours accordée aux images. Last but not least: les fans de Diane Lane, particulièrement mal coiffée et en retrait par rapport à Amanda Plummer, seront déçus.

Un si joli village (Etienne Périer, 1979)

Tentant de confondre le patron d’une tannerie soupçonné du meurtre de son épouse, un juge d’instruction se heurte à la sourde opposition des villageois que la tannerie fait vivre.

Sur un schéma de « fiction de gauche » typique des années 70, Etienne Périer réussit son film grâce à la vérité de ses portraits et à son sens de la justice dramatique: les raisons de chacun sont exposées avec une objectivité premingerienne et le drame se nourrit d’un dilemme tragique plutôt que d’une charge antipatron même si le film est très précis dans sa description des rapports quasi-féodaux entre le patron et les autres villageois; ce notamment grâce à une belle galerie de seconds rôles. Un si joli village évoque un film de Chabrol où le cynisme narquois serait remplacé par une tendresse de moraliste. En dehors de certaines libertés avec la vraisemblance des comportements prises par les scénaristes pour boucler l’intrigue, c’est de la belle ouvrage, soutenue, comme il se doit pour ce genre de film, par un admirable face-à-face d’acteurs: le sympathique et inquiétant Victor Lanoux et, dans un contre-emploi étonnant, Jean Carmet qui insuffle une discrète mélancolie à son personnage de juge coriace possiblement inspiré de Columbo.

Au nom du pape roi (Luigi Magni, 1977)

En 1867 dans l’état pontifical romain, un cardinal est amené à juger un conspirateur qui est en fait son fils.

Drame vaguement inspiré de faits réels que Luigi Magni a traité avec des pointes comiques. Il n’escamote pas la gravité de ce qu’il raconte mais en fait ressortir la bouffonnerie, bien aidé en cela par Nino Manfredi. Les images de ce film anticlérical, joliment composées, mettent en valeur la pompe cléricale mais le rythme souffre de quelques fléchissements. Au nom du pape roi aurait gagné à être plus concis.

L’ange et la femme (Gilles Carle, 1977)

Un ange ressuscite une femme assassinée dans une forêt puis ils font l’amour.

Caricature de film d’art fantastico-poétique façon Philippe Garrel, saupoudré de pas mal d’érotisme (si vous décidez de voir ce navet, il faut le voir dans sa version non censurée qui contient une fellation non simulée de Carole Laure). La fumisterie de l’intrigue n’a d’égale que la prétention chichiteuse du style.