Change pas de main!!! (Paul Vecchiali, 1974)

Une ministre sur laquelle un chantage est exercée parce que son fils a tourné dans un film porno engage une détective.

Comme dans Le grand sommeil, l’intrigue est incompréhensible. Paul Vecchiali a vraisemblablement entrepris Change pas de main!!! comme un exercice de style baroque à la façon d’Allan Dwan entreprenant Deux rouquines dans la bagarre. Les couleurs flamboyantes, le découpage à vocation plastique plutôt que dramatique, le jeu décalé des comédiens et la musique de Roland Vincent font du porno de Vecchiali une sorte de poème surréaliste fort peu bandant mais assez fascinant. Pour information, le cinéaste a refusé que son film ne soit pas classé X par solidarité envers ses collègues frappés du sceau infâme. On ne m’enlèvera pas de l’idée que c’est une attitude autrement plus noble que celle de Virginie Despentes à la sortie de Baise-moi.

Les flambeurs (California split, Robert Altman, 1974)

Un joueur professionnel se fait un pote autour d’une table de jeu et l’entraîne avec lui.

Un film en roue libre aussi bien du point de vue narratif que formel. Très typique du cinéma américain des années 70. Les personnages n’ont aucune substance, le jeu n’est rien de plus qu’un décorum. Insignifiant et très ennuyeux. Mieux vaut revoir Passion fatale de Siodmak, autrement vertigineux et angoissant.

Top secret (The tamarind seed, Blake Edwards, 1974)

Pendant leurs vacances aux Caraïbes, un espion russe et une espionne anglaises tombent amoureux…

Avec The tamarind seed, Blake Edwards a réalisé un exercice de style hitchcockien qui, sans être une comédie, ne se dépare que le temps d’une scène d’action d’une vulgarité aux frontières du nanar de l’élégance légère caractéristique du réalisateur. La manipulation d’un espion converge avec celle d’un cinéaste et les divers double-jeux, simulations,  et camouflages d’intentions sont une profonde source de plaisir pour le spectateur. Ce petit jeu est bien mené par les auteurs. Si Omar Sharif est bon sans être éblouissant, l’interprétation de la très classe Julie Andrews donne une profonde densité à la mélancolie de son personnage. L’inattendue beauté de cette singulière héroïne est aussi celle du film.

Le jardin qui bascule (Guy Gilles, 1974)

Trois jeunes de banlieue sont chargés d’assassiner une riche aventurière qui vit dans une magnifique maison isolée.

L’histoire est parfaitement invraisemblable, très abstraite, mais se déploie via une narration que l’on pourrait qualifier d’impressionniste et qui fonctionne par petites touches. Il y a donc des moments de creux franchement ennuyeux mais d’autres, généralement des digressions, dans lesquels les personnages deviennent intéressants. Au sein d’un récit très solennel, des touches d’humour s’incarnent dans des personnages secondaires, notamment ceux joués par Guy Bedos et Frédéric Mitterrand. La lumière ensoleillée et la musique concourent également à la fascination que peut exercer ce film étrange (mais pas bizarre) mais le plus ensorcelant reste Delphine Seyrig. D’abord sa voix évidemment mais aussi son visage, ses jambes, tout, tout Delphine Seyrig n’est ici que fascination.

Allonsanfan (Paolo Taviani et Vittorio Taviani, 1974)

En Italie en 1816, un révolutionnaire sort de prison. Il rejoint la demeure familiale et trahit ses anciens camarades avec qui il ne se sent plus en phase.

C’est donc une réflexion sur l’engagement révolutionnaire typique du cinéma d’auteur des années 70. Je ne parlerai pas du discours qui de toute façon n’intéresse plus personne aujourd’hui, je noterai que le film est un échec dramatique (et non un dramatique échec, attention à la nuance). En effet, la distanciation qui caractérise la mise en scène reste stérile. Commentaire verbal abondant, rêves en carton-pâte lourds de sens, musique baroque (par ailleurs superbe: il s’agit d’une des meilleures partitions d’Ennio Morricone), ellipses surprenantes et autres procédés contribuent à détruire tout rapport direct du spectateur à l’image. Ce qui est dommage pour un film qui confronte la lutte révolutionnaire à la famille et aux souvenirs d’enfance. Nous ne sommes pas chez Brecht où la distanciation dramatique sert à clarifier le jeu politique. Ici, elle apparaît vaine et nous fait regretter que le romanesque du sujet n’ait pas été assumé par les cinéastes.

Le chaud lapin (Pascal Thomas, 1974)

Quelques jours avant de partir en Grèce avec elle, un trentenaire est plaqué par sa petite amie du moment. Il accepte l’offre d’un ami d’enfance: passer ses vacances  dans sa maison familiale au fin fond de la Drôme. L’ami en question l’a appâté en lui parlant de ses belles-soeurs…

Et c’est, dans une veine nettement plus comique que celle de l’auteur de La règle du jeu, le début d’un marivaudage ensoleillé digne de Jean Renoir. Dans les petits miracles que sont les premiers films de Pascal Thomas, le talent du peintre de caractères se conjugue parfaitement à l’acuité sociologique. Jamais l’individualité des personnages ne semble sacrifiée au discours. Ici, c’est la vaste hypocrisie de « l’amour libre » qui est gentiment mais sûrement tournée en dérision.

La dilution des évènements significatifs dramatiquement parlant à l’intérieur de séquences pleines de vie et le charme des actrices en robe d’été déambulant dans l’arrière-pays drômois contribuent à créer une délicieuse sensation de vacances. Le secret de la réussite du Chaud lapin, c’est peut-être son rythme. Rythme nonchalent, rythme si inhabituel pour une comédie mais rythme complètement immersif. C’est grâce à la sympathie et à la vérité de ses comédiens que Pascal Thomas peut se permettre de telles audaces d’écriture sans risquer de voir faiblir l’attention du spectateur. A ce titre, il faut encenser comme il se doit Bernard Menez, un de nos plus grands acteurs comiques qui trouva dans cette excellente comédie de moeurs un des rares rôles à la mesure de son talent.

Libera mon amour (Mauro Bolognini, 1974)

Un film étrange, qui à travers une héroïne délibérement caricaturale (elle s’appelle Libera Anarchia) et une mise en scène frôlant le grotesque montre l’apparente normalité du fascisme et surtout la névrosité apparente des légitimes insoumis.

Les images d’archives qui reviennent régulièrement sont un contrepoint aussi glaçant que pertinent à un début assez comique. Des moments touchants dûs notamment à la musique de Morricone même si on peut regretter que tout ça paraisse parfois désincarné en dépit d’une magnifique Claudia Cardinale dans le rôle titre et de très bons seconds rôles, la narration et l’évolution psychologique de ses personnages n’étant a priori pas le souci majeur de Bolognini qui se préoccupe plus sur ce film de son propos politique et du symbolisme de sa mise en scène.