Le dernier des géants (The shootist, Don Siegel, 1976)

En janvier 1901 à Carson city, un as de la gâchette apprend qu’il est condamné par un cancer.

Malgré un dénouement mal justifié scénaristiquement parlant, le dernier film de John Wayne est un beau film. La musiquette massacre une ou deux séquences mais les acteurs sont bons et la sécheresse de Don Siegel rentre dans le vif des scènes sans excès pathétique. Le sujet grave, traité avec une sobriété et une frontalité dignes de Ingmar Bergman, et la correspondance entre la vie de la star et son rôle sont de toute façon suffisamment vecteurs d’émotion.

Je demande la parole (Gleb Panfilov, 1976)

En URSS, la présidente d’un soviet local se remémore sa vie lorsque son fils décède accidentellement.

Intéressante car concrète plongée dans la vie sociale et familiale d’une responsable soviétique qui, sans le critiquer franchement, n’élude pas certains aspects déplaisants du régime communiste (la censure). Les liens entre vie politique et vie privée sont restitués avec une certaine justesse. C’est long mais c’est probablement le meilleur rôle de Inna Tchourikova et un des films intéressants de Gleb Panfilov.

 

L’ascension (Larissa Chepitko, 1976)

Pendant la Grande guerre patriotique, deux partisans capturés par les Allemands se comportent différemment face à leurs geôliers…

La première partie restitue admirablement certaine réalité physique de la guerre des partisans, notamment la blancheur totale qui, confondant le sol, le ciel et les lacs, accentue le danger de la progression des hommes. La suite, chargeant de mysticisme chrétien le parcours de ses personnages promis à l’échafaud, est plus lourde (au niveau de l’écriture) et artificielle (au niveau du montage). Dans l’ensemble, c’est donc pas mal mais ce n’est pas le chef d’oeuvre que l’on dit.

Assaut (John Carpenter, 1976)

A Los Angeles, une horde attaque un commissariat sur le point d’être désaffecté.

Les plans presque abstraits de l’extérieur du commissariat, influencés par ce film autrement génial qu’est La nuit des morts-vivants, distillent une certaine ambiance mais j’ai été déçu par l’exposition laborieuse, par les personnages qui ne dépassent jamais leurs stéréotypes, par la bande-son ressassée, par un rythme aux antipodes de la nervosité des princes de la série B d’antan. La minceur du budget explique certains défauts, tel la pauvreté du thème musical à la composition duquel n’ont été consacrés que trois jours. Mais globalement, c’est vide. Le vide permet certes au critique, surtout s’il est français, de projeter tous ses fantasmes (ses fantasmes politiques notamment) mais ce critique ferait bien de (re)voir les westerns de Budd Boetticher écrits par Burt Kennedy. Cela l’aiderait peut-être à distinguer concision et convention, épure et vacuité, abstraction et schématisme, chef d’oeuvre authentique et divertissement tout juste regardable.

La surprise du chef (Pascal Thomas, 1976)

Un cuisinier provincial raté écrit à un brillant ami de jeunesse devenu rédacteur en chef à Paris.

Pascal Thomas prolonge ouvertement Les zozos puisque c’est la découverte de ce film qui plonge le personnage du cuistot dans la nostalgie et le conduit à écrire à l’ami de ses 20 ans. En faisant la part belle à des flash-backs épistolaires écrits dans une langue des plus savoureuses, le cinéaste paye aussi sa dette à Guitry. Ainsi, son cinéma estampillé « nouveau naturel » se pare d’atours littéraires. Le récit complexe car polyphonique apparaît parfois mécanique dans son déroulement mais n’en reste pas moins ancré dans la France profonde. Dans La surprise du chef, on note que les scènes de bouffe sont nombreuses, frappant tantôt par leur justesse concrète tantôt par leur drôlerie.

Bref, cette fable comique et amère sur l’amitié contrariée par la jalousie ravira les amateurs de la fantaisie réaliste emblématique des premiers films de Pascal Thomas même si La surprise du chef apparaît moins réussi que les opus précédents en raison aussi d’une distribution pas toujours à la hauteur. Si le parfait inconnu qu’est « Papinou » s’en sort plutôt bien, Hubert Watrinet manque de crédibilité en séducteur et fait regretter l’absence du grand Bernard Menez.

Des jeunes femmes disparaissent (Jean-Claude Brisseau, 1976)

Deux jeunes femmes, dont l’une a des problèmes avec son mari qui refuse de coucher avec elle, sont épiées par des tueurs en série.

Jean-Claude Brisseau a réalisé trois versions de ce court métrage. En 1973, il l’a tourné en 8 mm noir et blanc, en 1976, il réalise une deuxième version en Super 8 couleur sonore et en 2014, il a bouclé un remake en relief. C’est la deuxième version que j’ai vue. Si la corrélation entre les meurtres et le drame du couple demeure énigmatique, on peut constater que, malgré l’extrême modicité de ses moyens, le metteur en scène parvient à instaurer suspense et horreur grâce à une inventivité sans cesse renouvelée. Un brillant exercice de style.

Le désir et la corruption (Crime and passion/Ace Up My Sleeve, Ivan Passer, 1976)

En Autriche, un financier au bord de la ruine arrange le mariage de sa maîtresse avec un riche client.

Cette adaptation de James Hardley Chase commence à la manière d’une comédie de Lubitsch, se poursuit comme un vaudeville et s’achève dans un huis-clos macabre. C’est globalement laborieux faute de profondeur aussi bien que de rigueur dans l’écriture mais quelques trouvailles fantaisistes empêchent le total désintérêt. Dans une telle confusion, les acteurs ne semblent pas à l’aise, à commencer par Omar Sharif. Il y a pourtant quelques jolis moments où les personnages se mettent à exister, tel la fin. La musique de Vangelis est pas mal. Ace up my sleeve est un film plus original que réussi mais les amateurs d’Ivan Passer peuvent y consacrer une heure et demi de leur temps.