La maison et le monde (Satyajit Ray, 1984)

Au début du XXème siècle, l’épouse d’un maharadja, encouragée par son époux à s’émanciper, est séduite par un démagogue indépendantiste.

Le dispositif de Satyajit Ray, de plus en théâtral, n’est plus innervé par la sensibilité de sa caméra aux frémissements des actrices comme il l’était dans ses meilleurs films (Le lâche, La déesse…). Encore que le dernier acte faisant du leader politique un être intéressé élude la complexité qui a précédé, c’est avec finesse que l’oeuvre brasse tout un tas de préoccupations hautement intellectuelles. Malheureusement, force est de constater que cette ostentatoire intelligence se traduit uniquement par les dialogues. Le rythme, la composition et l’enchaînement des plans n’ont à peu près aucun intérêt. De par l’agencement des accessoires colorés, plusieurs images sont belles mais cette beauté est essentiellement décorative. Bref, La maison et le monde est un film académique.

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Les voleurs de la nuit (Samuel Fuller, 1984)

A Paris, un couple de chômeurs braque les employés de l’ANPE qui les humilient.

Les amusantes grimaces de Claude Chabrol et le thème de Ennio Morricone, qu’il réutilisera de façon magnifique pour La légende du pianiste sur l’océan, sont tout ce qu’il y a à retenir de ce très mauvais film que son absence totale de précision, que ce soit dans le scénario ou la mise en scène, fait régulièrement flirter avec le nanar. Parmi mille autres détails, la façon dont Fuller imagine le train de vie des employés de l’ANPE est particulièrement embarrassante.

Les moissons du printemps (Racing with the moon, Richard Benjamin, 1984)

En 1942, deux jeunes Californiens comptent bien profiter des semaines qui leur restent avant d’être enrôlés dans l’Armée.

La mise en scène n’est pas des plus transcendantes mais la simplicité du ton et un excellent trio de jeunes acteurs -Sean Penn, Nicolas Cage et Elizabeth McGovern- insufflent une attachante justesse à ce classique film sur le passage à l’âge adulte en temps de guerre (le genre d’oeuvre qui aurait pu être réalisée par Henry King à l’époque où se déroule son action).

P’tit con (Gérard Lauzier, 1984)

Agé de 18 ans, un fils de bourgeois pétri d’idées gauchistes quitte le domicile de ses parents…

Peut-être le meilleur film de Gérard Lauzier. D’abord, le satiriste est en verve et le spectateur se marre bien. Ensuite, son éternel cynisme n’empêche pas une certaine tendresse pour les personnages d’affleurer ici et là. Enfin, pour une fois, le récit va jusqu’au bout de sa logique et les contradictions soulevées ne sont pas artificiellement escamotées à la fin. Bref, la justesse et la fantaisie l’emportent sur le prêt-à-penser réac.

Qui pourra bloquer un torrent? (Im Kwon-taek, 1984)

Au XVIIIème siècle, le fils d’un gouverneur est sommé d’épouser la fille du roi mais il a déjà une amoureuse.

Sorte de variation des Amants crucifiés. C’est une variation empâtée, à l’image du visage excessivement poupin de l’acteur principal. La langueur d’une narration prévisible quoique artificiellement compliquée par des flash-backs va de pair avec une certaine suresthétisation des images. Si quelques plans joliment éclairés flattent la rétine, Im Kwon-taek est loin, très loin, d’avoir le génie de Mizoguchi chez qui beauté plastique allait de pair avec condensation dramatique. Ainsi, la faiblesse de sa composition des cadres empêche t-elle la scène finale d’atteindre le lyrisme auquel elle prétend. Toutefois, Qui pourra bloquer un torrent? n’est pas à proprement parler un mauvais film; c’est simplement l’archétype du film académique.

La tête dans le sac (Gérard Lauzier, 1984)

Un riche publicitaire parisien qui vient d’avoir 50 ans s’entiche d’une jeune fille délurée…

Comédie de moeurs assez sinistre de par ses couleurs glaciales et le cynisme mou qui résulte de son récit. Quelques notations sociologiques de Lauzier sont bien senties et préfigurent parfois Houellebecq mais une paresse certaine de l’écriture résout conventionnellement les contradictions internes de l’intrigue plutôt que de les développer dans une véritable confrontation dialectique. Le mordant satirique de l’oeuvre s’en trouve émoussé. Après Les Diplômés du dernier rang et avant P.R.O.F.S, le jeune Patrick Bruel, en parfaite tête à claque, rappelle quel savoureux acteur comique il aurait pu devenir. Fanny Bastien est très jolie.

Ronde de nuit (Jean-Claude Missiaen, 1984)

A Paris, deux policiers enquêtent sur la mort d’un député…

Très embarrassant. La confusion de la narration n’a d’égale que la mollesse du rythme, la fausseté des dialogues (du sous-Audiard qui évoque Pas de bégonia pour le cave) et l’absence d’implication des comédiens. A retenir un personnage de tueuse noire qui a peut-être inspiré celui de Grace Jones dans Dangereusement vôtre, un pessimisme final étonnant et quelques jolis plans de Paris la nuit.