Les bateliers de la Volga (Cecil B. DeMille, 1926)

Pendant la révolution de 1917, un meneur du peuple tombe amoureux d’une aristocrate qu’il n’a pu se résoudre à exécuter.

Les bateliers de la Volga est sans doute le film américain le plus juste parmi ceux traitant de la révolution russe. Il a été réalisé par un cinéaste farouchement anticommuniste -futur soutien de McCarthy- mais qui mettait la vérité dramatique au-dessus de son opinion personnelle. Grâce à cette hauteur de vue, c’est une véritable dialectique de l’oppression qui meut le récit. Le dénouement de ce récit est quelque peu artificiel mais il est politiquement très audacieux. Plus que dans le versant « fresque » (le manque d’ampleur de la séquence éponyme m’a étonné) de son film, c’est dans le versant intimiste que Cecil B. DeMille brille ici. Ses acteurs (Elinor Fair, Robert Edeson, William Boyd qui ressemble au jeune John Wayne) sont comme souvent inconnus mais leur jeu est d’une finesse telle que l’évolution psychologique de leurs personnages est retranscrite très fidèlement dans des séquences d’une longueur inusitée qui n’en demeurent pas moins passionnantes grâce à la virtuosité totale du metteur en scène.

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La fille du Far-West (Cecil B. DeMille, 1915)

Dans l’Ouest sauvage, un shérif convoite une jeune fille entichée du bandit qu’il recherche.

Pour un amateur du genre, il est intéressant de constater que ce western vieux de plus d’un siècle -adapté d’une pièce de David Belasco, le mentor de De Mille, popularisée par l’opéra de Puccini- est un des moins manichéens qui existent. C’est comme si l’auteur se bornait à miser sur la fascination du public pour un monde sauvage, un monde d’avant la civilisation. Le récit est parfaitement amoral, caractéristique qui deviendra rarissime dans le western comme dans le cinéma hollywoodien en général. A la peinture de ce monde primitif correspond une technique primitive, encore marquée par le théâtre mais n’empêchant ni de belles prises de vue en extérieur ni quelques idées cinématographiques qui accentuent la dramaturgie (tel le découpage de la scène du poker décisif).

Le roi des rois (Cecil B. DeMille, 1927)

La vie de Jésus lourdement illustrée par Cecil B.DeMille. Toutefois, deux séquences se distinguent:

  • la catastrophe naturelle du mont Golgotha où l’inspiration spectaculaire de l’auteur des Dix commandements se déploie
  • et surtout la stupéfiante ouverture en Technicolor bichrome où l’on voit la grande courtisane Marie-Madeleine s’ébattre entre les fauves et les patriciens décadents

Old wives for new (Cecil B.DeMille, 1918)

Son épouse ne faisant plus aucun effort pour le séduire ni pour tenir la maison, un père de famille va voir ailleurs…

Sagesse du propos, liberté du ton, richesse des détails et inventivité constante de la forme assurent à cette fable à mi-chemin entre le drame et la comédie l’éternité d’un classique.

Jeanne d’Arc (Cecil B. DeMille, 1916)

Jeanne d’Arc apparaît dans les tranchées et raconte sa vie à un soldat anglais envoyé en mission-suicide pour le motiver.

Il est étrange de lire aujourd’hui les déclarations de Cecil B. DeMille dans son autobiographie affirmant que ce qui l’intéressait dans le scénario de Jeanie McPherson était que l’héroïne française y était vu dans toute son humanité (d’où le titre original: Joan the woman) alors que le film apparaît aujourd’hui comme une conventionnelle illustration de la légende. C’est dû à un style de mise en scène encore souvent primitif (caméra souvent frontale, séquences peu découpées…etc) et au fait que la cantatrice Geraldine Farrar n’est pas crédible du tout en pucelle. Les batailles sont assez impressionnantes et d’une façon générale, DeMille, pour son premier film historique, montre son habileté à gérer d’énormes moyens logistiques.

The godless girl (Cecil B. DeMille, 1929)

Dans un lycée américain, la guerre entre écoliers athées et écoliers chrétiens fait rage. Lorsque l’un des jeunes décède, les chefs des deux factions sont envoyés en maison de redressement…

Tourné à l’époque où le lycée (high school) commençait à se démocratiser aux Etats-Unis, The godless girl est pour ainsi dire le premier film à traiter de l’adolescence. Vingt-cinq ans avant La fureur de vivre, Cecil B. DeMille montre une jeunesse confrontée à l’injustice des adultes. L’anecdote dramatique peut aujourd’hui paraître saugrenue, elle n’en est pas moins inspirée d’un authentique fait divers, fait divers représentatif d’une époque où le lycée soulevait une multitude de débats dans la société américaine car, éloignés du cocon familial, les jeunes se retrouvaient exposés à des idées hautement subversives.

Le génie de ce grand cinéaste chrétien est de ne pas profiter de ce sujet (« the godless girl » se traduit littéralement par « la fille sans dieu ») pour faire un bête pamphlet anti-athée. Au service d’un scénario d’une remarquable finesse dialectique, le metteur en scène respecte chacune des parties, il montre la bêtise éventuelle des deux camps et réalise ainsi une oeuvre nuancée et d’une portée universelle de par la justesse de son appréhension du comportement humain. En fait d’idées, seul compte ici le souffle dramatique charrié par un récit exceptionnel.

D’une originalité rare, l’œuvre multiplie les bifurcations narratives. On passe sans heurt de l’ambiance potache des salles de classe au réalisme effroyable des maisons de redressements (ce qui peut paraître exagéré tel que les clôtures électriques ne l’est pas, DeMille s’étant comme toujours sérieusement documenté avant d’entamer son film) en passant par de sublimes tableaux bucoliques qui font penser à du Borzage nipponisé. C’est vous dire la remarquable maîtrise stylistique dont fait preuve le cinéaste pour son dernier film muet. Le seul fil conducteur est la relation faite d’amour et de haine tissée par les deux jeunes protagonistes et The godless girl s’avère, par-delà un final apocalyptique, une magnifique histoire d’amour.

D’une ampleur dramatique qui n’a comme équivalent dans le cinéma américain que certains grands films de Raoul Walsh, The godless girl est un des chefs d’oeuvre les plus ahurissants de l’histoire du septième art.
Adolf Hitler, qui écrivit une lettre d’admiration à Lina Basquette, ne s’y était pas trompé.