La méprise (Alan Bridges, 1973)

Une jeune veuve de l’aristocratie anglaise retrouve le goût de la vie grâce à un chauffeur…

Cela commence comme une jolie bluette mais c’est en fait un mélodrame très cruel parce que ce qui était promis par le début n’adviendra pas. Sarah Miles est excellente, comme toujours lorsqu’elle tient ce genre de rôle. C’est sans doute la relative platitude de la mise en scène d’Alan Bridges qui a empêché cette palme d’or de passer à la postérité. Pas indigne mais pas génial non plus.

La poursuite implacable (Revolver, Sergio Sollima, 1973)

De mystérieux bandits enlèvent l’épouse d’un sous-directeur de prison et exigent de celui-ci qu’il libère un détenu.

Ceci n’est que la ligne directrice d’un récit politico-policier compliqué mais raconté avec suffisamment de clarté pour ne pas perdre le spectateur. Le duo formé par Oliver Reed en flic brutal mais fou amoureux de sa femme et par Fabio Testi en jeune truand écervelé fonctionne bien. Les caractères sont assez nuancés pour faire rebondir intelligemment la narration. Ce qui n’empêche pas Revolver de prendre un tour authentiquement tragique lors d’une fin où toute l’amertume de la compromission morale du héros est brillamment évoquée. On notera alors la relative subtilité de l’expression du discours politique qui passe par le drame du personnage et non par un assénement a priori (différence entre Boisset et Sollima?).

Bref, il y avait la matière pour faire de Revolver un grand polar. Malheureusement, le film est plombé par une mise en scène franchement indigente. Un exemple: lors d’une séquence, les deux personnages qui traversent clandestinement la frontière franco-italienne voient un hélicoptère de la gendarmerie française. Eh bien, rien dans le cadrage ni le découpage n’est créé pour instaurer une quelconque tension, un quelconque sentiment de peur ou d’incertitude. Fabio Testi qui dit « attention, la police française! », un bête contrechamp sur l’hélico, les personnages qui se dispersent dans le plan, et hop on passe à la suite. Sollima aurait remplacé ses images par un carton « la police française arrive, nos personnages se dispersent et nos héros s’enfuient » que l’effet aurait été strictement le même. Il n’y a aucune attention du metteur en scène aux lieux divers et variés dans lesquels évoluent ses protagonistes. Comment voulez-vous dans ces conditions être profondément impliqué dans le film? Heureusement, les jeunes Italiennes dénudées et surtout la musique particulièrement inspirée d’Ennio Morricone assurent la patine qui rend ce Revolver assez attachant.

Chantage à Washington (Savage, Steven Spielberg, 1973)

Un journaliste de télé enquête sur des photos compromettantes impliquant un candidat à la Cour suprême.

Ce dernier téléfilm réalisé par Spielberg avant les Amazing stories est un thriller politique tout ce qu’il y a de plus banal. Les exégètes pourront toujours gloser sur les tartes à la crème brassées par l’intrigue: la démocratie, le quatrième pouvoir, les valeurs américaines…ça reste dénué de style et sans surprise.

Justice sauvage (Walking tall, Phil Karlson, 1973)

Un shérif du Tennessee entreprend d’en finir avec la mafia qui gangrène le comté dans lequel il vient d’être élu. C’est le début d’une véritable guerre.

Basé sur l’extraordinaire histoire de Buford Pusser à côté de qui ce bon vieux Paul Kersey fait figure de militant d’Amnesty International, Justice sauvage est un polar pour le moins brutal. Le film est trop long, la peinture sociale est très grossière (les méchants se réduisent à leur méchanceté), la progression dramatique quasi-absente, son principal intéret réside dans le traitement de la violence. C’est à la limite de la complaisance mais en filmant les dures conséquences physiques et morales du combat de son héros, un des héros les plus violentés de l’histoire du cinéma, un héros pas très sympa, Phil Karlson évite le piège de la bête apologie du justicier tout en rendant hommage à son combat. Dommage que le film soit si mal raconté donc franchement ennuyeux.

Bang the drum slowly (John D. Hancock, 1973)

Un excellent joueur de base-ball pose une condition inhabituelle à son engagement dans un nouveau club: il exige que son pote, pas très brillant et atteint d’un cancer, soit recruté avec lui. Ce sera leur dernière saison ensemble.

Le cadre du film de base-ball est l’occasion de célébrer l’amitié et la camaraderie. En dehors d’un nombre important de ralentis, figure obligée et malheureusement très laide du genre, la mise en scène relativement sobre empêche le film de sombrer dans le vulgaire tire-larmes. Ce malgré l’aspect mélodramatique du sujet et son traitement très sentimental voire naïf. Robert De Niro à ses débuts est touchant dans son rôle de péquenaud condamné. A noter enfin que d’après son livre d’entretiens avec Lawrence Grobel, Bang the drum slowly serait le film préféré d’Al Pacino.

La barbe à papa (Paper moon, Peter Bogdanovich, 1973)


Pendant la Grande dépression, un escroc découvre l’existence de la fille d’une de ses anciennes maîtresses le jour de son enterrement. La famille le charge d’emmener la gamine chez une tante qui habite à l’autre bout du pays. C’est le début d’un road-movie, comme on dit. Un joli road movie mais sec, sans nostalgie apparente. Comme dans La dernière séance, l’excellent précédent film de Bogdanvitch, le style est dépouillé, montrant crûment la réalité. La gamine, pas vraiment attendrissante, apprend la vie de façon assez dure au contact de cet escroc. La séquence où elle arnaque une pauvre caissière aurait été cocasse chez un autre cinéaste, disons Chaplin. Ici, elle est dérangeante. Les deux acteurs sont excellents, aussi bien le sous-estimé Ryan O’Neal que sa fille, Tatum O’Neal qui a obtenu à l’âge de dix ans un Oscar mérité pour sa prestation.
En même temps que le chroniqueur sans fard d’une époque sombre, Bogdanovich est aussi le nostalgique d’un âge d’or fantasmé. A sa façon, il est un continuateur de Ford. C’est pourquoi La barba à papa se révèle, en filigrane, à un second degré de lecture, mélancolique. Le pathétique des tribulations des deux compères sur la route montre que l’ère des pionniers est bel et bien finie.