Mandingo (Richard Fleischer, 1975)

Dans une plantation du Sud des Etats-Unis, le fils achète un esclave et en fait un lutteur.

Au-delà des images de violence sauvage qui n’ont rien perdu de leur puissance de choc, cette grande fresque de l’esclavage, si elle pâtit d’une exposition un peu longue, rend sensible une dialectique de la déshumanisation et de la réhumanisation qui passe aussi bien par les rebondissements d’un récit retors mais cohérent car centré sur les pulsions sexuelles des personnages que par l’attention de la caméra au regard perdu de Ken Norton. Finalement, seul le personnage de James Mason, avec son enfant noir repose-pieds, apparaît caricatural. Comme dans Les damnés, l’abondance de zooms, étonnante chez un cinéaste classique de l’acabit de Richard Fleischer, participe d’une esthétique déviante en accord avec le sujet infernal et décadent. En définitive, Mandigo s’avère un des meilleurs films de son réalisateur.

Soleil vert (Richard Fleischer, 1973)

En 2022, dans un New-York ultra-pollué, un policier enquêtant sur le meurtre d’un notable met à jour une terrible vérité.

Avec les propos terrifiants de justesse du personnage de Edward G.Robinson au début du film, j’ai craint que visionnier ce dernier ne me fasse culpabiliser de mon mode de vie d’occidental et n’entraîne chez moi une prise de conscience me transformant en écolo relou. Heureusement, plus de peur de que de mal: réduisant son récit à une intrigue policière (mal fichue car contenant des concessions mal intégrées à l’image de la star), il s’est avéré tout à fait inoffensif politiquement parlant. Soleil vert fait partie de l’espèce terriblement ennuyeuse des films se réduisant à une idée. Et comme cette idée est plus connue que le film lui-même, regarder le film ne présente à peu près aucun intérêt.

Le dernier des géants (The shootist, Don Siegel, 1976)

En janvier 1901 à Carson city, un as de la gâchette apprend qu’il est condamné par un cancer.

Malgré un dénouement mal justifié scénaristiquement parlant, le dernier film de John Wayne est un beau film. La musiquette massacre une ou deux séquences mais les acteurs sont bons et la sécheresse de Don Siegel rentre dans le vif des scènes sans excès pathétique. Le sujet grave, traité avec une sobriété et une frontalité dignes de Ingmar Bergman, et la correspondance entre la vie de la star et son rôle sont de toute façon suffisamment vecteurs d’émotion.

La salamandre (Alain Tanner, 1971)

Deux journalistes s’intéressent à une jeune fille qui fut accusée d’avoir tiré sur son oncle.

La fine entomologie marxiste de Alain Tanner est vivifiée par la grâce de Bulle Ogier dont le beau personnage s’avère irréductible aux analyses, pourtant pertinentes, des deux intellectuels. La salamandre est un film libre et varié tout en étant précis et juste.

Film sans titre (Jean-Claude Brisseau, 1978)

Un professeur de Français voit sa femme s’éloigner de lui au fur et à mesure qu’elle se passionne pour le spiritisme.

Film jamais sorti et dénué de titre, ce deuxième long-métrage de Jean-Claude Brisseau paraît encore plus fauché que son premier: La croisée des chemins. Il est presque aussi beau. La désespérance sociale, l’absence d’horizon de ses personnages, est à la fois relativisée et accentuée par la terrifiante mélancolie que peut inspirer l’immensité de l’univers -temps et espace. L’infini cosmique, le cinéaste le fait ressentir via un didactisme justifié par la profession du héros. La pureté frontale du style s’accorde à l’économie de moyens et c’est une émotion réelle qui nous saisit dans la dernière séquence où l’amour d’une petite fille, peut-être, consolera de la tristesse absolue. Cette frontalité de Brisseau, reflet d’une innocence fondamentale, lui permet de dépasser les aspects grotesques et malsains d’un tel argument pour atteindre au sublime. Le film a beau garder un côté brouillon (je peine à lier les scènes d’entretiens au reste de l’oeuvre), il exprime la poétique de son auteur avec mille fois plus de force directe que ses dernières réalisations, encombrées par le verbiage.

Profitez-en tant qu’il est encore visible.