Prêtres interdits (Denys de la Patellière, 1973)

Juste avant la deuxième guerre mondiale, un curé de campagne est séduit par une jeune fille…

L’amour interdit est en fait survolé, principalement évoqué qu’il est par des discussion à thèses plan-plan entre Robert Hossein et Claude Piéplu. Heureusement, il passe au deuxième plan du récit après la moitié du film. Le début de l’Occupation est l’occasion d’un ébranlement des certitudes, d’une prise de conscience plus générale quant à la marche du monde. Ainsi, le dialogue entre Piéplu et son évêque est-il particulièrement beau et il est regrettable que la chronologie de la guerre ne soit pas respectée par le montage. Prêtres interdits aurait pu n’être que l’exploitation académique d’un sujet faussement sulfureux, à la façon des films d’Autant-Lara fustigés par Truffaut. La dignité du traitement de Denys de la Patellière permet de présenter des personnages pleins d’humanité évoluant dans une campagne française filmée avec amour. Robert Hossein, Pierre Mondy et Claude Piéplu sont tous excellents, jouant avec sobriété et inspirant l’empathie. Plusieurs fois, le talent du metteur en scène est éclatant. Je pense par exemple au profond lyrisme du plan qui montre le prêtre retournant à son village en tenant son fils par la main. Quoique épais par endroits, Prêtres interdits est donc un assez joli film.

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Un taxi pour Tobrouk (Denys de La Patellière, 1960)

En 1942 dans le Sahara, quatre soldats français essaient de regagner leur base après avoir capturé un capitaine allemand.

Certains dialogues (de Michel Audiard) sont savoureux mais, excessivement littéraires et théoriques, ils ôtent une bonne part de réalisme à cette démonstration de « l’absurdité de la guerre ». Soumis à une telle écriture théâtrale, le déroulement des péripéties dans le désert n’a pas le naturel des grands films de guerre américains et a quelque chose de scolaire, d’appliqué, voire de prévisible. Les acteurs sont sympathiques mais ils campent des stéréotypes plus qu’ils n’incarnent des humains de chair et de sang. Par ailleurs, la musique redonde souvent.

Les ficelles dramatiques ont beau apparaître parfois, Un taxi pour Tobrouk se regarde cependant avec intérêt.  La mise en scène de Denys de La Patellière, précise et pudique, insuffle une certaine dignité aux personnages. Le réalisateur montre sans appuyer, ne s’appesantit pas et sait se passer de son encombrant dialoguiste. Il y a même quelques beaux éclats, tel le travelling qui recadre les croix au moment du départ. La fin doit sa force inaltérée à sa rapidité (je ne parle pas de la dernière séquence, rajoutée suite aux projections-tests, mais de l’avant-dernière). En somme, il s’agit d’un film honnête, dans tous les sens du terme.

Rue des prairies (Denys de La Patellière, 1959)

A Ménilmontant, les déboires d’un ouvrier veuf dont les trois enfants arrivent à l’âge adulte.

Il y a un plan parfaitement symptomatique de l’esthétique générale du film. C’est le plan récurrent sur la Tour Eiffel qui précède systématiquement les scènes à Ménilmontant. Alors que je ne sache pas que le fameux monument parisien soit visible d’aussi bas depuis Ménilmuche, ce plan montre bien tout ce que l’aspiration à la rigueur classique peut avoir de velléitaire chez Denys de La Patellière. Si mesure et application empêchent certes Rue des praires de sombrer dans la caricature et permettent à la description familiale de garder un minimum de justesse, force est de constater que le réalisateur illustre laborieusement des clichés plutôt qu’il ne traite en profondeur son sujet, un sujet tout à fait intéressant en lui-même: la confrontation entre un ouvrier fidèle aux principes de sa classe sociale et ses enfants décidés à jouir rapidement de la société de consommation.

Dans ce véhicule pour Jean Gabin customisé par Michel Audiard (dont les dialogues ôtent pas mal de crédibilité à la peinture sociale), les personnages restent prisonniers de leurs rigides stéréotypes. Cette rigidité peut donner lieu à de jolies scènes lorsqu’elle est en adéquation avec des personnages qui font la démonstration de leur intégrité: ainsi la visite de Gabin chez le riche amant de sa fille.

Mais tout ce qui pourrait venir ébranler ces stéréotypes, tout ce qui pourrait venir contredire le propos populiste du film, tout ce qui pourrait complexifier le récit est soigneusement éludé, au risque de faire paraître le scénario infirme. Ainsi lorsque le financier honni engage une avocate pour tirer le père et son fils de leurs ennuis judiciaires, sa conduite montre que son personnage est peut-être un peu plus qu’un vieux richard se payant une prolo. Peut-être sa relation avec la fille de Gabin n’est-elle pas dénuée de sentiments, peut-être alors l’opinion de Gabin (et donc du film) à son endroit pourrait évoluer…Las! Ce n’était qu’une simple astuce scénaristique et le film s’arrête sur le pseudo happy-end de la réconciliation entre le père et le fils, éludant purement et simplement l’histoire de la fille. Rue des prairies est bien un film velléitaire.