L’X noir (Léonce Perret, 1916)

Sur la côte d’Azur, un voleur masqué dérobe les bijoux dans les palaces.

Film entrepris pour surfer sur la vague Fantomas, L’X noir intègre des éléments de comédie bourgeoise typiques de Léonce Perret. L’intrication des mensonges du vaudeville et des manipulations du cambrioleur singularise ce film d’action qui pèche par un rythme d’une rebutante mollesse. Lorsque cela commence à susciter l’intérêt, il s’avère que c’est déjà la fin. Dommage.

Le marchand de poisons (Big Jim Garrity, George Fitzmaurice, 1916)

Le gérant d’une mine s’oppose au fils du propriétaire qui vend de la drogue à ses ouvriers.

Le rocambolesque scénario manque d’unité dramatique et l’interprétation n’est pas aussi fine que dans les productions de Thomas Ince mais la qualité documentaire et spectaculaire des séquences à la mine, le mélange de réalisme dru et de précision visuelle et le dynamisme de la mise en scène font de ce Marchand de poison un film typique de cet âge d’or du cinéma américain que furent les années 1915-1917.

Le crépuscule du coeur (Maurice Mariaud, 1916)

Sur la côte d’Azur, une bourgeoise cherche à marier ses filles à un vieux marquis qui lorgne sur leur cousine.

Deux qualités dénotent l’originalité purement cinématographique de Maurice Mariaud:

  • un comique et une émotion qui passent par la mise en scène, c’est à dire l’organisation des personnages dans l’espace et leurs distances par rapport à la caméra. Le long travelling arrière sur les jeunes filles jouant des coudes pour se rapprocher du marquis en est l’expression la plus significative.
  • une fluidité des changements de registre qui éloigne le récit de tout carcan préétabli et le rapproche de la vie: la légèreté n’altère pas la matière dramatique; bien aidé par de bonnes actrices et aussi maître de la lumière qu’un Léonce Perret, Mariaud sait enchaîner des séquences amusantes avec des évocations mélancoliques (un vieil homme rêve à une jeune fille, mais sans que le rêve ne soit figuré) ou accablantes (une jeune fille est enlevée à la compagnie de ses cousines pour aller faire la conversation à un beau parti).

Tom Sawyer (William Desmond Taylor, 1916)

Dans un village au bord du Mississipi, un gamin fait les quatre cent coups.

Jack Pickford, 20 ans, est beaucoup trop âgé pour le rôle éponyme mais le décor naturel de la campagne américaine donne une certaine fraîcheur à cette adaptation d’un roman dont les péripéties les plus dramatiques ont été escamotées (elles furent traitées dans une suite sortie l’année suivante). En résulte une chronique sympathique mais dépourvue d’unité forte.

Hoodoo Ann (Lloyd Ingraham, 1916)

Une pensionnaire d’un orphelinat est recueillie par un couple…

Comédie produite par Griffith qui fait mesurer combien sa mise en scène pouvait faire la différence. Rien, ici, n’élève un sujet niais au possible. Mae Marsh est trop vieille pour le rôle, la narration s’attarde trop longuement sur des péripéties sans intérêt, aucun sens du cadre et du décor ne vient enraciner l’action par ailleurs mal conduite. Bref, on n’y croit pas une seule seconde et on s’ennuie grandement malgré que ça ne dure qu’un peu plus d’une heure. De loin, Hoodoo Ann est le moins bon des films de la Triangle que j’ai pus voir.

Dernier Amour (Léonce Perret, 1916)

Une actrice vieillissante s’entiche d’un jeune réalisateur de cinéma venu tourner dans sa villa.

Le récit a beau pécher par schématisme suranné, les relents incestueux d’une telle relation sont retranscrits avec une certaine justesse notamment dans la scène où Valentine Petit, impeccable dans ce rôle, prépare des crêpes pour son jeune amant. Au sein d’une mise en scène dont la facture souvent théâtrale dénote une régression par rapport aux formidables Mystère des roches de KadorEnfant de Paris et autres Roman d’un mousse (sans que ce primitivisme ne porte forcément préjudice à un canevas qui n’appelait pas la plus grande des virtuosités…), quelques idées cinématographiques se distinguent au premier rang desquelles le panoramique à 360° sur les différents plateaux de la Gaumont s’achevant sur la fiancée abandonnée; en revanche, le symbolisme floral est un peu lourdingue.