Le chat botté (John W.Brunius, 1918)

Un héritier désargenté utilise les services de son meilleur ami pour contracter un riche mariage.

Nullement drôle, cette pseudo-comédie légère, dénuée de la beauté naturelle emblématique de l’école suédoise, ne peut être regardé aujourd’hui sans un grand effort de concentration tant sa mise en scène est « plan-plan ». Aucun intérêt.

Le mariage de Joujou (Ivan Hedqvist, 1919)

Pour ne pas être déshérité, un jeune homme de bonne famille qui s’est fiancé à une boulangère charge sa dulcinée d’amadouer son oncle pendant un séjour dans sa famille.

Un marivaudage d’une belle finesse, tant au niveau de la lumière que du scénario et de la direction d’acteurs. Les jeux de séduction s’incarnent dans une splendeur solaire qui tranche d’avec la gravité puritaine propre à d’autres cinéastes suédois. Une plaisante réussite qui donne envie de creuser la filmographie de Ivan Hedqvist.

Le vaisseau tragique (Victor Sjöström, 1923)

L’ancien amoureux de l’épouse d’un capitaine embarque à bord du navire de ce dernier en tant que second.

Dernier film de Victor Sjöström tourné en Suède, Le vaisseau tragique porte bien son nom: la dignité du ton et les changements de point de vue insufflent une hauteur de vue qui empêche le manichéisme de s’installer. La dramatisation résulte d’un inéluctable enchaînement de faits (généralement) circonstanciés, comme dans les bons films américains. La mise en scène de Sjöström est toujours un sommmet de plénitude: dramatiquement subtile, émotionnellement touchante, visuellement spectaculaire et discrètement poétique. En tant qu’acteur, il est encore une fois remarquable, rendant sensible toutes les nuances d’un personnage ambivalent. Matheson Lang, vedette canadienne embauchée pour faciliter l’export, est moins expressif. La résolution heureuse pourrait paraître artificielle mais se trouve suffisamment étayée et affinée pour être acceptée par le spectateur sourcilleux.

L’épreuve du feu (Victor Sjöström, 1922)

A Florence pendant la Renaissance, une épouse adultère dont le mari est mort d’un malaise est accusée d’avoir tué ce dernier.

Un symbolisme un peu laborieux, surtout dans la dernière partie où le montage parallèle entre le supplice et la crise de remords paraît forcé, et des acteurs parfois excessifs n’empêchent pas L’épreuve du feu d’être une nouvelle réussite de Sjöström, riche d’images admirablement composées et où la lumière fait ressentir le poids de la matière. L’utilisation des flambeaux amplifie l’intensité dramatique des scènes de foule même si celles-ci ne sont pas hyper-riches en figurants. Sans tricher, la mise en scène restitue toute l’ambiguïté des faits, ce qui nuance le manichéisme moral.

Maître Samuel (Victor Sjöström, 1920)

Un prêteur sur gages acariâtre et méprisé par sa communauté s’entiche d’une jeune fille fiancée à un marin joueur…

Ce n’est pas sur le ton de la comédie que Victor Sjöström a traité ce sujet cher à Molière et Dino Risi mais avec un mélange de tendresse retenue et de discrète cruauté. Sa mise en scène sophistiquée – avec notamment une belle utilisation de la profondeur de champ et des surcadrages- restitue les nuances psychologiques aussi bien qu’elle brosse le tableau de moeurs de la ville portuaire où se déroule l’action. Avec Maître Samuel, l’auteur des Proscrits et de Terje Vigen réalise encore une fois un très bon film, admirable de justesse et de maîtrise.

Le testament de Sa Grâce (Victor Sjöström, 1919)

Un vieux seigneur conditionne l’héritage de sa descendante à son mariage…

Comédie sans intérêt, prétexte au numéro d’une vedette du théâtre royal du Danemark: Karl Mantzius qui n’a pas fait carrière au cinéma et ça se comprend. Sjöström est moins doué que Stiller pour les comédies: il n’a pas sa légèreté versatile.

