Granddad (Thomas Ince, 1913)

Parce qu’il a incité sa petite fille à lui planquer une bouteille, un vétéran de la guerre de Sécession est chassé du foyer par sa bru…

L’alcool, les vieux et la guerre de Sécession: on se rend compte que les thèmes chers à John Ford n’étaient pas follement originaux. Même la morale -un triste pessimisme quant au traitement des héros de guerre par une bonne société fondamentalement pharisienne- est typique du futur auteur de La chevauchée fantastique. De ce matériau, Thomas Ince ne tire certes pas un film aussi sublime les chefs d’oeuvre du borgne mais un beau moyen-métrage à cheval entre primitivisme et classicisme. Le grossier scénario abuse des coïncidences pour faire avancer l’histoire, William Desmond Taylor dans le rôle titre surjoue parfois et les angles de prise de vue ne sont pas très variés mais plusieurs séquences témoignent déjà d’un vrai sens du cinéma: l’émouvant enterrement à Arlington, le flashback de la bataille et, d’une façon générale, les extérieurs qui sont joliment photographiés.

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Au pays des lits clos (Maurice Mariaud, 1913)

Hebergeur d'image

Après que son bateau a échoué, un amnésique est recueilli sur une île bretonne…

Une excellente surprise. La Bretagne -sa lande, ses intérieurs, ses rues, ses rochers, sa jetée- est aussi bien filmée qu’elle le sera chez Jean Epstein quinze ans plus tard. Le découpage où abondent les plans larges avec de nombreux figurants insère l’intrigue, digne d’un conte de fées, dans une forme documentaire tandis que la lumière sombre poétise l’action. Maurice Mariaud a un sens aigu du cadre comme en témoignent les belles images où le décor rocailleux et venteux intensifie la mélancolie de l’héroïne.

Balaoo (Victorin Jasset, 1913)

Un gorille transformé en homme par un scientifique échappe à son « créateur »…

Adaptation de Gaston Leroux où Victorin Jasset met bien en valeur les talents d’acrobate et de cascadeur de Lucien Bataille. Le drame « psychologique » de Balaoo est superficiellement traité mais le rythme est enlevé et les extérieurs sont superbement photographiés (aussi bien en terme de cadrage que de lumière). Ce n’est pas aussi abouti que Protéa mais c’est du bon Jasset.

Protéa (Victorin Jasset, 1913)

Un ministre engage une espionne pour dérober le traité d’alliance entre deux pays ennemis…

Non seulement le cinéma de Victorin Jasset préfigure les serials de Louis Feuillade mais il a également atteint un niveau d’achèvement supérieur aux Vampires et ce, dès avant la Première guerre mondiale. Protéa, son dernier film avant son décès prématuré en 1913, frappe en effet par sa netteté dans la conduite de l’action et la perfection de son rythme.

Il n’y a aucune prétention psychologique ou politique dans le récit -quoique l’intrigue, mince comme du papier à cigarette, soit évidemment inspirée du contexte européen de l’époque- mais celui-ci est nourri par un perpétuel jaillissement d’inventions concrètes. Infiltrations, cambriolages et courses-poursuites s’enchaînent avec une vivacité et un sens du mouvement jamais pris en défaut. L’exploitation du décor et des accessoires à des fins narratives dénote une remarquable intelligence de la mise en scène. La deuxième moitié du film (ce qui reste du métrage aujourd’hui dure moins d’une heure) relève de l’action continue, à faire pâlir d’envie les auteurs de Mission: impossible.

De plus, ce premier film d’espionnage de l’histoire du cinéma est mené avec une fantaisie, une légèreté et un soupçon d’ironie -toutes qualités cruellement absentes des très sérieux Vampires– qui en font une sorte de lointain parent du Danger Diabolik! de Bava. Josette Andriot, égérie du cinéaste, et Lucien Bataille forment un couple d’espions aussi sympathiques qu’amoraux.

Avec sa grammaire encore rudimentaire (mouvements de caméra infimes, pas de gros plans), Protéa est, déjà, une sorte de chef d’oeuvre tant est éclatante l’adéquation entre l’ambition de Jasset et les moyens employés pour réaliser cette ambition: un constant divertissement qui puise ses sources dans le roman-feuilleton et où le cinéma se révèle l’art idéal pour retranscrire la jubilation de l’action.

Léonce cinématographiste (Léonce Perret, 1913)

La femme de Léonce est persuadée que son mari le trompe avec une de ses actrices.

Le début de ce court permet de voir un studio de la Gaumont d’avant 14 (un peu comme Sunset Boulevard permettait de voir les studios Paramount de l’âge d’or). Plus que de la galéjade burlesque, la suite tient de la comédie de moeurs. C’est léger, subtil et juste. Léonce Perret était -aussi- un grand acteur.