La petite allumeuse (Danièle Dubroux, 1987)

Une gamine de 13 ans est amoureuse de son moniteur de colo.

Il est un peu difficile de croire à l’amour absolu et pur que porterait le mono à la gamine d’autant que celle-ci est tout à fait quelconque mais le film est assez drôle dans ses -timides- accents satiriques.

 

Aux frontières de l’aube (Near dark, Kathryn Bigelow, 1987)

Un jeune Texan mordu par une belle vampire est forcé de rejoindre cette dernière et ses compagnons.

Les auteurs revivifient le film de vampires en l’intégrant, d’une façon poignante, à un contexte familial et texan. La longue et violente séquence dans le bar est une des plus dérangeantes que j’ai jamais vues; ce qui, loin d’être gratuit, rend sensible le risque de damnation du héros. Cette horreur est dialectisée par l’amour qui guide son père et sa soeur partis à sa recherche. Un amour simple et pur comme ceux des héros de western. Comme par ailleurs, les vampires sont parfois montrés avec compassion, le ton de l’oeuvre est singulièrement attachant, d’une douceur qui va au-delà du romantisme funèbre propre au genre. Les séquences d’action sont d’une belle intensité grâce au découpage déjà remarquable de Kathryn Bigelow: près des corps mais lisible. Quelques scories liées à la dramaturgie hollywoodienne (l’artificiel duel final) ou à son époque de production (les costumes sortis de Mad Max, la piteuse musique de Tangerine Dream) n’empêchent donc pas son premier long-métrage réalisé toute seule d’être une réussite.

 

Association de malfaiteurs (Claude Zidi, 1987)

A cause d’une mauvaise blague, deux anciens diplômés de HEC se retrouvent poursuivis par la police.

C’est sympa mais avec Daniel Auteuil et Thierry Lhermitte à la place de François Cluzet et Christophe Malavoy, c’eût été plus drôle. Il est dommage que la satire contre la « mentalité HEC » soit escamotée par les péripéties policières mais la banlieue est bien filmée.

Travelling avant (Jean-Charles Tacchella, 1987)

En 1948, deux cinéphiles parisiens rêvent de rentrer dans le milieu du cinéma.

Reconstitution de l’âge d’or de la cinéphilie française qui sonne d’autant plus juste qu’elle prend en compte la face sombre de son sujet: la mélancolie, l’inaptitude à vivre, qui conduit le héros à une quasi-clochardisation. Ainsi, Thierry Frémont, une révélation, est durement émouvant. Ann-Gisel Glass est très bien en jeune fille endeuillée. Malgré quelques raccourcis scénaristiques (comment deux filles peuvent-elles s’enticher de pareil tocard?), des dialogues trop signifiants et une utilisation de la musique parfois contre-productive, Travelling avant est un joli film.

 

Light of day (Paul Schrader, 1987)

Un jeune homme frère d’une rockeuse, mère d’un enfant de cinq ans et fâchée avec leur mère catholique, perd son boulot d’ouvrier…

Ce drame familial est bien charpenté et le récit traite frontalement ses thèmes (ce qu’est un lien familial, ce qu’est la foi en Dieu) mais il manque de surprises et de détails concrets. Ainsi, la mise en scène du calviniste Paul Schrader ne montre pas suffisamment les attraits d’une vie rock&roll pour que la Tentation soit vraiment séduisante.

The big town (Harold Becker et Ben Bolt, 1987)

Dans les années 50, un jeune homme arrive à Chicago pour faire fortune en exploitant son talent de lanceur de dés.

Ce néo-noir se singularise en ceci qu’il montre une éducation sentimentale et morale plus qu’une descente dans les enfers de la criminalité. La recréation chiadée des années 50, la chouette B.O, la très sympathique idée de faire du couple deux passionnés de rock&roll s’étant rencontrés dans un magasin de disques, le joli personnage de la mère célibataire, un certain sens visuel et les seins dévoilés de la sublime Diane Lane permettent de passer un agréable moment.

Noyade interdite (Pierre Granier-Deferre, 1987)

Pour y enquêter sur une série de meurtres, un inspecteur revient dans une station balnéaire où il a vécu.

