Tumbleweeds (King Baggot, 1925)

Un cow-boy aide des pionniers à s’installer pendant le Oklahoma land run.

Dans son dernier film, William S.Hart a abandonné l’ambiguïté caractéristique de son personnage. Le héros tout blanc s’oppose à des méchants tout noirs. Mais l’ampleur spectaculaire de la mise en scène, avec ses plans très larges remplis de figurants animaliers et la trépidante séquence de course, compense la convention du récit.

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La sorcière (The mystic, Tod Browning, 1925)

Un escroc utilise les talents d’un clan de forains pour duper de riches familles avec des numéros de medium.

Avec son jeu sur l’identification du spectateur lorsqu’il ménage le flou sur les motivations de son personnage principal, Tod Browning fait preuve d’un sens de la narration cinématographique qui préfigure Fritz Lang. Précise et tendue, la seule scène d’action est excellente. Quoique joliment filmée, la dernière séquence est de trop car elle diminue l’intégrité tragique de l’oeuvre. The mystic, à mi-chemin entre le mélo et le polar, n’en reste pas moins une des réussites de son auteur.

Sally, fille de cirque (Sally of the sawdust, David W. Griffith, 1925)

Un bateleur accompagné de sa fille adoptive se rend dans une foire organisée par les grands-parents de cette dernière qui ne la connaissent pas car ils ont renié leur fille lorsqu’elle s’est mariée un artiste de cirque.

Contrairement à ce que ce rocambolesque résumé pourrait laisser croire, Sally, fille de cirque, adaptation muette d’une comédie musicale, n’est pas à proprement parler un mélodrame. En effet, les péripéties liées à la mère reniée puis mourante sont expédiées dans une rapide exposition et l’essentiel du film oscille entre l’action truculente -les bastons du bateleur avec les gens qu’il escroque- et le lyrisme délicat-le recueillement de Sally sur la tombe de sa mère, les retrouvailles musicales avec sa grand-mère. Cette tendresse du ton, discrètement sous-tendue par une vision très caustique de la société américaine, insuffle à cette oeuvre mineure de Griffith une beauté chaplinesque. Je parle d’ « oeuvre mineure » plutôt que de « joyau caché » car même si Sally, fille de cirque demeure un film attachant, je regrette que l’auteur de Naissance d’une nation ait plaqué artificiellement ses sempiternels trucs de montage parallèle pour relancer la dramaturgie lors du dernier acte.

Les misérables (Henri Fescourt, 1925)

Jean Valjean, ancien forçat se repend en recueillant Cosette…

Illustration du roman de Hugo pas franchement nulle mais fort ennuyante de par son académisme. Sur les 6 heures 20 de projection, il y a bien deux ou trois scènes réussies (l’image saisissante de Waterloo, la fuite dans les égouts) mais les adaptateurs n’ont eu aucune intelligence de la narration cinématographique et du rythme qu’elle impose. Les quatre épisodes n’ont guère d’unité dramatique et, très souvent, les images redondent entre elles. Exemple: il se passe cinquante minutes avant que Jean Valjean ne quitte la maison de l’évêque avec les chandeliers. Ce qui, dans les autres adaptations, constitue une exposition traitée en un quart d’heure est ici d’une lourdeur atroce du fait que la situation de Jean Valjean rejeté par les aubergistes est délayée à coups de scènes parfaitement répétitives. Quant à la mise en scène, si elle dispose de moyens importants, elle n’est guère plus imaginative et variée que l’écriture.

La fille de Négofol (Kentucky pride, 1925)

Le destin d’une jument élevée pour la course et de ses différents propriétaires.

John Ford a donc aussi donné dans la fiction animalière. Les cartons poussent l’anthropomorphisme un peu trop loin et le scénario abuse des coïncidences mais les nombreux plans de chevaux sont très beaux. Ford saura se souvenir de l’effet produit par ce type d’images au moment de réaliser le sublime chef d’oeuvre qu’est Le convoi des braves. La fille de Négofol est une curiosité assez sympathique et parfois délicieusement cocasse.

Extra dry (Lightnin’, John Ford, 1925)

Un vieux couple qui tient un hôtel sur la frontière entre la Californie et le Nevada reçoit une offre de financiers véreux…

D’un scénario ficelé à la va-comme-je-te-pousse à partir d’une pièce de théâtre, le jeune Ford a tiré une oeuvre éminemment personnelle qui annonce sa trilogie avec Will Rogers et Le soleil brille pour tout le monde. Il y a de nombreuses intrigues, parfois liées par de gros raccourcis, mais l’accent est mis sur la relation entre les vieux époux. Face à une femme industrieuse et puritaine, l’auteur marque sa sympathie pour le héros indolent et alcoolique ironiquement surnommé « Lightnin' ». Plusieurs gags burlesques tournent autour de la bouteille et la Prohibition, alors en vigueur, est explicitement moquée. Là où Ford est grand, c’est que son regard sur les personnages ne se limite pas à cette complaisance drôlatique mais qu’au fur et à mesure du déroulement du film, la mélancolie (inhérente à l’alcoolisme) affleure, le fossé entre deux amoureux se fait jour. Magnifique scène, si fordienne, où Lightnin’, inapte à convaincre sa femme de la rapacité de leurs interlocuteurs, part se réfugier dans un asile d’anciens combattants.

Il ne s’agit pas uniquement pour le grand cinéaste catholique de brocarder le rigorisme WASP car, dans un mouvement dialectique, l’exaspération de la femme est justifiée. A part peut-être dans la scène du tribunal un peu longuette (mais les scènes de tribunal dans les films muets sont toujours trop longues), la cocasserie équilibre perpétuellement la sentimentalité, signe de l’exquise pudeur du cinéaste. C’est particulièrement sensible dans la scène où, une fois son époux parti, l’épouse contemple le tableau de leur mariage. Avant qu’elle ne se laisse aller à la tristesse, elle s’exclame: « même le jour de notre mariage, il était assis! ». L’excellente interprétation du vétéran Jay Hunt -entre Will Rogers et Charles « Chic » Sale- est à l’avenant de la vision tendre, amusée et compatissante du metteur en scène. Précisons enfin que ce film est magnifiquement éclairé par Joseph August, que certains plans en extérieur ont déjà la beauté des films Fox des années 40 (Qu’elle était verte ma vallée, La route du tabac).

Lightnin’ est ainsi le genre de petite merveille d’humanité chaleureuse qui justifie pleinement l’exploration en profondeur de l’oeuvre immense de John Ford.