The martyrs of the Alamo (Christy Cabanne, 1915)

Des Texans épris de liberté se retranchent au fort d’Alamo, contre le dictateur mexicain Santa Anna.

Illustration tout à fait conventionnelle et assez plate (même s’il y a pas mal d’action) de la légende. Christy Cabanne n’était pas Griffith, quoiqu’il en fût l’assistant.

Wild and woolly (John Emerson, 1917)

Le fils d’un magnat du chemin de fer, féru de littérature western, est envoyé par son père dans un patelin de l’Arizona pour y étudier l’opportunité de l’extension de son réseau. Pour séduire le rejeton de l’investisseur, la population va faire croire qu’elle vit encore au temps du Far-West.

Et évidemment, le simulacre rejoindra la réalité lorsque des méchants en profiteront pour braquer le train, ce qui donnera l’opportunité au jeune homme de montrer l’authenticité de sa bravoure. Il s’agit bien sûr d’un film de Douglas Fairbanks -un des premiers qu’il a produits lui-même- où la rêverie, la comédie et l’aventure physique, sont inextricablement mêlées. Il s’avère ici moins irrésistible que dans les films d’Allan Dwan (où Fairbanks personnifiait un véritable dieu de l’enthousiasme), la faute notamment à un script (pourtant toujours signé Anita Loos) qui manque d’action et d’éléments comiques dans sa partie centrale avec une relative mise en retrait de la star au profit de l’avancée du conventionnel récit ainsi qu’à une harmonie moins éclatante entre cette star et les paysages où elle évolue mais la dernière partie, succession effrénée de cavalcades, de fusillades, d’acrobaties et de joyeuses ironies métacinématographiques, conquiert l’adhésion pleine et entière du spectateur.

Rosita (Ernst Lubitsch, 1923)

A Séville, le roi d’Espagne sort du cachot une chansonnière parce qu’elle est jolie.

Premier film de Lubitsch tourné à Hollywood, à la demande de sa vedette Mary Pickford, cette adaptation de Don César de Bazan (l’opéra et non la pièce tragique) est une brillante comédie historique où la somptuosité des décors (signés Mitchell Leisen) n’altère ni la vivacité de l’interprétation ni l’inventivité du découpage. Le rythme reste enlevé et le ton léger sauf le temps d’un virage tragique qui aurait pu paraître déplacé s’il n’était justifié par une ultime pirouette dont le moteur reste le désir amoureux (unique motivation des deux personnages royaux).

P.S: Raoul Walsh est souvent mentionné comme co-réalisateur (non crédité) mais je n’ai trouvé aucune source fiable pour confirmer cette information. Quoiqu’il en soit Rosita est, dans le style et l’esprit, un film tout à fait lubitschien.

Le chat botté (John W.Brunius, 1918)

Un héritier désargenté utilise les services de son meilleur ami pour contracter un riche mariage.

Nullement drôle, cette pseudo-comédie légère, dénuée de la beauté naturelle emblématique de l’école suédoise, ne peut être regardé aujourd’hui sans un grand effort de concentration tant sa mise en scène est « plan-plan ». Aucun intérêt.

Le mariage de Joujou (Ivan Hedqvist, 1919)

Pour ne pas être déshérité, un jeune homme de bonne famille qui s’est fiancé à une boulangère charge sa dulcinée d’amadouer son oncle pendant un séjour dans sa famille.

Un marivaudage d’une belle finesse, tant au niveau de la lumière que du scénario et de la direction d’acteurs. Les jeux de séduction s’incarnent dans une splendeur solaire qui tranche d’avec la gravité puritaine propre à d’autres cinéastes suédois. Une plaisante réussite qui donne envie de creuser la filmographie de Ivan Hedqvist.

Le vaisseau tragique (Victor Sjöström, 1923)

L’ancien amoureux de l’épouse d’un capitaine embarque à bord du navire de ce dernier en tant que second.

Dernier film de Victor Sjöström tourné en Suède, Le vaisseau tragique porte bien son nom: la dignité du ton et les changements de point de vue insufflent une hauteur de vue qui empêche le manichéisme de s’installer. La dramatisation résulte d’un inéluctable enchaînement de faits (généralement) circonstanciés, comme dans les bons films américains. La mise en scène de Sjöström est toujours un sommmet de plénitude: dramatiquement subtile, émotionnellement touchante, visuellement spectaculaire et discrètement poétique. En tant qu’acteur, il est encore une fois remarquable, rendant sensible toutes les nuances d’un personnage ambivalent. Matheson Lang, vedette canadienne embauchée pour faciliter l’export, est moins expressif. La résolution heureuse pourrait paraître artificielle mais se trouve suffisamment étayée et affinée pour être acceptée par le spectateur sourcilleux.

L’épreuve du feu (Victor Sjöström, 1922)

A Florence pendant la Renaissance, une épouse adultère dont le mari est mort d’un malaise est accusée d’avoir tué ce dernier.

Un symbolisme un peu laborieux, surtout dans la dernière partie où le montage parallèle entre le supplice et la crise de remords paraît forcé, et des acteurs parfois excessifs n’empêchent pas L’épreuve du feu d’être une nouvelle réussite de Sjöström, riche d’images admirablement composées et où la lumière fait ressentir le poids de la matière. L’utilisation des flambeaux amplifie l’intensité dramatique des scènes de foule même si celles-ci ne sont pas hyper-riches en figurants. Sans tricher, la mise en scène restitue toute l’ambiguïté des faits, ce qui nuance le manichéisme moral.

