Le début (Gleb Panfilov, 1970)

Une jeune provinciale se découvre une vocation d’actrice lorsqu’elle est choisie par un cinéaste pour jouer Jeanne d’Arc.

La laideur de Inna Tchourikova est difficile à surmonter. La mise en parallèle du « film dans le film » sur Jeanne d’Arc avec les pérégrinations sentimentalo-professionnelle de cette jeune Russe n’engendre rien d’intéressant.

L’ascension (Larissa Chepitko, 1976)

Pendant la Grande guerre patriotique, deux partisans capturés par les Allemands se comportent différemment face à leurs geôliers…

La première partie restitue admirablement certaine réalité physique de la guerre des partisans, notamment la blancheur totale qui, confondant le sol, le ciel et les lacs, accentue le danger de la progression des hommes. La suite, chargeant de mysticisme chrétien le parcours de ses personnages promis à l’échafaud, est plus lourde (au niveau de l’écriture) et artificielle (au niveau du montage). Dans l’ensemble, c’est donc pas mal mais ce n’est pas le chef d’oeuvre que l’on dit.

La bande des quatre (Breaking away, Peter Yates, 1979)

Au sortir de l’adolescence, quatre amis s’opposent aux étudiants bourgeois du campus de leur ville…

Le manque d’unité dramatique, des personnages parfois caricaturaux, l’abus de poncifs tel que la musique d’opéra sur les séquences de course à vélo, la facilité du dénouement qui escamote la lutte des classes présentée auparavant et certains raccords inopportuns dénotent l’absence d’un véritable auteur aux commandes de ce film qui se laisse quand même regarder et qui emporte l’adhésion du spectateur grâce à la dernière course qui est d’une belle intensité.

Hitler, un film d’Allemagne (Hans-Jürgen Syberberg, 1978)

Hans-Jürgen Syberberg veut restituer la fascination qu’exerça Hitler et le rêve qu’il entretint chez les Allemands mais, pour ne pas sombrer dans la propagande, utilise des procédés de distanciation qui donnent à son film une allure de dissertation semi-délirante. Concrètement, pendant sept heures et demi, marionnettes et tirades logorrhéiques se succèdent sur fond de morceaux de Wagner et Mahler ressassés. La lecture d’un bon livre d’histoire (comme la biographie de Kershaw) ou la vision d’un opéra de Wagner (on a le temps d’en voir deux) sont plus nourrissantes que ces émanations d’un cerveau aussi confus que celui de Jean-Luc Godard.

Karl May, à la recherche du paradis perdu (Hans-Jürgen Syberberg, 1977)

A la fin XIXème siècle, l’auteur allemand de romans exotiques et populaires Karl May est attaqué pour fraude littéraire et pour ses moeurs passées.

La nullité de la progression narrative (les mêmes oppositions se répètent pendant plus de trois heures, avec d’infimes variations) et la lourdeur explicite de la mise en scène rendent ce film assommant bien qu’il soit plus réaliste que le précédent de Hans-Jürgen Syberberg.

Ludwig, requiem pour un roi vierge (Hans-Jürgen Syberberg, 1972)

L’histoire de Louis II, roi fou de Bavière et fou des arts à l’époque de la réunification de l’Allemagne.

Toiles peintes, artifices des éclairages, frontalité de la caméra, insertions d’images simili-documentaires…la mise en scène est un brouet « distanciateur » où seule la musique de Wagner largement utilisée empêche l’ennui total. De ce brouet émerge une vision sottement royaliste de l’Histoire (le roi un peu dingo mais écolo et proche du peuple contre les affidés de la modernité militaire, industrielle et cosmopolite de Bismarck).

Le pays bleu (Jean-Charles Tacchella, 1977)

Dans un village du sud de la France, une infirmière vaguement hippie s’entiche d’un transporteur de légumes.

Encore une fois, l’absence de point de vue de Jean-Charles Tacchella amène son film à s’éparpiller et à ne rien raconter d’un tant soit peu consistant. Par exemple, faute d’être justifiée, la grossière séquence où le personnage de Brigitte Fossey insulte le restaurateur ne peut provoquer chez le spectateur que, au mieux, la circonspection, ou, au pire, le mépris envers une telle bécasse hystérique. Le souci est que dans la séquence d’après, Tacchella fait comme si de rien n’avait été, nous la présentant à nouveau comme son héroïne à laquelle nous devrions nous attacher. Le fossé entre les urbains venus se mettre au vert après mai 68 et les authentiques ruraux aurait pourtant pu donner lieu à un film intéressant mais contrairement à ce qui se passe chez les vrais bons réalisateurs de comédie, il n’y a ici aucune fluidité, aucune continuité, aucune cohérence, entre la satire (pas étayée) et la tendresse. D’où l’impression que l’auteur ne sait pas où il va. On ne peut même pas dire que ses incohérences sont « à l’image de la vie » car, à l’indigence de l’écriture s’ajoute le plaquage d’une musiquette hors de propos qui contribue grandement à accroître la fausseté de ce qui nous est montré et qui révèle in fine le mépris total du créateur envers ses créatures. Finissons enfin par noter que, bien que les personnages s’exclament à plusieurs reprises sur la beauté de leur région, jamais le spectateur ne constate cette beauté tant Tacchella semble incapable de la restituer dans ses images.