Cours privé (Pierre Granier-Deferre, 1986)

Le directeur d’un lycée privé parisien reçoit des lettres et photos anonymes mettant en cause une de ses enseignantes, jeune et jolie prof d’histoire.

C’est bien artificiellement que le mystère est ménagé (de la stupide rétention d’information) mais, par son travail sur les décors et la musique, le metteur en scène instaure un climat assez fascinant dans les scènes où la fort jolie Elisabeth Bourgine se retrouve seule dans son appartement. Cours privé n’est pas un très bon film mais révèle une actrice qui aurait pu (dû?) devenir une star.

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La machine à découdre (Jean-Pierre Mocky, 1986)

Sur la côte d’Azur, un quêteur pour Médecins du monde qui a pété les plombs assassine un cafetier et prend un chômeur en otage.

Comédie noire dont la narration à la fois directe et surprenante, l’amertume joyeusement féroce du ton et les appas de la vedette féminine, généreusement dévoilés, compensent tant que faire se peut la désinvolture de la mise en scène.

Dangereuse sous tous rapports (Something wild, Jonathan Demme, 1986)

Un cadre rencontre une fille excentrique à la sortie d’un restaurant qui l’entraîne dans de folles aventures.

Produit typique du mauvais cinéma indépendant américain, affichant ses références « underground », surlignant son propos pseudo-anticonformiste à tout bout de champ (la chanson Wild thing assénée), patinant dans sa narration et tentant de masquer le vide de sa dramaturgie avec des effets-chocs tout à fait gratuits (pour un mauvais scénariste, la psychopathie a bon dos).

Nomads (John McTiernan, 1986)

Pendant qu’elle le soigne, une jeune neurologue est frappée par un fou ensanglanté qui meurt aussitôt. Plus tard, la neurologue a des hallucinations correspondant à la vie de cet homme qui était un ethnologue réputé qui venait d’emménager dans une banlieue américaine et avait commencé à enquêter sur des nomades urbains nihilistes et meurtriers.

Une série B encore plus fumeuse que ce résumé ne l’indique. C’est dire. Et laid (musique atroce) et mou qui plus est.

Beaux temps mais orageux en fin de journée (Gérard Frot-Coutaz, 1986)

A Belleville, un couple de jeunes retraités reçoit leur fils avec sa nouvelle copine.

Cette petite merveille signée par le regretté Gérard Frot-Coutaz est la preuve qu’un cinéaste peut traiter d’angoisses métaphysiques graves sans être aussi plombant qu’Ingmar Bergman. Gorgé de savoureux effets comiques, ce film, qui respecte pour ainsi dire les unités de temps (une journée) et de lieu (l’appartement des deux retraités), est d’abord un joyau d’écriture. Entre l’épluchage des patates et la cocasse cuisson du poulet, les peurs existentielles refoulées sous les oripeaux du vernis social (alors que les invités sont la plus proche famille) ressurgissent très violemment. Cette alternance des tons n’est pas artifice de fabricant de spectacle mais bouleversante restitution de l’essence des personnages. En effet: quoi de plus tragicomique que la vieillesse?

Cela aurait pu se limiter à une mécanique théâtrale parfaitement huilée, c’est un film plein de vie et de mystère. C’est un film plein de vie grâce à la présence des immenses Claude Piéplu et Micheline Presle, grâce au naturel discrètement fantasque de leur jeu. C’est un film plein de vie grâce à la fantaisie contrôlée du style. Ainsi du chant collectif, pari du cinéaste osé mais tenu. C’est un film plein de mystère du fait des notations étranges introduites par le metteur en scène tel ces gestes de tendresse quasi-incestueuse entre le fils et sa mère, des instants où Frot-Coutaz se garde bien d’être bêtement explicatif (la mélancolie de la mère ne saurait être réduite à un unique traumatisme) mais reste toujours juste quant à l’évocation des états d’âme des personnages.  C’est enfin un film plein de mystère parce que l’environnement bellevillois des personnages ne sert pas uniquement à les situer socialement (excellente scène du poulet halal): des plans magnifiques sur le feuillage des arbres du parc soufflés par le vent insèrent dans la chronique de discrètes embardées cosmiques. Il y a ici un fantastique analogue à celui du Rayon vert.

Beau temps mais orageux en fin de journée est donc un film aussi grand qu’oublié. Dans la belle tradition des meilleurs auteurs Diagonale, l’empathie de Gérard Frot-Coutaz pour tous ses personnages en même temps que l’effacement de son ego au profit de son récit lui ont permis de réaliser un des films les justes qui soient sur son sujet. A savoir la folie ordinaire d’une jeune retraitée.

Maine Océan (Jacques Rozier, 1986)

Par un concours de circonstances, deux contrôleurs de la SNCF, une avocate et une mannequin brésilienne se retrouvent en vacances sur l’île d’Yeu.

Je connais les arguments des (nombreux) laudateurs de Jacques Rozier. La faiblesse de l’écriture rendrait le film spontané, libre et naturel. Pourtant, depuis Nanouk l’esquimau, on sait que les films les plus naturels qui soient sont le fruit d’une préparation minutieuse.

Dans Maine-Océan, les carences du scénario font en fait ressortir le caractère artificiel et arbitraire des personnages et situations imposés par l’auteur. Ainsi de Petitgars, marin-pêcheur joué par un Yves Alfonso plus caricatural que jamais. Lorsque Petitgars apprend que des contrôleurs de la SNCF ont voulu mettre une amende à l’auto-stoppeuse brésilienne récupérée par son avocate, autostoppeuse qu’il connaît depuis une demi-journée, il se met en tête de leur casser la figure. Il le fera d’ailleurs quelques jours plus tard. L’outrance de ce comportement n’a qu’une justification possible, justification à peine étayée par les scènes où Petitgars présente la Brésilienne à ses collègues comme « sa future femme »: l’amour fou qu’il porterait à la Brésilienne. Seulement voilà: à la fin du film, la Brésilienne s’en va, Petitgars n’a même pas couché avec elle et aucun désarroi, aucun regret, aucune résignation ni même aucun oubli de Petitgars ne sont montrés.

L’escamotage par l’auteur du drame sentimental de Petitgars montre que son personnage n’est pas un individu de chair, de sang et de désirs mais le réceptacle pur et simple de ses idées politiques. Il est normal dans le monde vaguement anarchiste de Rozier qu’un brave marin étrangle des contrôleurs puisque ce sont des figures de l’autorité. Certes la violence, c’est mal donc après les avoir envoyés chez le rebouteux, il s’excuse parce que « il y a un homme derrière l’uniforme ». Après sa beigne, le contrôleur prendra évidemment conscience du caractère aliénant de son travail et se réconciliera avec son agresseur autour d’une bouteille de blanc. On en revient donc aux impressions d’artifice et d’arbitraire qui naissent d’un manque de finesse de l’écriture.

Maine-Océan est donc un film superficiel et, de plus, la surface n’est guère jolie à voir tant la paresse de la mise en scène répond à la paresse de l’écriture. Je comprends la grisaille de l’image en cela qu’elle respecte certainement la lumière naturelle de l’île d’Yeu mais j’accepte moins la longueur démesurée de certaines séquences qui ressort plus de l’auto-complaisance du réalisateur que d’un quelconque projet tant ces séquences sont vides et inexpressives. Reste la qualité de l’interprétation de Bernard Menez qui a sans doute le personnage le plus intéressant même si son drame est finalement lui aussi traité d’une façon superficielle.