Cinq et la peau (Pierre Rissient, 1982)

Un Occidental exilé à Manille pense aux vers qui l’ont marqué, aux cinéastes qui l’ont hanté et aux Philippines qu’il a levées.

Les filles sont très jolies et on voit beaucoup Manille mais l’impression demeure d’une oeuvre très nombriliste, l’auteur ne cherchant guère à universaliser ses marottes et obsessions. On se souviendra de Pierre Rissient pour son travail capital d’activiste cinéphile plus que pour ce film.

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Pour 100 briques t’as plus rien (Edouard Molinaro, 1982)

Motivés par l’actualité, deux chômeurs braquent une banque.

C’est drôle, piquant, bien rythmé, les acteurs sont fort sympathiques et l’esprit anarchiste des séquences à la banque surprend agréablement avant que la fin n’enlève la réjouissante ambivalence qui les nimbait pour clairement faire pencher la balance vers une morale du genre « tout le monde est pourri, sachons en tirer parti ». C’est quand même pas mal du tout.

L’étoile du Nord (Pierre Granier-Deferre, 1982)

A Charleroi dans les années 30, après un crime sordide, un homme s’installe dans une pension de famille après avoir rencontré la fille de la tenancière en Egypte…

L’exposition semble alambiquée mais à partir de l’installation de monsieur Edouard chez madame Baron, L’étoile du Nord prend toute sa dimension mélancolique. Le film se focalise alors sur les diverses répercussions de l’insertion d’un voyageur hanté par des souvenirs plus ou moins fantasmés dans un milieu où tout est réglé par la cadence de l’habitude. En particulier, le réveil chez la tenancière des tendres regrets de la jeunesse est évoqué avec une admirable finesse. Ce dernier rôle au cinéma permit à Simone Signoret une sortie digne de son talent. Nostalgique, lunaire, bonhomme et inquiétant, Philippe Noiret a trouvé ici une des plus belles occasions de rappeler quel grand acteur il est. L’ambiance douillette et un brin rance de cette pension de famille est parfaitement restituée grâce notamment à des seconds rôles consistants, une jolie musique de Philippe Sarde et une bonne photographie de Pierre-William Glenn. Avec Le chat, cette nouvelle adaptation de Simenon serait-elle le plus beau film de l’inégal Granier-Deferre?

 

Les diplômés du dernier rang (Christian Gion, 1982)

Des cancres d’une école de gestion parisienne doivent gagner un match de rugby contre Oxford pour ne pas être virés.

Ersatz des Sous-doués où Christian Gion enchaîne les gags souvent faciles (tous ceux avec le Chinois appelé « Nem ») mais franchement marrants. La première partie, où une scène = une poilade, laisse même présager une très bonne comédie. L’inspiration comique s’essouffle quelque peu à partir du voyage en Angleterre mais Les diplômés du dernier rang reste un film amusant.

Frances (Graeme Clifford, 1982)

Des sunlights hollywoodiens aux cures d’électrochocs en passant par le théâtre militant, la vie tragique de l’actrice Frances Farmer.

Le récit, quelque peu exagéré comme l’ont montré des enquêtes postérieures, des tourments de Frances Farmer doit normalement suffire à faire un film prenant et émouvant. Ce, pour peu que les acteurs soient à la hauteur du défi et que le réalisateur connaisse son métier. C’est le cas ici. A l’exception de deux moments (les gros plans -vulgaires- au tribunal et les surimpressions -touchantes- à l’asile), le travail de Graeme Clifford est très classique et sa caméra est au service des comédiens, tous excellents. Jessica Lange tient le film sur ses épaules et montre qu’elle est à l’époque la plus grande actrice américaine. Sam Shepard joue un rôle assez secondaire par rapport à celui de sa compagne mais cependant essentiel à la beauté de l’oeuvre. Il y a en effet quelque chose de sublime dans l’amour d’un désintéressement absolu que porte son personnage -fictif- à Frances. Ce qui était initialement une convention destinée à avoir un partenaire masculin présent tout au long de la vie de Farmer fait tendre la biographie filmée vers le romanesque pur. La violence de la normalisation sociale, et plus particulièrement l’intransigeance du matriarcat WASP et l’inconséquence de son progressisme de façade, sur des intelligences déliées comme celle de Frances Farmer est restituée avec une grande force dramatique. Voir ainsi les terribles scènes de bagarre entre la mère et la fille.

Fast-walking (James B. Harris, 1982)

Un maton qui trempe dans des trafics louches fait un choix décisif lorsqu’un chef activiste noir arrive dans sa prison.

Un polar bavard, décousu et vague dont la surprenante fin affirme cependant la personnalité. Le charme de la rare Kay Lenz ainsi que le drame qui se noue dans la dernière partie (bien tardivement) rendent ce Fast-Walking regardable. James Woods est sympathique mais un peu trop cabotin.