Elle a pleuré dans l’étreinte d’un papillon (Im Kwon-taek, 1983)

Un chauffeur de taxi tombe amoureux de sa cliente qui veut retrouver son ancien fiancé.

La superbe Na Young-hee rehausse considérablement l’intérêt de cette bluette qui finit par toucher de la même façon que les chansons à l’eau de rose prisées par Fanny Ardant dans La femme d’à côté. Mignon.

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American teenagers (Losin’it, Curtis Hanson, 1983)

Quatre lycéens californiens partent en virée à Tijuana dans l’intention de perdre leur virginité…

Les prémisses laissent imaginer un film scabreux préfigurant American pie mais il s’avère que Curtis Hanson, par sa sensibilité et son sens du mouvement, a insufflé une certaine dignité à cette comédie sur le « passage à l’âge adulte ». Même si la fin est un peu trop joyeuse et pas assez morale, l’auteur garde une saine distance vis-à-vis de personnages d’ados pourris-gâtés considérant le Mexique comme leur bordel. A côté des passages obligés où le ridicule des jeunes obsédés est comiquement brocardé, les scènes tendres avec le jeune Tom Cruise et la très craquante Shelley Long rendent Losin’it étonnamment attachant; ce n’est pas du Mulligan mais pas loin.

En haut des marches (Paul Vecchiali, 1983)

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En 1963, une femme revient à Toulon qu’elle avait quitté à la Libération suite à l’assassinat de son mari pétainiste. Les souvenirs surgissent…

En haut des marches est un des travaux les plus personnels de Paul Vecchiali puisqu’il l’a réalisé en hommage à sa mère. A ce titre, les longues confessions en voix-off qui ouvrent et qui ferment l’oeuvre sont magnifiques. Ce film est une interrogation sur les différentes mémoires, sur la façon dont la perception des évènements historiques diffère selon qu’on y était plongé ou qu’on les analyse a posteriori sans les avoir vécus. L’évidente affection que l’auteur éprouve pour l’héroïne ne l’empêche pas de présenter les contrechamps avec une honnêteté intellectuelle rare dans le cinéma français. Je pense notamment aux dialogues avec la nièce avocate. Le film est dialectique jusqu’au bout des ongles, rien n’est simpliste, Vecchiali se refuse à juger qui que ce soit. Ainsi, après un discours de Pétain, on entend toujours un discours de De Gaulle.

La structure chaotique qui entremêle flashbacks et flashforwards au service d’un sujet théorique lié à la mémoire et à l’histoire fait penser à du Resnais. Heureusement, la mise en scène de En haut des marches n’a rien à voir avec celle d’un film comme La guerre est finie. Le film de Vecchiali n’est en effet ni guindé ni esthétisant. L’opérateur a capté différentes nuances de la lumière toulonnaise, faisant exister le lieu de l’action. La magnifique Danielle Darrieux incarne pleinement une oeuvre dont elle est la raison d’être. Les audaces narratives rendent le film parfois confus mais une chose est certaine, une chose irradie l’écran: l’amour de Vecchiali pour son personnage. C’est ce qui le différencie du petit malin puritain qu’est Jean-Luc Godard.

Et vogue le navire…(Federico Fellini, 1983)

A la veille de la Première guerre Mondiale, des ressortissants de la haute-société italienne s’embarquent sur un paquebot.

C’est évidemment la fin d’un monde que Fellini filme ici. Le naufrage du bateau est ici le symbole de la disparition de l’ancienne société. Une allégorie originale et inattendue étirée sur plus de deux heures au cas où le brave spectateur peinerait à comprendre le génie visionnaire de l’Auteur. Et vogue le navire… est cependant moins lourd, moins complaisant, moins ennuyeux, bref plus intéressant que d’autres films du cinéaste (Fellini-Satyricon, Fellini-Casanova, Fellini-Roma…) car la décadence du style répond ici à la décadence de la société représentée. Force est de constater que l’artifice outrancier de la mise en scène crée finalement une véritable mélancolie.

Les copains d’abord (The Big Chill, Lawrence Kasdan, 1983)

Quinze ans après, des copains de fac se retrouvent pour un week-end à l’occasion de l’enterrement de l’un d’entre eux.

C’est évidemment l’occasion de revenir sur leur passé, de constater pour certains le décalage entre leur vie et leurs diverses aspirations d’étudiant…Les copains d’abord est un film de potes convenu et superficiel (les tubes 60’s balancés à tout bout de champ peinent à masquer la banalité de la mise en scène) mais bien écrit, bien joué et donc plaisant à regarder pourvu pour l’on soit sensible à la nostalgie propre au genre.

L’Africain (Philippe de Broca, 1983)

Pour le compte du Club Med, une femme part au fin fond de l’Afrique avec l’intention de construire un hôtel. Là-bas, elle va retrouver son ancien mari.

Comédie d’aventures dans la grande tradition de Broca. La partie « aventures » est convenue mais la partie « comédie » est délicieuse. L’Africain n’est ni plus ni moins que la meilleure comédie de remariage française. J’ose d’autant plus l’affirmer qu’il n’est pas loin d’être seul dans sa catégorie. Que ce soit lors des échanges piquants du début ou au moment de la danse au milieu de la brousse – moment suspendu dans le temps typique de de Broca qui permet à l’auteur de donner une profondeur sentimentale à ses personnages typés et brinquebalés par l’intrigue- l’alchimie entre Catherine Deneuve et Philippe Noiret emporte le morceau. La vérité de leur couple est celle du film.

Avec un tel sujet, on aurait pu craindre le message tiers-mondiste ou lénifiant mais il n’en est rien. Philippe de Broca, qui a été pilote dans la brousse, a l’intelligence d’éviter tout pêchi-prêcha et reste focalisé sur son couple de héros sans occulter les contradictions qui font leur singularité. L’ensemble est enlevé et on retrouve, en filigrane, le regard tendre et amusé de de Broca sur les « intellectuels de gauche ». Un film éminemment sympathique.