The testing block (Lambert Hillyer, 1920)

Un chef de bande tente de se ranger en fondant une famille…

Les quelques défauts de scénario -tel la faiblesse des motivations du méchant- ne pèsent pas lourd face aux accents de vérité élémentaire dégagés par ce western de William S.Hart. Une maison de rondins dans la clairière, une troupe de théâtre itinérante jouant sous la menace des bandits, le remords d’un caïd face au visage lumineux d’une jeune artiste, une pionnière qui joue du violon pour endormir son bébé, la violence d’une bagarre près du feu, l’ingénieuse évasion d’un héros à travers le toit…La beauté naturelle des images de Joe August, la simplicité directe du ton, le sens de l’ellipse, la sobriété de l’interprétation ou encore un montage parfaitement accordé à l’action (voir le rythme brutal de la poursuite finale) font partie des qualités formelles conférant à toutes ces séquences, qui entre d’autres mains pourraient sembler de pure convention, la fraîcheur des récits fondateurs. On note de surcroît que le puritanisme de Hart s’avère ici moins rigide qu’il ne l’a été (dans The redemption of Draw Egan par exemple). Merveilleux.

Seven keys to Baldpate (Reginald Barker, 1929)

Un écrivain relève le défi d’un ami en passant la nuit dans une maison isolée mais des événements inquiétants s’enchaînent…

Théâtre filmé typique des débuts du parlant et en cela très vieillot. Le récit est complètement artificiel mais le découpage et l’éclairage sont certes plus dynamiques et variés que dans d’autres films contemporains.

 

Les grands (Henri Fescourt, 1924)

Dans un pensionnat pendant les vacances de Pâques, de l’argent est volé tandis que l’un des élèves fait la cour à la femme du directeur…

L’académisme art-déco de Henri Fescourt (les maquillages outranciers des jeunes acteurs, la prise de vue parfois guindée) nuit à la fraîcheur de ce précurseur du « teen-movie » mais il y a quelques jolis moments de tendresse en périphérie de l’intrigue, comme lorsqu’un môme dit au revoir à un « grand » renvoyé qui le protégeait des brimades. Le film est aussi un peu trop long. Couper une dizaine de minutes, surtout dans la première partie du métrage, n’aurait peut-être pas fait de mal. Bref, c’est pas mauvais mais c’est pas terrible non plus. Fescourt, écrivain majeur et personnalité très attachante tel qu’en témoigne La foi et les montagnes, confirme à mes yeux son statut de cinéaste mineur.

Le meilleur film de Thomas Graals (Mauritz Stiller, 1917)

Un scénariste s’entiche d’une jeune fille mythomane et écrit un film en se basant sur les dires de celle-ci…

Le cinéma dans le cinéma -un motif déjà vu et revu en 1917- est ici source d’inventions formelles au service de la comédie, tel le jeu autour des flash-backs dont les intertitres contredisent l’image, procédé qui exprime drôlement le mensonge du personnage qui raconte. La virtuosité pétulante et mouvementée du style rappelle les comédies d’Allan Dwan à la Triangle. Ainsi, le jeu de Victor Sjöström dans Thomas Graals bästa film est aussi dynamique que celui de Douglas Fairbanks circa 1916. Brillant.

Les gardiens de phare (Maurice Mariaud, 1922)

Au Portugal, un gardien de phare tue une femme qui rejette ses avances…

Il n’y a pas que la coïncidence de titres qui fasse de Maurice Mariaud un digne précurseur de Jean Grémillon: la finesse et la variété du découpage (judicieuse utilisation de la profondeur de champ), la beauté nue des extérieurs maritimes, la dignité avec laquelle sont filmés les personnages, la sobriété implacable de la narration (en dépit d’un dernier acte qui tend vers le grand-guignol) et le lyrisme contrapuntique du montage qui met les sentiments des protagonistes au diapason des forces élémentaires de la Nature sont autant de qualités cinématographiques qui insufflent une belle puissance tragique à ce Os Faroleiros. Que ce soit en Bretagne dans les années 10 ou au Portugal dans les années 20, la constance de l’inspiration de Maurice Mariaud laisse à penser qu’un auteur majeur du cinéma muet est à découvrir.

Têtes de femmes, femmes de tête (Jacques Feyder, 1916)

Une femme du monde soupçonne son mari de la tromper avec une princesse…

Le premier film de Jacques Feyder est une comédie mondaine dont la parfaite exécution, le goût et la retenue suscitent plus d’ennui (poli) que d’estime tant il est vrai que manque le brin de fantaisie qui viendrait épicer ce canevas conventionnel et inintéressant au possible. C’est la différence entre Feyder et Lubitsch.