Peaux de vaches (Patricia Mazuy, 1989)

Après 15 ans de prison pour avoir brûlé la ferme familiale, un homme revient au pays…

Dans ce premier long-métrage réalisé par Patricia Mazuy, on décèle déjà son ambition d’inscrire un sujet mythologique dans un cadre naturaliste. Il y a une beauté noble et grave dans les rapports entre les deux frères. Toutefois, le récit eût gagné à être plus approfondi (ou le film à être raccourci). C’est par des effets de manche grossiers que la cinéaste tente de compenser cette faiblesse de l’écriture. Pour surligner le côté « primitif et sauvage », elle filme complaisamment ses personnages se rouler dans la boue, ce qui d’ailleurs exprime une vision assez basse de nos agriculteurs. Régulièrement, elle tente d’ajouter de la tension et du mystère avec des scènes de jeu absurde comme celle où le frère s’amuse à mettre la gamine dans le four mais ces bizarreries ne débouchent sur rien et apparaissent donc artificielles. Peaux de vaches est également un des plus dignes représentants d’une tendance majeure du cinéma d’auteur français contemporain: la tendance inaudible. Comme si s’exprimer par borborygmes et marmonnements était une condition sine qua non à la paysan’s credibility…En bouseux tourmenté par le remord, Jacques Spiesser en fait parfois trop mais Jean-François Stévenin et Sandrine Bonnaire sont bien.

Great balls of fire! (Jim McBride, 1989)

Grâce à ses disques et concerts endiablés, le Killer est à deux doigts de détrôner le King mais son mariage avec sa cousine de 13 ans provoque un scandale…

L’interprétation outrancière de Dennis Quaid désarçonne avant de s’avérer au diapason d’une oeuvre joyeuse et colorée où Jim McBride reconstitue avec un enthousiasmant talent visuel le sud américain des années 50: ses bouges, ses églises, ses belles bagnoles, ses diners, ses collégiennes et, évidemment, son rock&roll qui est l’accompagnateur parfait de toutes les dépenses d’énergie libidinale (le sexe mais aussi la consommation matérielle tel qu’en témoigne le fabuleux travelling suivant Winona Ryder entrain d’essayer les lits).

Le lien entre prédication évangélique et musique du Diable est rendu évident par la discrète mise en parallèle de l’ascension du Killer avec les prêches de son cousin révérend. Le chromo est vivifié par des passages de pure comédie musicale et par les galvanisantes reconstitutions de concert où le génie de Jerry Lee Lewis, synchronisé en play-back avec un Dennis Quaid survolté, est éclatant (le film est clairement à la gloire de son objet).

Les insoumis (Lino Brocka, 1989)

Aux Philippines, après la fin de la dictature de Marcos, un militant des droits de l’homme récemment marié constate que les exactions continuent.

Après avoir combattu Ferdinand Marcos, Lino Brocka s’est rendu compte que Cory Aquino et son entourage corrompu ne valaient guère mieux que le dictateur renversé. Plus ou moins clandestinement, il a donc réalisé Les insoumis, brûlant témoignage de la violence contre les populations qui continuait à être exercée par des milices paramilitaires plus que tolérées par le gouvernement. Dans la situation chaotique représentée, Brocka ne tire aucune solution partisane mais préfère retracer l’évolution d’un jeune père de famille vers le retour à la lutte armée. Cette évolution, reflet du pessimisme endémique de l’auteur, est provoquée par des affects bouleversés et non par une froide analyse. Ainsi qu’une brutalité à faire passer Samuel Fuller pour Mervyn LeRoy, c’est cette individualisation passionnelle du constat politique qui le rend aussi émouvant et aussi imparable.

Mes meilleurs copains (Jean-Marie Poiré, 1989)

A l’occasion du concert de leur chanteuse devenue une vedette, d’anciens membres d’un groupe de rock se retrouvent dans la maison de campagne de l’un d’eux.

Ce film nostalgique est l’occasion pour Jean-Marie Poiré de romancer sa jeunesse avec les Frenchies et Chrissie Hynde. Les flashbacks gentiment satiriques, propulsés par une voix-off très bien écrite, constituent le meilleur du film. La scène maoïste est particulièrement savoureuse. De Christian Clavier à Jean-Pierre Darroussin, les acteurs sont excellents. Cependant, en terme de mise en scène, l’ample prédominance des gros plans par rapport aux plans d’ensemble interroge. En découpant à la hache, Jean-Marie Poiré échoue à faire ressentir l’intimité des lieux, ce qui est, depuis La règle du jeu, un des grands plaisirs dispensés par les films français se déroulant dans une maison de campagne. Au rayon des bizarreries formelles, on note aussi le dernier mouvement d’appareil dont l’ostentation est contre-productive. C’est dommage car une mise en scène plus rigoureuse et plus attentive au cadre aurait peut-être introduit le naturel qui manque à un scénario s’avérant plutôt convenu et ne faisant jamais sortir les personnages de leur petites cases sociologiques. Mes meilleurs copains est donc un film amusant mais qui n’a pas la profondeur des grands films de potes tel Nous nous sommes tant aimésNous irons tous au Paradis ou Vincent, François, Paul et les autres.

La campagne de Cicéron (Jacques Davila, 1989)

Pseudo-marivaudage entre bobos dans une maison de campagne.

Ce canevas canonique du cinéma français est vidé de toute substance par l’absence de rythme dans la narration, la nullité de la dramaturgie, le décalage sans objet de la direction d’acteurs et les dialogues gratuitement saugrenus. Reconnaissons toutefois une sensibilité de coloriste, aussi vaine qu’éclatante.