Les vautours de la mer (Victor Sjöström, 1915)

Une famille de contrebandiers a affaire au fils d’un douanier qu’ils ont dû tuer quinze auparavant et dont leur fille est amoureuse.

De belles images maritimes et une séquence d’action impeccable (le sabordage) surnagent au sein d’un film au découpage encore primitif tandis que le tragique de l’intrigue est gauchi par les coïncidences rocambolesques.

Le repentir (Back pay, Frank Borzage, 1922)

Par vénalité, une jeune campagnarde abandonne son fiancé et part à New-York où elle devient une cocotte. Son fiancé gravement mutilé à la guerre, elle veut revenir vers lui…

Les ellipses du montage, la convention moralisatrice du récit et l’abondance de cartons dénotent le caractère littéraire de ce film adapté de Fannie Hurst. De plus, la grave uniformité du ton est un peu pesante. Frank Borzage transfigure ça de plusieurs façons. D’abord avec de magnifiques images de campagne (arbres reflétés dans les étangs…) qui préfigurent la beauté plastique de ses derniers films muets tel La femme au corbeau et Lucky star. Cette qualité visuelle semble ici moins « intégrante » de l’action dramatique et plus décorative. Ensuite, il y a une certaine finesse de trait dans la peinture de personnages secondaires tel le vieil amant, qui a des gestes d’une belle noblesse. Enfin et surtout, le personnage féminin acquiert une réelle profondeur dans les longues scènes où elle est au chevet de son amoureux. Certes, Seena Owen n’est pas sublime comme Janet Gaynor le sera une demi-douzaine d’année plus tard mais ces scènes, mêlant amour transfigurant et résonnance cosmique par la grâce notamment d’une lumière superbement ouatée, sont d’une poésie typiquement borzagienne. Bref, avec Back Pay, Frank Borzage s’acheminait tranquillement vers les sommets de L’heure suprême, L’ange de la rue et autres Lucky star.

En rade (Alberto Cavalcanti, 1926)

Dans un port, le fils d’une blanchisseuse rêve de partir au loin avec une serveuse.

« Fleuron » à juste titre oublié de l’avant-garde française, En rade, s’il contient moins de rhétorique esthétisante que d’autres films de ce courant, échoue totalement à insuffler de la consistance à ses personnages à cause d’une narration obscure, d’un drame schématique et d’une direction d’acteurs uniformément pesante. Les historiens qui en font un « précurseur du réalisme poétique » ont raison mais, en la matière, En rade vient cinq ans après Fièvres qui réussissait mieux sa retranscription de l’atmosphère des bouges.

La divine croisière (Julien Duvivier, 1929)

L’équipage d’un armateur véreux disparaît dans une tempête. La fille de l’armateur, amoureuse du capitaine, monte une expédition pour partir à leur recherche.

Le sens visuel de Julien Duvivier, alors à son sommet, poétise une histoire tarabiscotée et teintée de mysticisme chrétien.

Une femme a passé (René Jayet, 1928)

Un marinier enlève une chanteuse de cabaret mais son fils adoptif est à son tour séduit elle…

Canevas schématique transfiguré par une virtuosité représentative des cimes atteintes par le cinéma à la fin de sa période muette. Si, à force de montage rapide, le passage censé être le plus dramatique vire à la rhétorique, l’ensemble est remarquablement tenu et fluide; dans ce premier film, René Jayet, 22 ans, restitue la beauté des fleuves et le grouillement des bouges aussi bien que la brutalité sensuelle qui meut ses personnages de primitifs. Brillant.

La nuit mystérieuse (One exciting night, D.W Griffith, 1922)

Des meurtres mystérieux ont lieu dans une grande maison une nuit où sont réunies diverses personnes…

L’exposition est un peu longue mais la double invention cinématographique whodunit/film de maison hantée par Griffith fut brillamment troussée. Un bémol: le cabotinage du black-face est excessivement caricatural.

