Les fiancés de Glomdale (Carl Theodor Dreyer, 1926)

Un jeune fermier est amoureux de la fille d’un voisin promise à un riche prétendant.

Hormis un final inspiré d’A travers l’orage dont le spectaculaire se dilue dans une longueur excessive et un découpage qui n’a pas la précision dramatique de celui de Griffith, ce drame rural à la Stiller (j’ai aussi songé à Johan) est une parfaite réussite où le génie de l’épure visuelle qui est celui de Dreyer intensifie la présence de la matière filmée: carrioles, montagnes, champs de blé, maisons isolées, visages jeunes et moins jeunes. La beauté solaire des séquences d’ébats juvéniles est d’autant plus précieuse qu’elle disparaîtra, peu ou prou, de l’oeuvre du maître danois après cet opus. La dialectique entre élans du coeur et traditions est aussi finement observée que dans L’homme tranquille et donne lieu à des scènes surprenantes et pleines de vérité humaine tel celle où le père, confronté au retour de sa fille prodigue, fond en larmes. Les fiancés de Glomdale est donc un beau film, préférable à La passion de Jeanne d’Arc.

Aimez-vous les uns les autres/Les déshérités (Carl Theodor Dreyer, 1922)

En Russie en 1905, une juive de la campagne suit un révolutionnaire à Saint-Pétersbourg…

Le récit, adapté d’un roman-fleuve, est d’une belle richesse sans que les péripéties n’apparaissent hachées. La mise en scène est réaliste et maîtrisée. Il y a de jolis plans d’extérieur bucolique mais ce qui impressionne le plus, ce sont les scènes de pogrom aussi stupéfiantes dans leur violence que dans la précision avec laquelle sont démontés leurs rouages politiques. Bon film, qui tapa justement dans l’oeil de Louis Delluc.

Vampyr, ou l’étrange aventure de David Gray (Carl T. Dreyer, 1932)

Après s’être installé dans une mystérieuse auberge, un jeune homme se retrouve aux prises avec des forces maléfiques.

Premier film parlant de Carl Dreyer, Vampyr souffre du manque de maîtrise des nouvelles techniques de la part de son auteur. Certes, le travail sur l’ambiance sonore démontre l’esprit expérimentateur et visionnaire du cinéaste. En revanche, les intertitres sont encore très présents et la narration est alourdie par des procédés archaïques tel que l’exposition plein cadre de pages de manuscrits lus par les personnages. Par ailleurs, certains passages sont parfaitement inutiles au récit, tel la séquence de rêve. L’archaïsme du film se traduit également dans la présentation du vampire, bien moins subtile que dans Nosferatu sorti dix ans auparavant. Dans le chef d’œuvre de Murnau, le monstre fascinait et était le révélateur des pulsions enfouies chez les bourgeoises. Ici, c’est juste le méchant damné qui pompe le sang des victimes.

Malgré son scénario médiocre, Vampyr est un film fascinant. Ce grâce à la mise en scène puissante de Dreyer. Le Danois n’a pas son pareil pour filmer les éléments, pour donner aux choses tout leur poids. L’incidence des rayons du soleil sur le front d’un mort, une meule en action, l’austérité puritaine des chambres de l’auberge…donnent lieu à autant d’images fortes baignées d’une superbe lumière grise à l’opposé des poncifs expressionnistes en vogue à l’époque. Le cinéaste crée une atmosphère unique à partir des éléments les plus banals. Bref, il ne manque pas de style.

Pesant mais impressionnant, Vampyr est un film purement dreyerien.