L’entraîneuse (Albert Valentin, 1938)

Lors de vacances sur la côte d’Azur, une entraîneuse se lie avec les enfants d’un homme d’affaires.

Albert Valentin et Charles Spaak ont désamorcé les éventuels paroxysmes mélodramatiques d’une intrigue somme toute conventionnelle pour mettre en relief ses aspects psychologiques et sociaux. Voir par exemple comment l’impact dramatique de la révélation centrale est différé, dilué, comment se greffent sur cette révélation des rebondissements logiques jusqu’à ce qu’elle se fonde complètement dans un récit plus important qu’elle. Le spectateur a alors oublié le caractère ahurissant de la coïncidence. La sobriété toute classique (et non pas académique comme en témoigne la souplesse du découpage) de la mise en scène et l’interprétation génialement sympathique de Tramel dans le rôle du salaud de service empêchent également le règne du pathos. Au final, L’entraîneuse apparaît comme un beau drame de la résignation peu à peu envahi par un climat de mélancolie dans lequel le visage de Michèle Morgan fait office de soleil d’hiver. Bon film.

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La vie de plaisir (Albert Valentin, 1944)

Un patron de boîte de nuit peine à s’intégrer dans le milieu aristocratique de son épouse.

Encore une fois dans un film d’Albert Valentin, les flashbacks servent à compliquer une intrigue fondamentalement conventionnelle. La justification de cet artifice de construction réside ici dans le fait qu’il y a deux narrateurs, un avocat qui accuse et un avocat qui défend. La deuxième plaidoirie éclaire donc sous un jour nouveau ce qui était raconté dans la première. Le procédé n’est pas idiot en soi mais son utilisation est à la longue quelque peu redondante. Des caractères moins caricaturaux et plus de nuance dans la critique du milieu aristocratique auraient sans doute donné un film plus intéressant. En l’état, La vie de plaisir se suit sans déplaisir grâce à la gouaille d’Albert Préjean et à quelques piques bien senties. La fin élève un peu le niveau car elle montre enfin un début de partage des torts entre les protagonistes.

Marie-Martine (Albert Valentin, 1943)

Un romancier exploite le malheur d’une fille perdue par une riche famille pour écrire un livre.

La construction excessivement alambiquée camoufle un temps la profonde convention de l’intrigue mais le tout reste superficiel. Renée Saint-Cyr n’est pas aussi fraîche qu’Odette Joyeux ou Danièle Darrieux, Jules Berry cachetonne mais Saturnin Fabre, au cours d’une scène purement digressive, nous régale d’une composition exceptionnelle de fantaisie et de vérité humaine. C’est aussi ça la grandeur du cinéma français classique.