L’intrigue policière est un peu incompréhensible mais les nombreux personnages de cette ville côtière assurent un certain tissu romanesque et les filles -Elisabeth Bourgine, Marie Trintignant, Gabrielle Lazure -sont jolies.

 

The lonely passion of Judith Hearne (Jack Clayton, 1987)

A Dublin au milieu du XXème siècle, une professeur de piano anciennement alcoolique tombe amoureuse du frère de sa tenancière…

Le dernier film de Jack Clayton est une réussite tant la dialectique entre une société oppressante et les fêlures intimes y est subtilement retranscrite: la première ne détermine pas complètement les secondes, le mystère psychologique est ménagé. Maggie Smith incarne la vieille fille amoureuse avec brio, les pensions de famille dublinoises à l’atmosphère un peu rancie n’ont jamais été aussi bien filmées et la somptueuse musique de Georges Delerue insuffle le lyrisme nécessaire pour que tout ça ne verse pas dans le sinistre total.

Alouette je te plumerai (Pierre Zucca, 1987)

Poussée par son fiancé, une employée de maison de retraite accueille sous leur propre toit un des pensionnaires qui aurait un magot. Mais ce dernier est mythomane…

Sorte de série B d’auteur français. Le récit est confectionné avec une méticulosité rare. L’enchâssement des différentes destinées jusqu’à l’amère ironie du dénouement relève d’un art aussi grand que modeste. Chaque personnage avait sa part de noirceur mais chacun est victime d’injustice. Retors, Pierre Zucca a noué son intrigue autour d’une importante question de société -la prise en charge des personnes âgées- pour mieux s’en abstraire au fur et à mesure qu’il révèle les secrets de personnages pleins d’obsessions bizarres et de passions malsaines. Le pessimisme social de la fin est d’autant plus glaçant que sa portée est générale.

Le talent de Zucca consiste également à faire passer une vision du monde aussi sinistre à travers un film à la tonalité plutôt légère. Bien sûr, une telle histoire est propice à l’humour noir comme le montre la délectable composition de Fabrice Luchini en arriviste hâbleur tout droit sorti d’une comédie italienne des années 60. Mais une secrète compassion court aussi en filigrane de l’oeuvre, compassion qui empêche la complaisance ou le surplomb face à la bassesse humaine. C’est la tendresse pour un vieil homme qui demande à une jeune femme voulant lui rendre une faveur, la rare et charmante Valérie Allain, de se déshabiller pour lui. Ou alors la tristesse face à un ermite qui refuse d’ouvrir sa porte à une femme devenue par la force des circonstances l’exécutrice testamentaire de son seul ami…

Chouans! (Philippe de Broca, 1987)

En 1793, un révolutionnaire et un noble, élevés par le même homme, se déchirent pour une femme.

Comparée à une superproduction hollywoodienne, la mise en scène de Philippe de Broca peut manquer de souffle mais cette lacune est compensée par la vivacité du rythme. Jamais Chouans! n’est lourd et la légèreté bienveillante du style fait que le film se suit avec un plaisir constant. La version courte est peut-être préférable à la version longue (destinée à la télévision) qui a certes le mérite de développer les personnages mais où la facilité de plusieurs ficelles romanesques a le temps d’apparaître aux yeux du spectateur. Ce d’autant plus que des acteurs aussi limités que les jeunes Lambert Wilson et Stéphane Freiss peinent à incarner les clichés qu’ils sont censés incarner.

Néanmoins, la représentation de la révolution française ne manque ni de justice ni de justesse. Exemple: la scène où, sommé par la femme qu’il aime, Kerfadec provoque le sinistre baron de Tiffauges en duel après avoir affiché son joyeux mépris pour la politique. Ici, de Broca saisit une certaine essence de l’aristocratie. On a connu Georges Delerue plus inspiré et les dialogues de Daniel Boulanger sont savoureux même s’ils versent parfois dans le mot d’auteur. Il y a aussi quelques apogées dramatiques joliment gérées (le couple de cavaliers qui se jette de la falaise!). En définitive, Chouans! est un film aimable dont la mauvaise réputation apparaît injustifiée.

La lumière (Yeelen, Souleymane Cissé, 1987)

L’odyssée d’un jeune homme au Mali qui a des pouvoirs magiques.

