Les trois mousquetaires (Fred Niblo, 1921)

D’Artagnan et ses trois amis contrecarrent un complot de Richelieu contre la Reine.

L’exposition est trop longue, l’actrice qui joue Anne d’Autriche (Mary MacLaren) est incroyablement moche, le scénario a évacué toute la deuxième partie du roman, celle qui, axée sur Milady, lui insufflait certaine profondeur dramatique et, en dehors des -trop rares- séquences d’action mettant en valeur Douglas Fairbanks, la mise en scène est sans éclat. Bref, une adaptation hollywoodienne du classique de Dumas très en deça de la splendide version de George Sidney.

Mathias Sandorf (Henri Fescourt, 1921)

Un conspirateur hongrois trahi par ses amis s’évade de prison et revient, vingt ans après, pour se faire justice.

Jules Verne s’est inspiré du Comte de Monte-Cristo. Henri Fescourt a tiré de cet hommage un des rares fleurons du film d’aventures à la Française. Sa volonté de tourner en décors naturels (mers, montagnes, gorges, grottes et villages méditerranéens se succèdent à l’écran), son ingéniosité (il a utilisé les talents d’un graveur pour construire des images impossibles à enregistrer en maintenant l’illusion réaliste, a gratté la pellicule pour figurer les éclairs…) et sa remarquable utilisation de la plastique au service de la dramaturgie dans une séquence d’anthologie font de Mathias Sandorf un film varié, dynamique et spectaculaire. Initialement, ça durait 6 heures et deux tiers sont perdus donc il y a un peu de confusion dans la narration mais ça reste compréhensible. Peut-être même que ces disparitions ont renforcé la vivacité du rythme.

Le père Goriot (Jacques de Baroncelli, 1921)

Un vieil homme dilapide ses économies pour ses filles coquettes.

Après la découverte de Nène, j’ai encore une fois été frappé par la beauté dépouillée des images de Baroncelli. Le classicisme impeccable de sa facture n’empêche pas la vibration émotionnelle grâce à de bons acteurs et à la vérité des gestes violents (la force brutale de Vautrin est superbement restituée lors de son arrestation). Sans être aussi puissamment lyrique que le chef d’oeuvre de Balzac, Le père Goriot version Baroncelli en est une digne adaptation.

Le moulin en feu (John W.Brunius, 1921)

Après la mort de son épouse, le propriétaire d’un moulin est attiré par sa servante, une gitane arriviste…

Kvarnen montre que le cinéma muet suédois ne saurait être réduit à Victor Sjöström et Mauritz Stiller. C’est un très bon drame paysan où le sens du cadre (beauté dreyerienne des intérieurs et finesse de la lumière), la rayonnante vitalité du jeu de Klara Kjellblad dans le rôle de la tentatrice et la perversité dialectique du récit qui voit le héros tomber amoureux de la « bonne fille » grâce à un crime confèrent la dignité d’une tragédie à un mélo anti-gitans* dont le manichéisme est parfois surappuyé (le meurtre tout à fait gratuit du faon).

*une tendance suédoise de l’époque

La rue des rêves (David W. Griffith, 1921)

A Londres, deux frères -un chanteur et un auteur-compositeur- se déchirent pour une danseuse…

La piètre réputation de cette deuxième adaptation de Thomas Burke par Griffith (après Le lys brisé) est injustifiée. Si le début, avec ses plates allégories, fait craindre que le cinéaste se soit laissé aller à ses pires penchants, le manichéisme initial se trouve pulvérisé au cours d’un récit retors aux accents magnifiquement dostoïevskiens. Si Carol Dempster n’a certes pas la grâce de Lilian Gish, l’exubérance de son jeu est parfaitement adaptée à son rôle de danseuse. Le metteur en scène a enrichi son découpage, toujours hyper-fonctionnel, d’une délicate poésie de studio qui préfigure le Kammerspiel. En somme, la représentation d’une humanité mythifiée selon l’auteur de Intolérance n’a rien perdu de sa force vive. Grand, évidemment grand.