Le chemineau (Henry Krauss, 1917)

Un journalier itinérant met une fille de ferme enceinte avant de repartir…

Eh oui, ce n’est pas la vie d’un employé du rail que Jean Richepin a raconté dans sa pièce de théâtre! Attention à l’orthographe! La transposant au cinéma, le comédien Henry Krauss a suivi les conseils de son ami Antoine et s’est attaché à restituer la campagne française avec un maximum de réalisme. De fait, ses images frappent par leur vérité documentaire. La richesse de détails des décors intérieurs (les plafonds sont filmés 25 ans avant Citizen Kane) n’a d’égale que la présence des places de village, chemins de campagne et autres troupeaux de moutons. Couplé à une sobriété de bon aloi, cet enracinement de l’intrigue lui ôte ses oripeaux mélodramatiques. Je mesure également la qualité de la mise en scène au fait que, en dépit que tous les cartons ont été perdus, j’ai pu suivre le récit sans problème. Seul jure avec le parti-pris général le jeu des acteurs. Le cabotinage de Krauss correspond assez bien à son personnage hâbleur mais les gestes excessifs de Yvonne Sergyl rappellent les pires conventions du théâtre. Le chemineau n’en demeure pas moins un très bon film, emblématique de ce courant « romanesque réaliste » qui, de Germinal à Peau-de-pêche en passant par le formidable Travail, fut l’un des plus féconds du cinéma muet français.

Grand frère (The cold deck, William S.Hart, 1917)

En Californie aux alentours de 1860, un joueur professionnel accueille sa jeune soeur qui vient d’arriver en diligence…

Parmi les quelques westerns de William S.Hart que j’ai pus voir, celui-ci apparaît comme un des meilleurs. D’abord, c’est un des moins rigides. Le canevas n’est pas celui de la rédemption d’un chef de gang mais celui de l’itinéraire d’un joueur qui oscille entre le Bien et le Mal en fonction de ses affects et des soubresauts de l’action. L’ambiguïté morale est donc plus vivante et moins schématique que dans Blue blazes rawden ou La rédemption de Rio Jim. 

A l’exemple du plan où le contour d’une diligence lointaine se marie avec une branche feuillue devant la caméra, les images de Joe August frappent à la fois par leur fraîcheur réaliste et leur précision sophistiquée. Plusieurs fois, le spectateur est saisi par la vérité de l’instant qui vient transfigurer un récit rondement mené mais conventionnel. Je pense à ce moment où, après une longue cavale dans les bois, la vamp éconduite trouve la maison du héros et regarde son linge étendu et séché par le vent. Ce sublime champ-contrechamp cristallise une charge de mélancolie inversement proportionnelle à sa durée.

Le meilleur film de Thomas Graals (Mauritz Stiller, 1917)

Un scénariste s’entiche d’une jeune fille mythomane et écrit un film en se basant sur les dires de celle-ci…

Le cinéma dans le cinéma -un motif déjà vu et revu en 1917- est ici source d’inventions formelles au service de la comédie, tel le jeu autour des flash-backs dont les intertitres contredisent l’image, procédé qui exprime drôlement le mensonge du personnage qui raconte. La virtuosité pétulante et mouvementée du style rappelle les comédies d’Allan Dwan à la Triangle. Ainsi, le jeu de Victor Sjöström dans Thomas Graals bästa film est aussi dynamique que celui de Douglas Fairbanks circa 1916. Brillant.

Pauvre petite fille riche (Maurice Tourneur, 1917)

Une petite fille vit dans un famille riche mais manque d’amour…

Comme si l’histoire racontée n’était pas assez inepte, Mary Pickford, 25 ans à l’époque, joue une fille de 10 ans. Parfaitement inintéressant d’un point de vue esthétique, Pauvre petite fille riche s’avère toutefois intéressant à titre historique car je ne crois pas qu’en 1917, trois ans avant l’expressionnisme allemand, un cinéaste avait déjà établi une dialectique entre le rêve et la réalité telle que Tourneur nous la présente dans la dernière partie de son film.

Fille d’Ecosse (The pride of the clan , Maurice Tourneur, 1917)

En Ecosse, deux amoureux sont troublés lorsqu’une riche femme vient chercher le jeune homme, son fils naturel…

La large place accordée au folklore, la mise en valeur des éléments naturels que sont le vent et la mer, la qualité de l’interprétation et, d’une façon générale, la splendeur burinée des images éclairées par John van den Broek donnent beaucoup de relief à un récit qui, sur le papier, devait paraître étriqué. Fille d’Ecosse est un nouvel exemple de la maîtrise très avancée de Maurice Tourneur en matière de cinéma.

Le comte de Monte Cristo (Henri Pouctal, 1917-1923)

La vengeance d’Edmond Dantès, trahi, emprisonné, évadé et devenu comte de Monte Cristo.

Feuilleton en huit épisodes ressorti en 1923 dans une version raccourcie à 3h. C’est cette version que j’ai vue. Ceci explique peut-être le rythme haché et soûlant qui empêche toute implication du spectateur dans le récit, toujours aussi rocambolesque. Le jeu des acteurs est globalement conventionnel et exagéré. Du point de vue du découpage, c’est nettement plus primitif que Travail même s’il y a des images assez fortes, telles celles au château d’If, et une utilisation audacieuse du clair-obscur (plus obscur que clair) par Léonce-Henri Burel. Tout ça pour dire que Le comte de Monte Cristo version Pouctal a plutôt mal vieilli.