Les cadrages sont particulièrement beaux. Leur composition est soignée sans paraître forcée. Les paysages africains sont mis en valeur sans exotisme. Sorti de là, cette fable qui parle de malédiction et de sorcellerie est absconse. La narration passe essentiellement par des discours (extrême importance de la parole). Je ne saurais dire si le hiératisme des personnages est exagéré par le metteur en scène ou si c’est simplement le décalage culturel qui m’a fait trouver les comédiens excessivement statiques. A ce manque de clarté des enjeux dramatiques et à ce manque d’incarnation de l’action s’ajoute enfin un rythme particulièrement monotone. Ainsi, Yeelen m’a paru dénué d’intensité dramatique et m’a considérablement ennuyé.

Un enfant de Calabre (Luigi Comencini, 1987)

Contre son père qui veut qu’il fasse des études et soutenu par un chauffeur de bus infirme, un enfant de Calabre se rêve champion de course à pied.

Encore une fois, ce qui n’aurait pu être que facilités mélodramatiques et mièvrerie larmoyante est transcendé par le style de Luigi Comencini: fraîcheur du jeune interprète Santo Polimeno, pudeur, droiture et sensibilité de l’expression, empathie inconditionnelle de l’auteur pour chacun de ses personnages. La grandeur du cinéaste s’exprime notamment via le fait que le père n’est pas montré comme une méchante brute mais que les raisons de sa dureté sont exposées avec justesse: il souffre de sa condition de prolétaire et veut assurer un bel avenir à son fils. En homme de gauche intelligent, Comencini révèle la nature oppressante des structures mais prend soin de ne pas charger les individus.

Il porte un regard tendre et parfois amusé sur ces gens qui se débattent entre des traditions sclérosantes (le gamin qui se fait tirer dessus par les ennemis de sa famille!) et l’envie de rêver envers et contre une réalité non pas misérable mais souvent désespérante. Ainsi le personnage du chauffeur de bus interprété par le grand Gian Maria Volonte est-il magnifique. La fable s’inscrit merveilleusement dans la splendeur âpre des paysages calabrais; la lumière naturelle est superbe.

Un enfant de Calabre est donc un très joli film qui mérite pleinement le noble qualificatif suivant, qualificatif déjà tombé en désuétude en cette fin des années 80: humaniste.

Encore (Once more) (Paul Vecchiali, 1987)

De son divorce à son décès du SIDA, les dix dernières années de la vie d’un homme.

Si un gay passe dans le coin, il pourra confirmer ou infirmer mais c’est à ma connaissance le premier film français tourné sur le SIDA. Sans faire la morale d’aucune façon que ce soit, Paul Vecchiali montre le parcours d’un homme qui se libère de toutes sortes de jougs sociaux pour finir par assumer pleinement ses désirs, quitte à s’y brûler (l’amour ça fait mal). Le fait est que cette libération se fait sans excès de violence contre son milieu initial. S’il y a des scènes franches et dures de dispute conjugale, le personnage principal reste finalement lié avec sa famille, sans cependant leur raconter d’histoires. Malgré l’actualité brûlante du sujet et grâce à la franche audace du traitement, aucun discours militant ne vient plomber le film. Encore (once more) n’a rien à voir avec quelque chose comme Jeanne et le garçon formidable. C’est à une célébration pleine et entière de la vie, avec toute la douleur qui en découle, que s’est livré Vecchiali.

Pour ce faire, il s’est astreint à  l’emploi d’un dispositif  très contraignant: à l’exception de la séquence finale, le film est découpé en neuf plan-séquences, chacun représentant une année. Cela donne au film une stylisation très théâtrale qui l’empêche de verser dans le naturalisme sociologique. Plusieurs chansons de Roland Vincent ponctuent le film (Ducastel et Martineau n’ont décidément rien inventé). Il faut bien le dire cependant: cet artifice délibéré n’est pas toujours facile à admettre pour le spectateur. Ainsi, les ruptures de ton ou encore la bizarrerie de plusieurs protagonistes secondaires paraissent parfois trop arbitraires pour être féconds. Il y a néanmoins des instants magnifiques de justesse et de pudeur, tel celui où le héros malade retrouve son ancienne femme au mariage de leur fille. Et, toujours, le regard à la fois droit et empathique de Vecchiali sur son personnage.

