Le droit d’asile (The silent man, William S.Hart, 1917)

Un chercheur d’or dépossédé par un tenancier de saloon récupère son bien en se faisant bandit.

Malgré certains enchaînements de plans trop rapides à l’intérieur des séquences d’action (impression peut-être dûe à une copie incomplète?), cet énième western de Hart/Ince est une énième réussite. Le début, avec la ville corruptrice, laisse présager un recyclage manichéen de la formule puritaine chère à Hart puis, dès que l’espace s’élargit et intègre des grands chemins, des forêts et des rocailles, c’est comme si le paysage, toujours merveilleusement photographié par Joe August, auréolait d’une vérité mythique les conventions du récit et transformait les stéréotypes en archétypes. A partir du moment où la fiancée du méchant est délivrée, les images sublimes se succèdent, sans jamais entraver le rythme général ni le mouvement, souvent brutal, des scènes. La relation avec le pasteur et sa fille coucourt également à enrichir le film d’une dimension pionnière et fondatrice. La résolution, facile et expéditive, fait un peu retomber la sauce, mais la saveur puissante demeure.

Le justicier (The gunfighter, William S. Hart, 1917)

Un bandit surnommé « The killer » s’entiche d’une jeune fille et est embauché par le shérif pour qu’il élimine son ennemi, un bandit encore plus méchant que lui.

Cette nouvelle variation de Hart sur le bandit gentil au fond est particulièrement sombre et brutale, tel qu’en témoigne la scène du pillage final. Mise en scène toujours aussi mouvementée et précise; bref, impeccable.

Le lourdaud (The clodhopper, Victor Schertzinger, 1917)

Le fils d’un banquier agricole se dispute avec son père trop sévère et s’en va tenter sa chance à Broadway…

Sobriété robuste des acteurs (Charles Ray est lumineux), simplicité directe du découpage, brio des éclairages, présence des décors naturels, bref le merveilleux classicisme de la facture Triangle insuffle une belle fraîcheur à la première partie qui est une tranche d’americana que n’aurait pas reniée Henry King. Quoique le poncif dramatique qui la sous-tende soit assez envahissant, la suite qui met aux prises le fils enrichi avec son père victime de faillite est menée avec habileté: les conventions sont digérées par une mise en scène réaliste et précise qui dédaigne toute sorte d’excès. Bon petit film.

Le chemineau (Henry Krauss, 1917)

Un journalier itinérant met une fille de ferme enceinte avant de repartir…

Eh oui, ce n’est pas la vie d’un employé du rail que Jean Richepin a raconté dans sa pièce de théâtre! Attention à l’orthographe! La transposant au cinéma, le comédien Henry Krauss a suivi les conseils de son ami Antoine et s’est attaché à restituer la campagne française avec un maximum de réalisme. De fait, ses images frappent par leur vérité documentaire. La richesse de détails des décors intérieurs (les plafonds sont filmés 25 ans avant Citizen Kane) n’a d’égale que la présence des places de village, chemins de campagne et autres troupeaux de moutons. Couplé à une sobriété de bon aloi, cet enracinement de l’intrigue lui ôte ses oripeaux mélodramatiques. Je mesure également la qualité de la mise en scène au fait que, en dépit que tous les cartons ont été perdus, j’ai pu suivre le récit sans problème. Seul jure avec le parti-pris général le jeu des acteurs. Le cabotinage de Krauss correspond assez bien à son personnage hâbleur mais les gestes excessifs de Yvonne Sergyl rappellent les pires conventions du théâtre. Le chemineau n’en demeure pas moins un très bon film, emblématique de ce courant « romanesque réaliste » qui, de Germinal à Peau-de-pêche en passant par le formidable Travail, fut l’un des plus féconds du cinéma muet français.

Grand frère (The cold deck, William S.Hart, 1917)

En Californie aux alentours de 1860, un joueur professionnel accueille sa jeune soeur qui vient d’arriver en diligence…

Parmi les quelques westerns de William S.Hart que j’ai pus voir, celui-ci apparaît comme un des meilleurs. D’abord, c’est un des moins rigides. Le canevas n’est pas celui de la rédemption d’un chef de gang mais celui de l’itinéraire d’un joueur qui oscille entre le Bien et le Mal en fonction de ses affects et des soubresauts de l’action. L’ambiguïté morale est donc plus vivante et moins schématique que dans Blue blazes rawden ou La rédemption de Rio Jim. 

A l’exemple du plan où le contour d’une diligence lointaine se marie avec une branche feuillue devant la caméra, les images de Joe August frappent à la fois par leur fraîcheur réaliste et leur précision sophistiquée. Plusieurs fois, le spectateur est saisi par la vérité de l’instant qui vient transfigurer un récit rondement mené mais conventionnel. Je pense à ce moment où, après une longue cavale dans les bois, la vamp éconduite trouve la maison du héros et regarde son linge étendu et séché par le vent. Ce sublime champ-contrechamp cristallise une charge de mélancolie inversement proportionnelle à sa durée.