La sultane de l’amour (René Le Somptier et Charles Burguet, 1919)

La fille d’un sultan est enlevée par un prétendant.

Fondant les studios de la Victorine, Louis Nalpas entreprit cette superproduction de prestige qui a fort mal vieilli. Malgré de jolies images éclairées en lumière naturelle et coloriées au pochoir, l’infirmité par rapport au cinéma hollywoodien est éclatante niveau clarté de la narration, intensité de l’action et beauté des actrices.

La danseuse idole (D.W Griffith, 1920)

Sur une île du Sud, une métisse païenne est aimée par le neveu du révérend et par un aventurier athée.

Un des moins bons films de Griffith: la lourdeur embarrassante du message évangéliste, la fausseté condescendante de la représentation où les indigènes sont joués par des blancs barbouillés de noir et la mièvrerie décousue du scénario ne sont nullement transfigurées par une mise en scène statique et convenue.

Le calvaire d’une mère (Scarlet days, D.W Griffith, 1919)

Pendant la ruée vers l’or, une entraîneuse de saloon faussement accusée de meurtre est autorisée à revoir sa fille qui ne sait rien de sa profession pendant trois jours…

Le mépris dont souffre ce film de Griffith est bien révélateur de la stupidité des critiques américains. Après Intolérance, ils perçoivent le retour du maître au western (comme son titre ne l’annonce pas, Le calvaire d’une mère est un western) comme une régression. Ce faisant, ils jugent l’oeuvre par rapport à son sujet et passent à côté des qualités de mise en scène, qui demeurent formidables. Même si la situation des filles réfugiées dans la cabane attaquée a déjà été exploitée par l’auteur de Naissance d’une nation, l’intégration de l’action aux décors, l’appréhension du paysage, la variété des angles de caméra, la vitalité des comédiens et le montage des différents points de vue sont maniés avec une virtuosité sans commune mesure à l’époque, une virtuosité qui dramatise prodigieusement le matériau et fait de toute la seconde partie un grand moment de cinéma, d’un dynamisme continu. Ce qui pèche en fait dans Le calvaire d’une mère, c’est, comme souvent chez Griffith, l’intrigue-prétexte, stupidement mélodramatique et méchamment alambiquée.

Dans la tourmente (The girl who stayed at home, D.W Griffith, 1919)

Deux frères américains, l’un amoureux d’une entraîneuse, l’autre de la fille d’un confédéré émigré dans la Marne, partent faire la guerre en France.

A l’image de héros simplement transfigurés par l’amour, la mise en scène de Griffith transfigure -ponctuellement- le hic et nunc d’une action vivement menée (Carol Dempster et Frances Parks sont des actrices exhubérantes et attachantes) en y insufflant un parfum d’éternité purement cinématographique.

Du vieux châtelain sudiste saluant la bannière étoilée lorsque les soldats yankee chassent les Allemands de son domaine au soldat descendant de Emmanuel Kant (!) qui défend l’héroïne contre ses compatriotes abusifs en passant par la jeune fille qui même lorsqu’elle se morfond parce que son amoureux est parti ne peut s’empêcher de danser sur son disque favori de ragtime, les personnages sont riches d’une humanité vraie qui évacue toute propagande.

Sans figurer parmi les chefs d’oeuvre du maître, The girl who stayed at home est donc un beau film.

Le roman de la vallée heureuse (D.W Griffith, 1919)

Un jeune homme du Kentucky part à la ville faire fortune, au grand dam de sa fiancée et de ses parents…

Les minauderies de Lilian Gish sont toujours adorables et il y a des images pastorales superbes mais la sauce ne prend pas à cause d’un récit qui devient beaucoup trop stupide dans sa deuxième partie. L’innovation principale de ce film de Griffith, à savoir un flashback qui contredit le point de vue sur une scène précédemment présentée comme le fera plus tard Eric Rohmer, ne convainc guère tant son intégration semble confuse.