Enchanted island (Allan Dwan, 1959)

Deux marins s’étant battus avec leur capitaine se réfugient dans la jungle d’une île qui serait peuplée de cannibales.

Un très beau film d’aventures lointainement adapté du Typee de Herman Melville. Outre les qualités plastiques liées au décor (la photo est toutefois moins flamboyante que celle des précédents Dwan/Bogeaus), l’itinéraire du héros qui voit ses illusions édéniques lézardées par l’irrémédiable fossé culturel ne manque pas d’ampleur dramatique. Il y a des réminiscences du Tabou de Murnau et Flaherty dans cette série B troussée avec le mélange de candeur primitive (abondance des cadrages frontaux) et d’intelligence dialectique caractéristique d’Allan Dwan.

The inside story (Allan Dwan, 1948)

Pour dissuader un homme d’entasser ses sous à la banque, un vieux monsieur lui raconte comment 1000 dollars providentiels sauvèrent sa petite ville au moment de la Grande Dépression.

En plus de présenter une communauté pittoresque et variée avec sa bonhomie coutumière, Allan Dwan montre les ravages de l’inflation, la mécanique dévastatrice actionnée par le défaut de paiement d’un créancier ou encore le caractère mortifère de l’épargne avec l’évidente simplicité qui fait défaut aux monuments plus théoriques du type L’argent de L’Herbier. Pour ce moraliste grand et humble, la circulation de l’argent est nécessaire en tant que virtualité qui engendre l’activité humaine, bien réelle celle-ci. The inside story est une charmante petite fable qui n’est malheureusement pas près de vieillir.

La femme qui faillit être lynchée (Allan Dwan, 1953)

Pendant la guerre de Sécession, une jeune femme prend en charge la gestion d’un tripot, suite au meurtre de son frère…

C’est l’arc narratif principal d’un western qui met aussi en scène une mairesse impitoyable chargée de gouverner une ville sur la ligne de démarcation, les bandes de Quantrill, un espion sudiste ou encore une femme qui a quitté son fiancé pour un bandit. Ce foisonnement assure une belle vitalité à la narration et camoufle ses quelques raccourcis.

Contrairement à ce que Bogdanovitch a pu faire dire à Dwan au cours de leurs entretiens, La femme qui faillit être lynchée n’est pas une parodie. Si le traitement ne manque ni d’humour ni de légèreté, les instants dramatiques sont pris au sérieux et, à l’exemple de la bagarre entre les deux femmes, les scènes de violence peuvent être d’une brutalité que n’aurait pas reniée Samuel Fuller. La maîtrise classique et souveraine d’un cinéaste apte à intégrer tous ces éléments disparates dans un ensemble fluide fait que jamais le spectateur n’est heurté par une quelconque hétérogénéité. Une jeune femme réfugiée dans un bordel peut entonner une chanson de Peggy Lee au moment où les soldats viennent l’arrêter, cela apparaît comme un moment de grâce naturellement arraché à la réalité et pas du tout comme la fantaisie d’un auteur volontariste.

Cette impression de naturel vient aussi du fait que les oppositions dramatiques sont composées, décomposées et recomposées au cours du récit. Les personnages ne semblent pas soumis à des rôles de conventions fixés une fois pour toutes mais plutôt suivis dans leur évolution psychologique par un cinéaste détaché et bienveillant. Entre autre qualités, c’est parce qu’Allan Dwan a filmé mieux que personne -à l’exception d’Anthony Mann- les mille répercussions de l’action et de l’environnement sur l’itinéraire moral d’un héros (ou d’une héroïne) que ses westerns sont parmi les plus beaux qui soient. La femme qui faillit être lynchée est en cela typique de la manière de son auteur et annonce un de ses chefs d’oeuvre absolus: Le mariage est pour demain.

While Paris sleeps (Allan Dwan, 1932)

Un forçat s’évade pour s’occuper de sa fille qu’il n’a pas connue.

Récit superficiel et conventionnel mais varié et dense. L’étonnante souplesse de la caméra apporte une belle fluidité à la mise en scène et la douceur du ton rend While Paris sleeps assez attachant alors qu’avec son canevas hugolien, il aurait pu verser dans l’emphase mélodramatique.

 

I Dream of Jeanie (Allan Dwan, 1952)

Au milieu du XIXème siècle, l’histoire du compositeur américain Stephen Foster, génie de la chanson populaire qui, amoureux d’une fille de la haute-société, ne rêvait que de musique classique.

Un film musical de série B (en Trucolor) idéalement consacré à un musicien de série B. Stephen Foster est pour moi un « musicien de série B » non quant à son talent -incommensurable- mais quant à sa vie, une vie misérable qui pour être racontée n’avait certes guère besoin d’un gros budget tel celui alloué à la biographie de Sigmund Romberg. Le fébrile Bill Shirley incarne parfaitement un compositeur qui doute de lui pendant toute la durée du film, aux antipodes des stéréotypes en vogue dans le genre.

Au sein de ce qui demeure cependant une conventionnelle bluette qui édulcore considérablement la vie du malheureux Stephen, le contexte historique qui voit le droit d’auteur naître et un certain renversement des valeurs esthétiques s’opérer est judicieusement exploité.  Il y a plusieurs belles scènes typiques d’Allan Dwan en ce sens qu’elles rayonnent de la gentillesse de leur auteur. Ainsi le début où Stephen Foster donne l’argent qu’il avait économisé pour acheter une bague de fiançailles à la mère d’un enfant noir blessé par une carriole: « ne me remerciez pas, c’est votre peuple qui m’a tout appris en musique ».

Un article intéressant sur I dream of Jeanie