A sense of loss (Marcel Ophuls, 1972)

Marcel Ophuls interroge des personnes impliquées dans la guerre civile en Irlande du Nord.

L’entrelacs complexe d’images et de sons révèle la diversité des antagonismes (nationaux mais aussi religieux et économiques) à l’oeuvre en Irlande du Nord en même temps que l’humanité, généralement douloureuse, des protagonistes interrogés. C’est en se focalisant sur les singularités des individus que Ophuls accède à l’universalité. Ainsi lorsqu’il demande à la meilleure copine d’une adolescente accidentellement tuée par un char les préférences de la défunte en matière de garçons. Poignant.

une excellente interview de l’auteur

Peter et Tillie (Martin Ritt, 1972)

Une femme un peu collet monté se souvient de sa rencontre avec son mari, un publicitaire cynique, puis de la maladie de leur enfant…

Plus qu’un ressort lacrymal, la maladie de l’enfant est une péripétie intégrée à l’histoire du couple et permettant de confronter deux formes d’amour parental: le père privilégie le « hic et nunc » tandis que la mère se lamente face aux étoiles. Cette confrontation quasi-métaphysique est restituée avec une belle simplicité par les auteurs qui se gardent bien de juger l’un ou l’autre des personnages. A l’exception de la grotesque bagarre avec la meilleure amie, Martin Ritt filme les souvenirs de Tillie, qu’ils soient drôles ou dramatiques, avec pudeur et justesse et évite allègrement les pièges d’un sujet des plus casse-gueules grâce à sa précision directe (voir les répercussions du drame sur la vie sexuelle des parents). A commencer par Walter Matthau dans un rôle à contre-emploi, les acteurs excellent. La musique de John Williams est jolie. Bref, Pete’n’Tillie est un beau film.

Une bonne planque (Alberto Lattuada, 1972)

Une bonne soeur italienne quitte la Libye lors de l’indépendance de celle-ci et sert dans un hôpital où elle a maille à partir avec un estropié communiste.

Un film assez étrange et inégal. Il y a une certaine beauté dans l’itinéraire de cette femme dont les drames sentimentaux renforcent le dévouement religieux mais le manque de tenue de la mise en scène rend les séquences se déroulant dans l’hôpital (donc une bonne partie du film) assez désagréables quand elles ne sont pas franchement ennuyeuses. Il y a de bonnes idées de cinéma (les réminiscences sont bien orchestrées) mais plus de rigueur dans la forme et dans la conduite du récit n’aurait pas nui à l’oeuvre.

Absences répétées (Guy Gilles, 1972)

L’enfermement mental progressif et inéluctable d’un toxicomane.

Un film qui a les qualités de ses défauts. Tourné par son réalisateur pendant une sévère dépression, Absences répétées est complaisant et plein de sensiblerie. Cela, Guy Gilles s’en fout et, quelque part, il a bien raison: c’est sa caution d’intégrité morale, c’est pourquoi il expose l’enfer de la toxicomanie sans prêt-à-penser sociologique mais comme reflet d’une mélancolie absolue.

Plus qu’un récit (forcément) déterministe et superficiel, c’est une poésie morbide et désespérée reposant sur un montage fait de courts plans-séquences qui contraste judicieusement avec le lymphatisme du personnage, des allers-retours entre présent en noir et blanc et souvenirs en couleurs et une très belle chanson de Jeanne Moreau qui élargit la portée de son oeuvre bien au-delà des personnes concernés par le sujet de société qu’est « la drogue », de tendre, via son nombril, vers l’universel.

Abattoir 5 (George Roy Hill, 1972)

Un ancien G.I de la seconde guerre mondiale a la faculté de revivre les différentes étapes de sa vie.

Un film tout à fait étonnant. Passé les premières réactions agacées devant l’éparpillement de la chronologie -coquetterie typique de l’époque-, on se rend compte qu’un tel dispositif n’a ici rien d’arbitraire, qu’il n’empêche pas la continuité dramatique (le montage s’assimile rapidement à un montage alterné quasi-griffithien) et qu’il donne toute sa dimension à une méditation sur la vie humaine certes un peu confuse mais nimbée d’un mélange de tendresse et d’ironie (voir la mise en scène de la mort de l’épouse) aussi subtil qu’attachant. Ce doux et étrange détachement fait finalement de Abattoir 5 une des plus pures expressions de la mélancolie produites par Hollywood (aux côtés par exemple de L’aventure de Mme Muir). La musique de Glenn Gould qui contient plusieurs morceaux de Bach, le kitsch assumé et charmant des passages dans l’Espace et des acteurs inconnus mais épatants (il est dommage pour le cinéma américain que Michaels Sacks ait abandonné l’art dramatique pour devenir trader à Wall Street) en sont les qualités les plus distinctes. Par ailleurs, les scènes de guerre à l’intérieur du film de science-fiction sont l’occasion pour George Roy Hill de porter un regard neuf et évocateur sur la seconde guerre mondiale (sans doute le conflit le plus vu au cinéma): voir la scène où un officier de la Wehrmacht ordonne à des prisonniers de guerre américains d’incinérer les Allemands tués dans les bombardements de Dresde.