L’intrus (Clarence Brown, 1949)

Dans une ville du sud des Etats-Unis, un adolescent aide à prouver l’innocence d’un Noir menacé de lynchage.

Bardé de logorrhée historico-psychologico-sociologico-métaphysique, le roman de Faulkner est ici réduit à son intrigue, digne d’une fable; ce n’est pas plus mal. Aussi éloquent que celui d’un bon film muet, le découpage de Clarence Brown brille par son épure quoique certains de ses mouvements de caméra soient aussi amples que ceux de son collègue Vincente Minnelli. Ils ont toujours un sens précis. J’ai cependant regretté que le beau schématisme de l’anecdote ne soit pas plus étoffé. Pusillanimité de la MGM ou primat de la concision, la complexité politique du contexte sudiste est à peine compréhensible tant elle est fugacement évoquée; les bref plans où les Noirs se protègent apparaissent presque incongrus. Même si en l’état, L’intrus s’avère une réussite presque irréprochable (au rayon des reproches, ajoutons qu’un acteur plus convaincant que Claude Jarman Jr aurait peut-être pu être trouvé pour jouer Chick), difficile de ne pas rêver à ce qu’un John Ford y aurait insufflé de vitalité, de chaleur humaine et de lyrisme.

Le grand National (National Velvet, Clarence Brown, 1944)

Une petite fille se met en tête de gagner la course hippique du grand National…

Ce film édifiant et longuet ne raconte finalement pas grand-chose. Il est difficile de comprendre l’amour démesuré de la gamine pour son canasson. Heureusement, il y a la splendeur des images en Technicolor (paysages verdoyants, robe orangée du cheval) et, aussi, une bonne scène de course.

Le dernier des Mohicans (Maurice Tourneur et Clarence Brown, 1920)

Pendant la guerre de sept ans en Amérique du Nord, les filles d’un colonel anglais sont envoyées d’un fort à un autre à travers un territoire hostile…

Clarence Brown, alors assistant à la mise en scène, a repris en main le tournage après que son mentor se soit blessé mais, produit par Maurice Tourneur productions, Le dernier des Mohicans est bien un projet du père de Jacques. On y retrouve son inventivité et son goût quant à la composition des images. La variété des distances et angles de prises de vue accroît la force dramatique de l’action. Voir par exemple le sublime dénouement où les immenses rochers de Yosemite fournissent un parfait écrin à la tragédie. Dans le rôle de Cora Munro, la jeune Barbara Bedford, fine, jolie et expressive, est une révélation de premier ordre. Les auteurs du film n’ont pas transigé avec la dureté de la fin du roman. Tout ce qui a trait à la relation entre Cora et Uncas confère au Dernier des Mohicans selon Tourneur un romantisme sombre et audacieux qui l’élève au-delà de sa condition de film d’aventures habilement troussé (ce qu’il est aussi). La noblesse nue du dernier plan réunissant ces deux personnages est à coup sûr l’oeuvre d’un grand cinéaste. En dépit d’une exposition quelque peu illustrative du fait de l’abondance de cartons, ce petit classique du cinéma muet américain n’a donc rien perdu de sa beauté.