Les mois d’avril sont meurtriers (Laurent Heynemann, 1987)

Dans une banlieue indéterminée, un flic hanté par l’assassinat de sa fille par son épouse folle enquête sur un meurtre particulièrement sordide.

Adapté d’un roman de Robin Cook, Les mois d’avril sont meurtriers est une de ces pépites du polar noir à la française sorties entre la fin des années 70 et la fin des années 80. Il appartient à la même veine que Série noire ou Poussière d’ange. La verdeur des excellents dialogues signés Bertrand Tavernier ainsi que l’abstraction de la mise en scène (voir l’étonnant décor du commissariat en béton) accentuent le lyrisme théâtral des nombreux affrontements verbaux entre le flic et son principal suspect. Dans son premier rôle dramatique au cinéma, Jean-Pierre Marielle est magnifique de truculence désabusée tandis que son partenaire Jean-Pierre Bisson est flamboyant de perversité. Leurs face-à-face filmés avec un minimum de plans (peu de champs/contrechamps) sont fascinants, parfois ambigus et révèlent petit à petit la personnalité du suspect. Cet artifice délibéré aurait pu enfermer Les mois d’avril sont meurtriers dans un dispositif conventionnel et de ce fait l’anesthésier mais il n’en est rien car Laurent Heynemann contrôle rigoureusement ses deux monstres sacrés et il vivifie son film avec une bonne dose d’humour ravageur et inattendu (le flic féru de Frank Borzage qui imite Patrick Brion!). Tout au plus regrettera t-on que le dénouement assez superficiel ne soit pas à la hauteur des attentes suscitées et que la dimension politique de l’intrigue ne soit pas plus affinée.

La ménagerie de verre (Paul Newman, 1987)

Un homme qui a fui son foyer raconte comment sa mère, abandonnée par son mari, avait tenté de marier sa fille infirme qui s’évadait de la réalité grâce à sa collection d’animaux de verre.

Le dernier film de Paul Newman en tant que réalisateur, La ménagerie de verre, est réputé être un des films les plus fidèles au texte du célèbre dramaturge dont il est adapté: Tennessee Williams. Cela signifie que le récit avance souvent à travers de longues tirades, que les monologues sont nombreux et rarement concis, que le décor est unique, que le symbolisme n’est pas d’une très grande subtilité. Même la grande Joanne Woodward se laisse aller au cabotinage. Mais l’auteur a l’astuce de prévenir les reproches de théâtralité excessive en racontant son histoire via un flashback du fils annonçant que « tout ceci est une pièce de théâtre et ne saurait être réaliste ». Il ne s’agit pas d’un effet de distanciation gratuit mais d’une façon pas plus bête qu’une autre de rappeler ce vieil adage: « la frontière entre le théâtre et la vie est floue ».

Et de fait, le spectateur finit par oublier les artifices théâtraux. La tristesse, l’espoir, la mélancolie…Impossible de résister à la déferlante d’émotions diverses et variées, au concentré d’humanité brassée par La ménagerie de verre, à la justesse du regard de l’auteur sur ses magnifiques personnages. Des personnages d’Américains bouffés par leurs rêves. Par certains aspects, le film m’a rappelé Gens de Dublin qui sortait la même année. Les regrets de la mère lorsqu’elle évoque sa jeunesse à moitié fantasmée d’aristocrate sudiste sont comme une version acide de la nostalgie d’Anjelica Huston dans l’ultime chef d’œuvre de son père.

Si l’intérêt varie au cours des deux heures et quart du métrage, si l’outrance de certains passages saute aux yeux, la dernière partie balaye toutes les réticences. La longue scène au cours de laquelle Jim « ouvre les yeux » de Laura à la vie est une des plus belles jamais imprimées sur pellicule. A ce degré de vérité humaine, à ce  stade d’empathie pour les personnages, qu’importe que l’émotion tienne du cinéma ou du théâtre. Une seule certitude: le découpage et la lumière magnifient les acteurs, leurs visages. Karen Allen est superbe de fragilité. Rarement personnage de fiction aura suscité autant de tendresse, de compassion que le sien dans La ménagerie de verre. Voir Laura se mettre à danser et mourir…