Maître Samuel (Victor Sjöström, 1920)

Un prêteur sur gages acariâtre et méprisé par sa communauté s’entiche d’une jeune fille fiancée à un marin joueur…

Ce n’est pas sur le ton de la comédie que Victor Sjöström a traité ce sujet cher à Molière et Dino Risi mais avec un mélange de tendresse retenue et de discrète cruauté. Sa mise en scène sophistiquée – avec notamment une belle utilisation de la profondeur de champ et des surcadrages- restitue les nuances psychologiques aussi bien qu’elle brosse le tableau de moeurs de la ville portuaire où se déroule l’action. Avec Maître Samuel, l’auteur des Proscrits et de Terje Vigen réalise encore une fois un très bon film, admirable de justesse et de maîtrise.

Le testament de Sa Grâce (Victor Sjöström, 1919)

Un vieux seigneur conditionne l’héritage de sa descendante à son mariage…

Comédie sans intérêt, prétexte au numéro d’une vedette du théâtre royal du Danemark: Karl Mantzius qui n’a pas fait carrière au cinéma et ça se comprend. Sjöström est moins doué que Stiller pour les comédies: il n’a pas sa légèreté versatile.

Les vautours de la mer (Victor Sjöström, 1915)

Une famille de contrebandiers a affaire au fils d’un douanier qu’ils ont dû tuer quinze auparavant et dont leur fille est amoureuse.

De belles images maritimes et une séquence d’action impeccable (le sabordage) surnagent au sein d’un film au découpage encore primitif tandis que le tragique de l’intrigue est gauchi par les coïncidences rocambolesques.

Le repentir (Back pay, Frank Borzage, 1922)

Par vénalité, une jeune campagnarde abandonne son fiancé et part à New-York où elle devient une cocotte. Son fiancé gravement mutilé à la guerre, elle veut revenir vers lui…

Les ellipses du montage, la convention moralisatrice du récit et l’abondance de cartons dénotent le caractère littéraire de ce film adapté de Fannie Hurst. De plus, la grave uniformité du ton est un peu pesante. Frank Borzage transfigure ça de plusieurs façons. D’abord avec de magnifiques images de campagne (arbres reflétés dans les étangs…) qui préfigurent la beauté plastique de ses derniers films muets tel La femme au corbeau et Lucky star. Cette qualité visuelle semble ici moins « intégrante » de l’action dramatique et plus décorative. Ensuite, il y a une certaine finesse de trait dans la peinture de personnages secondaires tel le vieil amant, qui a des gestes d’une belle noblesse. Enfin et surtout, le personnage féminin acquiert une réelle profondeur dans les longues scènes où elle est au chevet de son amoureux. Certes, Seena Owen n’est pas sublime comme Janet Gaynor le sera une demi-douzaine d’année plus tard mais ces scènes, mêlant amour transfigurant et résonnance cosmique par la grâce notamment d’une lumière superbement ouatée, sont d’une poésie typiquement borzagienne. Bref, avec Back Pay, Frank Borzage s’acheminait tranquillement vers les sommets de L’heure suprême, L’ange de la rue et autres Lucky star.

En rade (Alberto Cavalcanti, 1926)

Dans un port, le fils d’une blanchisseuse rêve de partir au loin avec une serveuse.

« Fleuron » à juste titre oublié de l’avant-garde française, En rade, s’il contient moins de rhétorique esthétisante que d’autres films de ce courant, échoue totalement à insuffler de la consistance à ses personnages à cause d’une narration obscure, d’un drame schématique et d’une direction d’acteurs uniformément pesante. Les historiens qui en font un « précurseur du réalisme poétique » ont raison mais, en la matière, En rade vient cinq ans après Fièvres qui réussissait mieux sa retranscription de l’atmosphère des bouges.

La divine croisière (Julien Duvivier, 1929)

L’équipage d’un armateur véreux disparaît dans une tempête. La fille de l’armateur, amoureuse du capitaine, monte une expédition pour partir à leur recherche.

Le sens visuel de Julien Duvivier, alors à son sommet, poétise une histoire tarabiscotée et teintée de mysticisme chrétien.

Une femme a passé (René Jayet, 1928)

Un marinier enlève une chanteuse de cabaret mais son fils adoptif est à son tour séduit elle…

Canevas schématique transfiguré par une virtuosité représentative des cimes atteintes par le cinéma à la fin de sa période muette. Si, à force de montage rapide, le passage censé être le plus dramatique vire à la rhétorique, l’ensemble est remarquablement tenu et fluide; dans ce premier film, René Jayet, 22 ans, restitue la beauté des fleuves et le grouillement des bouges aussi bien que la brutalité sensuelle qui meut ses personnages de primitifs. Brillant.

La nuit mystérieuse (One exciting night, D.W Griffith, 1922)

Des meurtres mystérieux ont lieu dans une grande maison une nuit où sont réunies diverses personnes…

L’exposition est un peu longue mais la double invention cinématographique whodunit/film de maison hantée par Griffith fut brillamment troussée. Un bémol: le cabotinage du black-face est excessivement caricatural.

La sultane de l’amour (René Le Somptier et Charles Burguet, 1919)

La fille d’un sultan est enlevée par un prétendant.

Fondant les studios de la Victorine, Louis Nalpas entreprit cette superproduction de prestige qui a fort mal vieilli. Malgré de jolies images éclairées en lumière naturelle et coloriées au pochoir, l’infirmité par rapport au cinéma hollywoodien est éclatante niveau clarté de la narration, intensité de l’action et beauté des actrices.