Vampyr, ou l’étrange aventure de David Gray (Carl T. Dreyer, 1932)

Après s’être installé dans une mystérieuse auberge, un jeune homme se retrouve aux prises avec des forces maléfiques.

Premier film parlant de Carl Dreyer, Vampyr souffre du manque de maîtrise des nouvelles techniques de la part de son auteur. Certes, le travail sur l’ambiance sonore démontre l’esprit expérimentateur et visionnaire du cinéaste. En revanche, les intertitres sont encore très présents et la narration est alourdie par des procédés archaïques tel que l’exposition plein cadre de pages de manuscrits lus par les personnages. Par ailleurs, certains passages sont parfaitement inutiles au récit, tel la séquence de rêve. L’archaïsme du film se traduit également dans la présentation du vampire, bien moins subtile que dans Nosferatu sorti dix ans auparavant. Dans le chef d’œuvre de Murnau, le monstre fascinait et était le révélateur des pulsions enfouies chez les bourgeoises. Ici, c’est juste le méchant damné qui pompe le sang des victimes.

Malgré son scénario médiocre, Vampyr est un film fascinant. Ce grâce à la mise en scène puissante de Dreyer. Le Danois n’a pas son pareil pour filmer les éléments, pour donner aux choses tout leur poids. L’incidence des rayons du soleil sur le front d’un mort, une meule en action, l’austérité puritaine des chambres de l’auberge…donnent lieu à autant d’images fortes baignées d’une superbe lumière grise à l’opposé des poncifs expressionnistes en vogue à l’époque. Le cinéaste crée une atmosphère unique à partir des éléments les plus banals. Bref, il ne manque pas de style.

Pesant mais impressionnant, Vampyr est un film purement dreyerien.