Juge et hors-la-loi (The life and times of judge Roy Bean, John Huston, 1972)

L’histoire de Roy Bean, ancien bandit qui s’autoproclama juge dans une petite ville à l’Ouest du Pecos.

Pendant les trois quarts du film, le ton est ironique et John Huston ne prend pas l’histoire qu’il raconte au sérieux. Du coup, le spectateur non plus. Si le parti-pris de faire une comédie, parti-pris impliquant notamment une rigueur scénaristique dont Juge et hors-la-loi est dépourvu, avait été clairement assumé, l’ennui aurait peut-être été moindre. Malheureusement, il s’agit plus pour l’auteur d’afficher son incrédulité par rapport aux conventions du genre en revêtant sa mise en scène de l’apparat de la modernité (les adresses à la caméra, complètement incongrues) que de divertir le public.

Cependant, après cette première partie stérile, le ton devient plus sérieux, le véritable sujet se dessine. C’est le portrait d’un rêveur dépassé par la réalité. Cela donne lieu à quelques jolies séquences dans lesquelles l’impuissance de Roy Bean est amèrement montrée mais on regrette d’autant plus qu’elles n’aient pas été portées par une dramaturgie plus étoffée.

La dernière chance (Fat City, John Huston, 1972)

Dans une ville paumée de l’Amérique profonde, la rencontre de deux boxeurs: un jeune poulain prometteur et un champion déchu et alcoolique.
Fat city est un des beaux films de John Huston. Le pessimisme, marque de fabrique de l’auteur, n’y est pas appuyé. Il n’y a pas de pathos, le film est un voyage sordide mais beau au coeur de l’Amérique profonde. La réalité sociale et les individus sont montrés sans fard mélodramatique ou embellissant. Les acteurs sont très bons et font naître une réelle empathie pour leurs personnages. Huston nous présente simplement deux hommes qui se bercent de leurs illusions et c’est ce qui rend Fat city émouvant. Pour couronner le tout, la superbe chanson de Kris Kristofferson qu’est Help me make it through the night accompagne les images.

Harold et Maude (Hal Ashby, 1972)

L’histoire d’amour improbable entre un asocial de 20 ans et une petite dame de 80 ans.

Hal Ashby est-il vraiment un cinéaste sous-estimé ou est-il tout simplement un réalisateur d’importance secondaire ? Son film le plus célèbre, Harold et Maude, est en tout cas loin d’être à la hauteur des oeuvres majeures du cinéma américain des années 70. Charriant une idéologie foncièrement hippie, il porte les stigmates de son époque. La charge sociologique libertaire semble plus préoccuper les auteurs que l’intimisme et c’est bien dommage. En effet, celle-ci est d’une lourdeur qui parasite toute la mise en scène. Les personnages secondaires, n’ayant d’autre fonction que de cristalliser le discours « anti-conventionnel », sont bêtement caricaturaux  (voir le militaire). Les gags manquent de finesse et leur redondance fait ressortir les lacunes de la construction dramatique. Quel intérêt de montrer non pas un ou deux mais cinq ou six faux suicides d’Harold ?  L’anticonformisme est affiché avec trop d’ostentation pour être intéressant et il fait oublier les quelques jolis instants entre Harold et Maude, instants qui de toute façon ne vont jamais au-delà de la joliesse.

De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites (Paul Newman, 1972)

Une femme américaine élève seule ses deux filles de 13 et 17 ans. Elle tente de s’en sortir socialement et surtout sentimentalement et émotionnellement.

Et oui, c’est l’émotion qui est au centre de l’oeuvre. Les états d’âme d’une Joanne Woodward sublimée sont l’objet des attentions de la caméra de son mari. Derrière un très beau titre sibyllin dont la signification est révélée au cours du film, De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites est le superbe portrait d’une femme à la sensibilité à vif. Sans tambour ni trompette mais avec une justesse et une élégance de chaque instant (voyez notamment le soin apporté au cadre, à la photo), Newman magnifie le combat de cette héroïne des temps modernes qui se bat au quotidien sans même en avoir conscience, qui souffre, qui se cogne, qui se plante mais qui sera -peut-être- sauvée par son amour incommensurable. Le cinéaste se révèle héritier de Kazan, mais un Kazan qui aurait troqué ses discours théoriques (psychanalytiques, sociologique…) contre une empathie inconditionnelle envers ses personnages. D’où l’impression de vérité nue. D’où le souffle d’espérance ressenti à la fin de la projection.

Les flics ne dorment pas la nuit (The new centurions, Richard Fleischer, 1972)

Avec ses courses-poursuites urbaines, avec sa bande-son funky signée Quincy Jones, et surtout dans sa description quotidienne du travail des policiers, Les flics ne dorment pas la nuit peut être vu comme la matrice esthétique des séries qui allaient régner sur la télé américaine les vingt années suivantes. Ce premier état de fait le hisse déja parmi les polars importants de la décennie. Pourtant, bien que le film soit peu dramatisé et focalisé sur le métier de flic, Richard Fleischer va au-delà du simple enregistrement simili-documentaire et insuffle à son constat social désespéré une vérité humaine en rendant prégnant les fêlures qu’entraîne le boulot, centrant son film sur deux magnifiques personnages interprétés par des acteurs au sommet: Stacy Keach et George C.Scott. Il faut voir la profondeur émotionnelle et le sens qu’arrive à donner le cinéaste à un simple champ-contrechamp (dans la séquence où George C.Scott regarde les voitures de patrouille s’éloigner) pour mesurer la maîtrise de son art.