Terre brûlée (No blade of grass, Cornel Wilde, 1970)

Dans un futur proche, une pandémie a provoqué la famine sur Terre et une famille londonienne tente de partir à la campagne, contre les ordres du gouvernement.

L’objectif est de montrer un retour de l’homme au chaos. L’écriture est redondante, qui enquille les « scènes-chocs » où les « héros » se retrouvent à tuer un « opposant », parfois très gratuitement. Le trait est épais mais le rapport entre les personnages et l’espace est bien dramatisé et le style riche d’inventions, guère subtiles: certaines montrent l’ambition de Cornel Wilde en matière de montage et sont destinées à illustrer une idée, d’autre sont gratuitement répugnantes (l’accouchement en gros plan, hallucinant). A la croisée des chemins entre Eisenstein, Peckinpah et le cinéma d’exploitation qui se donne bonne conscience en donnant mauvaise conscience au spectateur (type Mondo Cane), Terre brûlée est un objet pour le moins curieux, comme tous les films de Cornel Wilde que j’ai pu voir.

Le sable était rouge (Beach red, Cornel Wilde, 1967)

Pendant la seconde guerre mondiale, des troupes américaines entreprennent la conquête d’une île du Pacifique…

Ce qui frappe d’abord, ce sont les vingt premières minutes consacrées à la progression des hommes qui débarquent. Quasiment pas de dialogue, aucune caractérisation individuelle des fantassins, uniquement la guerre et ses détails gores. Avant de tourner Il faut sauver le soldat Ryan, Spielberg a probablement vu ce film dont des réminiscences se retrouvent également dans La ligne rouge (la mélancolie détachée, la voix-off très présente, l’importance de la nature) et dans Lettres d’Iwo Jima (le contrechamp japonais).

Cette modernité d’approche se traduit également en termes stylistiques. Les habituels flashbacks qui permettent de présenter les personnages ont ici la forme d’images fixes. Cette originalité formelle donne à Beach red des allures de film de Fuller revu par Alain Resnais. Loin d’être stérile, le parti-pris s’avère payant sur le plan émotionnel, l’immobilité de l’image accentuant l’éloignement du souvenir.

Même s’il ne convainc pas à 100% à cause de quelques coups de mou au niveau du rythme et d’un découpage qui n’a pas la vivacité d’un Fuller ou d’un Walsh, Beach red est un beau film où la conviction pacifiste de l’auteur se traduit par des idées variées et parfois touchantes (la fin, aussi simple que terrible).

La proie nue (Cornel Wilde, 1966)

Au XIXème siècle, un Blanc est utilisé par une tribu africaine comme proie d’une chasse à l’homme.

Un récit de survie assez radical puisque seule l’action compte (les dialogues des indigènes n’étant pas sous-titrés). Il y a de beaux moments de barbarie mais il faut reconnaître qu’à la longue, ce récit aussi primitif que ses personnages est un peu chiant d’autant que la thématique du « retour à la sauvagerie » est appuyée par de -nombreuses- séquences de documentaire animalier. Son pseudo-remake, Apocalypto, est plus abouti et plus intense.