La revanche du Bouif (Henri Pouctal, 1922)

Un noceur endetté essaye de tuer le père alcoolique de sa maîtresse en lui offrant tout l’alcool qu’il veut de façon à toucher une assurance-vie.

Suite du Crime du Bouif. Les personnages connus, les acteurs revenus, la connivence s’est intallée. Le ton est moins dramatisé et moins réaliste que dans le film précédent. Cela capitalise encore plus sur le cabotinage de la vedette -le sympathique Félicien Tramel- et sur les cartons de dialogue vachards de La Fouchardière. C’est amusant mais moins intéressant que l’original d’autant qu’une fois la situation de base présentée, le rythme patine faute de rebondissements narratifs.

Le crime du Bouif (Henri Pouctal, 1922)

Un cadavre horriblement dépecé étant retrouvé sur un champ de course, un paresseux est arrêté.

Adaptation d’une pièce de Georges de la Fouchardière et André Mouezy-Eon, Le crime du Bouif bénéficie, en mineur, des qualités constatées dans le chef d’oeuvre de Henri Pouctal: Travail. Le spectateur y est baladé entre différentes strates sociales au gré d’un récit varié dans ses tons comme dans ses atmosphères. Grâce à un sens du décor réaliste hérité de Antoine, Pouctal insuffle vie et véridicité à une intrigue policière pas toujours claire dans ses tenants et aboutissants. Par exemple, j’avais rarement vu autant de publicités dans un film des années 20. Peut-être sont-ce des placements produits mais cela insuffle un fascinant parfum documentaire aux séquences de poursuites parisiennes, séquences par ailleurs habilement troussées. Le jeu des comédiens est parfois exagéré mais cela participe d’un comique qui enrichit le polar; voir les savoureuses scènes avec l’épouse consternée par son mari fainéant. A l’intérieur des séquences, des détails saillants intensifient la satire sous-jacente à l’intrigue (le juge d’instruction qui lit Comoedia au bureau). Bref, après le formidable Travail, Le crime du Bouif pourrait bien être le meilleur film de Pouctal et tend à vérifier l’hypothèse d’une « transfiguration antoinenne » du vétéran à la fin des années 10.

La nuit de la Saint Sylvestre (Lupu Pick, 1924)

La nuit de la Saint Sylvestre, un homme voit sa femme et sa mère se déchirer.

Comme d’autres films contemporains écrits par Carl Mayer -tels Le rail de Lupu Pick ou Le dernier des hommes de F.W Murnau-, La nuit de la Saint Sylvestre ne comporte aucun carton (en dehors de celui qui introduit le film). L’ambition est de raconter le drame uniquement à travers l’image. Malheureusement, l’absence de mots ne fait qu’exacerber l’arbitraire schématisme de ce drame. Il n’y aucun sens de la nuance. Le jeu des trois acteurs, extraordinairement outré, ramène l’oeuvre, qui se déroule en grande partie entre les quatre murs d’une cuisine, du côté du théâtre le plus fabriqué. L’ambition cinématographique des auteurs se manifeste à travers la mise en parallèle du drame avec les festivités du nouvel an, filmés avec une caméra aussi mobile que dans Le dernier des hommes. Toutefois, faute d’être dialectisée, cette mise en parallèle paraît artificielle. Bref, ce classique du Kammerspiel apparaît aujourd’hui bien poussiéreux.

Le secret du cargo/L’énigme du poignard (Maurice Mariaud, 1929)

En Algérie, un détective enquête sur l’enlèvement d’une artiste de music-hall…

Entre Tintin (le héros pur et dégingandé en pantalon de golf) et Rintintin (son fidèle acolyte n’est pas un fox-terrier mais un berger allemand), ce film policier qui se transforme en film d’aventures coloniales ne manque pas d’originalité dans le contexte du cinéma français de la fin des années 20. Le rythme de la narration aurait gagné à être plus rapide mais l’oeuvre n’est pas avare en extérieurs algériens qui donnent une touche documentaire légère et bienvenue au divertissement. Dynamique et désertique, la dernière partie culmine dans un duel sur les rochers parfaitement découpé où Maurice Mariaud s’avère plus proche de Anthony Mann qu’aucun des auteurs français contemporains régulièrement distingués comme tel par la critique parisienne. Sympathique.

Mon oncle de Passy (Maurice Mariaud, 1925)

Un clochard ayant, par chance, récupéré la situation d’un milliardaire suicidaire se voit soumis chantage par son ancien compagnon de refuge.

L’interprétation sobre mais expressive de René Navarre dans le rôle principal et le soin apporté à la mise en scène (notamment dans les éclairages) réhaussent l’intérêt de cette fable démagogique vaguement influencée par Chaplin (Une vie de chien est cité).

O Fado (Maurice Mariaud, 1923)

Un forgeron délaisse son foyer pour une fille de bar sous la coupe d’un chanteur de fado.

Inspiré par un célèbre tableau naturaliste portugais, ce court-métrage s’articule autour d’une intrigue moralisatrice et prévisible mais déroulée de façon concise et avec un sens de l’atmosphère crapoteuse qui rappelle la meilleure séquence du Fièvre de Delluc.