Le bataillon dans la nuit (Hold back the night, Allan Dwan, 1956)

En Corée, un officier chargé d’une périlleuse mission se souvient de plusieurs moments avec sa femme.

La maigreur du budget dont découle notamment une abondance de mauvaises transparences altère la vérité spectaculaire des batailles tandis que la vulgaire convention des ressorts dramatiques et les mimiques exagérées de John Payne empêchent la vérité humaine d’affleurer malgré deux flash-backs intéressants (sur trois) dans lesquels Dwan retrouve un tout petit peu de la justesse intimiste de Iwo Jima.

La belle du Montana (Belle Le Grand, Allan Dwan, 1951)

En 1870, une joueuse professionnelle tente d’empêcher sa petite soeur, chanteuse d’opéra qu’elle n’a guère connu parce qu’elle était en prison, de tomber dans les griffes de l’homme qui la fit sombrer.

Belle le Grand se situe à mi-chemin exact entre le western et le mélodrame, genre auquel il s’apparente par la nature des péripéties mais pas par le ton, toujours pudique voire feutré. Lors des séquences dramatiques, un plan final sur le visage féminin suffit à évoquer son tourment, sans qu’il ne soit besoin d’épanchement lacrymal. Le découpage fluide et concis sert un récit pas si conventionnel que ça, dont les ressorts dramaturgiques sont canoniques mais où les registres varient et où la compassion des auteurs pour chacun des personnages engendre des surprises. C’est très typique de Dwan. A noter enfin l’importance de la musique, airs d’opéra et negro spirituals, qui vient poétiser la parabole romanesque. A ce titre, le sommet est le superbe travelling du retour de Belle chez ses esclaves.

Le masque de fer (Allan Dwan, 1929)

Vingt-cinq ans après avoir été séparés par Richelieu, d’Artagnan et ses amis se retrouvent pour contrer un complot d’usurpation royale.

Douglas Fairbanks et les scénaristes à sa solde ont allègrement mélangé -et trahi- Les trois mousquetaires et Le vicomte de Bragelonne. Mais ils l’ont fait intelligemment. Certes, la complexité tragique du dernier volet de la trilogie de Dumas a été évacuée au profit d’un manichéisme bien hollywoodien mais l’ensemble forme un récit cohérent même si riche en péripéties. Le rythme de ce Masque de fer compte parmi les plus parfaits de l’histoire du cinéma. L’action est pour ainsi dire continue. L’attention de la caméra aux cabrioles toujours impressionnantes de Fairbanks, âgé de 46 ans, n’empêche pas la restitution d’un monde grouillant et poétique grâce notamment à la variété somptueuse des décors et à la remarquable utilisation de la profondeur de champ. La cadence n’exclut pas la mélancolie, matérialisée par des surimpressions naïves et émouvantes. Bref, un chef d’oeuvre, cent coudées au-dessus du terne film de Niblo.

A l’ombre de Brooklyn (East side, West side, Allan Dwan, 1927)

A New-York, un orphelin dont une famille juive s’est entiché devient boxeur puis ingénieur.

Le scénario de ce véhicule pour George O’Brien est tarabiscoté mais la mise en scène virtuose insuffle à beaucoup de séquences vie et/ou force dramatique. Le New-York des années 20, avec ses gratte-ciels en construction, ses docks et son quartier juif plus tard reconstitué dans Il était une fois en Amérique est particulièrement bien montré. Au début, le panoramique sur le sud de Manhattan est d’autant plus beau qu’il apparaît comme impromptu. Cet ancrage documentaire n’empêche pas une stylisation plastique, typique de la Fox de l’époque, qui redouble l’impact spectaculaire des morceaux de bravoure; le clou de ceux-ci étant l’évocation du naufrage du Titanic, riche de détails terrifiants.

Les parias de la vie (The good bad man, Allan Dwan, 1916)

Dans le Wyoming, un bandit qui donne ses butins aux orphelins retrouve l’assassin de son père.

La mise en scène enlevée et parfois grandiose (des plans très larges pleins de cavaliers) ainsi que l’interprétation bondissante de Douglas Fairbanks transfigurent une dramaturgie des plus conventionnelles.