Seule contre la mafia (‎Damiano Damiani, 1970)

Dans un village sicilien, la fille d’un paysan, d’abord séduite, refuse la cour d’un jeune chef de la mafia…

Inspiré par l’héroïque Franca Viola, Damiano Damiani montre la logique féodale de la mafia en Sicile avec d’autant plus de justesse que lui et les autres scénaristes font preuve d’un sens de la nuance et de la dialectique rares dans le cinéma italien « qui dénonce ». Par exemple, se focaliser sur l’évolution de la famille de la jeune fille face à la menace est une très bonne idée, riche et variée dans ses prolongements dramatiques. Ancrée dans une réalité archaïque représentée crûment (rarement la Sicile fut aussi moche), la confrontation entre cette jeune fille et les traditions infâmes de son pays atteint au mythe. C’est une Antigone moderne qui se révèle sous les traits de Ornella Muti, 14 ans et déjà magnifique de beauté et d’expressivité. Ce n’est pas le moindre des mérites de  Damiano Damiani que de l’avoir révélée au monde. Enfin, la mise en scène est dopée par la musique de Ennio Morricone qui donne leur sens profond à certaines séquences, telle celle du mariage.

Le début (Gleb Panfilov, 1970)

Une jeune provinciale se découvre une vocation d’actrice lorsqu’elle est choisie par un cinéaste pour jouer Jeanne d’Arc.

La laideur de Inna Tchourikova est difficile à surmonter. La mise en parallèle du « film dans le film » sur Jeanne d’Arc avec les pérégrinations sentimentalo-professionnelle de cette jeune Russe n’engendre rien d’intéressant.

Deux hommes en fuite (Figures in a landscape, Joseph Losey, 1970)

Dans un pays désertique, deux fugitifs sont pourchassés par des hélicoptères.

L’absence délibérée de toute précision géographique, politique ou psychologique réduit les personnages, le drame et le film à un concept, un concept parfaitement inintéressant car foncièrement arbitraire. De plus, cette absence d’ancrage redouble le sentiment d’exagération qui émane du jeu uniformément tendu des acteurs, particulièrement Robert Shaw. Après, c’est « bien filmé » (plein de plans-séquences).

Brancaleone s’en va-t-aux croisades (Mario Monicelli, 1970)

Tout est dit dans le titre.

Cette suite directe de L’armata Brancaleone a le même type de structure que son prédécesseur. Elle le prolonge comme le ferait un nouvel épisode dans un feuilleton: signée des mêmes auteurs, l’écriture est (presque) d’égale qualité et on retrouve une analogue profusion de péripéties, mais, à l’exception de la confrontation avec la Mort qui introduit une dose de fantastique baroque dans le diptyque, l’effet de surprise a disparu. Le subtil équilibre du premier épisode fait place à un ton plus uniformément grotesque. De plus, avec la disparition de Gian Maria Volonte, on pourra regretter qu’il n’y ait plus de second rôle de taille à renvoyer la balle à Gassman. Bref, c’est moins bien même si ça reste bien.

C’était le mois de mai (Marlen Khoutsiev, 1970)

Pendant les jours de mai 1945 qui suivent l’armistice, des soldats russes se reposent dans une ferme allemande…

La dramaturgie est complètement diluée dans des séquences dont la durée est étirée au-delà du raisonnable. Cela n’empêche pas la première partie de comporter de jolis moments dont la légèreté de touche rappelle Eclairage intime. Après des scènes de chant, de danse et de beuverie, la découverte d’un camp d’extermination est filmée avec une terrible justesse, sans que les actions de soldats confits dans leur ignorance ne semblent parasitées par le regard d’un auteur ayant conscience de l’Histoire. S’en serait-il tenu à ça, C’était le mois de mai aurait pu laisser une bonne impression mais la deuxième partie, plus grave mais non moins languissante que la première, s’avère pesante au-delà du supportable.