Adieu mon salaud (The friends of Eddie Coyle, Peter Yates, 1973)

A Boston, un truand quinquagénaire impliqué dans un trafic d’armes veut éviter de retourner en prison…

Beau polar crépusculaire où la jolie lumière automnale s’accorde aux traits fatigués du héros magnifiquement interprété par Robert Mitchum. Son réalisme de détail (émouvante justesse de l’ancrage familial) compense le manque de souffle de la mise en scène qui peine à réaliser l’unité d’un récit foisonnant.

Turkish délices (Paul Verhoeven, 1973)

Un jeune sculpteur et une fille de bonne famille tombent amoureux.

La complaisance dans la laideur est franchement répugnante. Le systématisme de cette laideur nuit aux prétentions « réalistes » de Verhoeven. C’est juste de la provocation puérile. Le vitalisme de son héros lui permet toutefois de sortir de sa gangue caricaturale; les seconds rôles, eux, sont irrécupérables.

Les granges brûlées (Jean Chapot, 1973)

Un juge d’instruction de Besançon enquête dans une ferme reculée du Jura près de laquelle s’est déroulée un meurtre.

Intrigue policière ficelée à la va-comme-je-te-pousse, raideur des stéréotypes, clichés sur les bonnes vieilles valeurs de la terre qui ne ment pas, absence d’épaisseur des personnages secondaires, prestation caricaturale de Signoret, découpage dénué de point de vue (et pour cause!)…c’est complètement raté.

L’empereur du Nord (Robert Aldrich, 1973)

Pendant la Grande Dépression, un vagabond entreprend de voyager à bord du train contrôlé par l’agent le plus méchant du pays.

Un peu barbant quand même. Le canevas de série B est étiré sur plus de deux heures! A force de redondances dans l’écriture et de complaisance viriloïde, Robert Aldrich dilue la force primale de son affrontement. Visiblement peu confiant dans cet argument de base, il l’enrobe de scènes commentatrices aussi artificielles que sursignifiantes pour lui donner une dimension mythologique qui ne convainc jamais mais le réduit à une caricature grotesque. Il ne suffit pas de lui faire dire cinq gros mots par phrase pour donner une épaisseur virile à un personnage. Certes, quelques beaux moments de sauvagerie surnagent mais trente ans plus tôt, William Wellman, dans Wild boys of the road, montrait la même chose qu’Aldrich (le retour de l’homme à l’animalité pendant la Grande dépression) avec mille fois plus d’économie, d’honnêteté et donc d’efficacité.

Echec à l’organisation (The outfit, John Flynn, 1973)

A sa sortie de prison, un homme rackette l’organisation qui a assassiné son frère et complice…

Polar hyper-archétypé dans le genre que Phil Karlson et Don Siegel réalisaient à la Columbia. Comme c’est réalisé dans les années 70 et non dans les années 50, le métrage est sensiblement plus long. De plus, le découpage des scènes d’action esquive les difficultés plus qu’il ne s’y coltine et de ce fait accentue le caractère conventionnel des situations représentées. La facilité -merci les ellipses du montage- avec laquelle les deux héros échappent systématiquement à leurs poursuivants divers et variés finit par nous désintéresser de leur sort. Heureusement, Robert Duvall est bien et c’est toujours un plaisir de revoir Robert Ryan. A réserver aux aficionados du genre.

Les grands fusils (Duccio Tessari, 1973)

Un tueur de la mafia désirant raccrocher voit sa famille assassinée par ses commanditaires et cherche alors à se venger.

Sanglant polar européen dynamisé par de trépidantes courses-poursuites. Le jeu sobre et tragique d’Alain Delon, à l’avenant d’une mise en scène qui sait se faire pudique (voir l’ellipse de la cabane), insuffle une touchante vérité humaine au drame de convention. En dépit de la modestie de ses ambitions et d’un rythme inégal dû à une narration un peu redondante, Les grands fusils est un bon film, préférable à des Delon plus célébrés, tel Le samouraï. A découvrir.