Pêcheur d’Islande (Jacques de Baroncelli, 1924)

A Paimpol, une jeune fille est amoureuse d’un marin qui part tous les ans pêcher en Islande.

Des images soignées, d’un dépouillement typiquement baroncellien, et des stock-shots documentaires sur la pêche retiennent l’oeil mais il est regrettable -quoique compréhensible compte tenu du succès de Pêcheur d’Islande en son temps- que les adaptateurs aient aussi servilement respecté le piètre roman de Loti, avec ses digressions inutiles et son intrigue languissante.

La nuit de la Saint Sylvestre (Lupu Pick, 1924)

La nuit de la Saint Sylvestre, un homme voit sa femme et sa mère se déchirer.

Comme d’autres films contemporains écrits par Carl Mayer -tels Le rail de Lupu Pick ou Le dernier des hommes de F.W Murnau-, La nuit de la Saint Sylvestre ne comporte aucun carton (en dehors de celui qui introduit le film). L’ambition est de raconter le drame uniquement à travers l’image. Malheureusement, l’absence de mots ne fait qu’exacerber l’arbitraire schématisme de ce drame. Il n’y aucun sens de la nuance. Le jeu des trois acteurs, extraordinairement outré, ramène l’oeuvre, qui se déroule en grande partie entre les quatre murs d’une cuisine, du côté du théâtre le plus fabriqué. L’ambition cinématographique des auteurs se manifeste à travers la mise en parallèle du drame avec les festivités du nouvel an, filmés avec une caméra aussi mobile que dans Le dernier des hommes. Toutefois, faute d’être dialectisée, cette mise en parallèle paraît artificielle. Bref, ce classique du Kammerspiel apparaît aujourd’hui bien poussiéreux.

Comédiennes (The marriage circle, Ernst Lubitsch, 1924)

A Vienne, un homme lassé de son épouse profite de l’infidélité de celle-ci pour s’en débarrasser.

A en croire les historiens du cinéma, Comédiennes serait la première comédie sophistiquée de Lubitsch, alors sous le choc de L’opinion publique de Chaplin. De fait, l’immigré berlinois n’a pas été long à assimiler les leçons du maître londonien. Tout le génie du découpage allusif plus tard vendu sous l’étiquette « Lubitsch touch » est déjà présent dans Comédiennes. Le seul problème lorsqu’on découvre ce film fondamental après les chefs d’oeuvre postérieurs, c’est qu’on ne peut se défendre d’une impression de déjà-vu. Le risque de lassitude est d’autant plus élevé que manque ici la pointe d’émotion qui viendrait enrichir la -très brillante- mécanique du vaudeville (contrairement par exemple à L’éventail de Lady Windermare tourné l’année suivante).

Le miracle des loups (Raymond Bernard, 1924)

Louis XI et Charles le Téméraire se disputent la France.

Seuls d’étonnants détails gores viennent épicer cette fresque académique dont le rythme narratif est particulièrement boiteux. A commencer par la scène éponyme, la platitude des morceaux de bravoure fait pâle figure face au lyrisme merveilleux d’un Stiller ou d’un Griffith.

La cité foudroyée (Luitz-Morat, 1924)

Un scientifique amoureux d’une cousine ruinée et boudé par l’Académie menace de détruire Paris grâce à son invention.

Le drame mondain qui entame le récit est sans intérêt et typique du cinéma français de l’époque mais la partie « catastrophe » est suffisamment inventive pour rester impressionnante à l’heure des films de Roland Emmerich. De plus, Luitz-Morat est doué d’une véritable sensibilité plastique. Sa  façon de filmer les arbres, les clairières et la lumière du jour préfigure Mizoguchi. Enfin, la jolie pirouette finale dote le film d’un niveau de lecture supplémentaire. Bref, c’est bien.

Les grands (Henri Fescourt, 1924)

Dans un pensionnat pendant les vacances de Pâques, de l’argent est volé tandis que l’un des élèves fait la cour à la femme du directeur…

L’académisme art-déco de Henri Fescourt (les maquillages outranciers des jeunes acteurs, la prise de vue parfois guindée) nuit à la fraîcheur de ce précurseur du « teen-movie » mais il y a quelques jolis moments de tendresse en périphérie de l’intrigue, comme lorsqu’un môme dit au revoir à un « grand » renvoyé qui le protégeait des brimades. Le film est aussi un peu trop long. Couper une dizaine de minutes, surtout dans la première partie du métrage, n’aurait peut-être pas fait de mal. Bref, c’est pas mauvais mais c’est pas terrible non plus. Fescourt, écrivain majeur et personnalité très attachante tel qu’en témoigne La foi et les montagnes, confirme à mes yeux son statut de cinéaste mineur.