La garce (Christine Pascal, 1984)

Un flic rencontre une jeune orpheline de 17 ans, passe six ans en prison pour l’avoir violée puis, devenu détective privé, la retrouve lors d’une enquête dans le Sentier.

La garce est peut-être la plus probante des transpositions françaises du film noir américain. C’est un film fidèle aux canons les plus classiques du genre que son ancrage dans un quartier parisien empêche cependant de verser dans le pur exercice de style. Bizarrement, il y a un archétype fondamental qui n’a jamais intéressé les réalisateurs français les plus doués pour le polar (Becker, Boukhrief, Melville): la femme fatale. La première des réussites de Christine Pascal ici est donc d’avoir inventé, avec l’aide de ses scénaristes et d’Isabelle Huppert, une femme fatale française aussi trouble et troublante que Phyllis Dietrichson ou Kathie Moffett. Autour d’elle, les auteurs ont, avec une habileté nettement supérieure à celle de la moyenne de leurs collègues, tissé une intrigue mystérieuse qui regroupe les ingrédients traditionnels que sont la double identité, le secret, le crime refoulé, la manipulation, l’érotisme violent…Leur génie est d’avoir fait reposer leur efficace construction sur des démons bien français, révélant au travers du film de genre un inconscient social pas joli joli.

Par ailleurs, la conduite des personnages, à commencer par le héros joué par Richard Berry, est tout à fait amorale. Les deux hommes qui s’affrontent sont guidés avant tout par leurs pulsions. C’est ce qui permet de rompre avec le manichéisme et de surprendre le spectateur en montrant par exemple un caïd désabusé laisser la vie sauve à son rival puisque de toute façon, sa dulcinée ne l’aime pas. Comme Assurance sur la mort, La garce est essentiellement un film d’amour.

Avec l’aide d’une musique de Philippe Sarde dans la droite lignée des partitions jazzy de David Raksin, la réalisatrice a su créer un climat d’étrangeté fascinante et désespérée. Voir ainsi le grotesque angoissant de la fête du nouvel an: c’est du David Lynch avant l’heure. Travail sur le son et mouvements de caméra sont magistraux. Cette virtuosité formelle est également éclatante dans les scènes érotiques. De mémoire de spectateur masculin, on a rarement vu plan plus affriolant que celui où Richard Berry découvre le petit sein d’Isabelle Huppert pour le peloter. Oui, vous avez bien lu: « Richard Berry », « Isabelle Huppert » et « affriolant » dans la même phrase. C’est dire le talent de Christine Pascal. C’est dire, aussi, l’irrésistible charme d’Isabelle Huppert dans sa jeunesse. Son jeu réfléchi et distancié sert à merveille un personnage dont l’opacité nourrit l’éclat de cette pépite oubliée du polar français.

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