Les grandes espérances (David Lean, 1946)

Un ancien forçat aide un jeune homme élevé par une marâtre à entrer dans la haute société anglaise qui lorsqu’il était enfant l’avait aidé à fuir la police.

L’image (composition des plans, éclairages…) est soignée. La mise en scène est irréprochable mais dénuée d’inspiration, académique. En fait, le problème des deux adaptations de Dickens par Lean, c’est qu’il n’y a justement pas de réflexion sur l’adaptation, c’est à dire le passage d’un medium à un autre. Les aberrations romanesques de Dickens sont difficilement acceptables à l’écran mais visiblement David Lean et les scénaristes s’en fichent. Ils se contentent d’illustrer. Reste un ou deux beaux moments, ceux notamment où apparait la toute  jeune Jean Simmons dont la grâce juvénile tranche avec la technique surranée des théâtreux anglais qui composent le reste de la distribution.

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Ceux qui servent en mer (In Which We Serve, David Lean et Noel Coward, 1942)

Durant la Seconde guerre mondiale, un destroyer anglais est coulé. On revient sur l’engagement de chacun des survivants dans la marine…

Ceux qui servent en mer fut un projet soutenu en plus haut lieu (la famille royale visita le tournage)  et mis en oeuvre par le prestigieux dramaturge Noel Coward, brillamment secondé par David Lean. Ce n’est pas aussi académique que ce à quoi l’on pourrait s’attendre. Même si l’oeuvre n’en dit bien sûr pas aussi long sur la condition de marin en temps de guerre que, disons, The long voyage home, elle a autrement mieux vieilli que notre Bataille du rail, autre fameux film de propagande destiné à célébrer l’effort de guerre d’un peuple. Comme l’indique son sujet, Ceux qui servent en mer est composé de tranches de vie certes convenues mais suffisamment bien interprétées, écrites et mises en scène pour que cela humanise la grosse machine de propagande.

Chaussure à son pied (Hobson’s choice, David Lean, 1954)

« Comédie » anglaise sur la confrontation d’un mauvais père avec ses filles qui veulent se marier. Ce fut en son temps un succès (Ours d’or à Berlin notamment). Aujourd’hui, à regarder ce film dépourvu de la moindre fantaisie, on se demande si ce n’est pas le seul prestige de David Lean et Charles Laughton qui a assuré cette gloire -éphémère. Le film est horriblement statique, les gags absents, Laughton cabotine plus qu’il n’incarne. Peut-être est-ce le fait que le film soit l’adaptation d’une pièce qui anémie le style de Lean qui ne se sert jamais des conventions théâtrales pour dynamiser sa mise en scène (à l’instar d’un Lubitsch ou d’un Guitry) mais reste atrocement sérieux tout au long de son film? Ici, l’artifice du studio, de la dramaturgie, saute aux yeux sans que Lean ne songe une seule seconde à en jouer, à s’en amuser, ce qui serait pourtant pertinent dans une comédie. Il est très difficile de croire que les personnages sont faits de chair et de sang malgré le talent évident des acteurs, tous des cadors du théâtre anglais (John Mills est l’un des rares à s’en sortir). Ils ne semblent exister que par leurs répliques.
Chaussure à son pied ou le faux bon film par excellence, le parangon du pire académisme cinématographique.