Vita coi figli (Dino Risi, 1990)

Son épouse décédée dans un accident, un riche quinquagénaire se rapproche de ses cinq enfants et tombe amoureux d’une jeune fille.

Une énième variation sur deux thèmes canoniques de la comédie italienne: rapprochement d’un père avec ses enfants après un drame et démon de midi. Cette fois, c’est particulièrement mal écrit et mis en scène avec un je-m’en-foutisme consternant. Malgré le sujet, ce n’est jamais drôle ni touchant. La faute à la télé Berlusconi pour qui « l’oeuvre » a été entreprise? On note bien sûr quelques plans tout à fait gratuits de la jeune Monica Bellucci nue.

Ma saison préférée (André Téchiné, 1993)

Leur mère mourante, la femme d’un notaire retrouve son frère…

L’évocation, toujours diffuse, de l’inceste insuffle une atmosphère vénéneuse mais, faute d’être basé sur quelque chose de substantiel, le drame paraît parfois artificiel (les monologues face caméra de Daniel Auteuil) voire hystérique. Heureusement, Catherine Deneuve, Daniel Auteuil et Marthe Villalonga insufflent une grande justesse.

Le nouveau monde (Alain Corneau, 1995)

En 1959 à Orléans près d’une base américaine, les interactions d’un couple d’adolescents fasciné par la culture américaine avec un soldat et la fille d’un autre soldat.

Qu’il s’agisse des séquences de baston de bar ou de serment enfantin, une grande fausseté émane de la mise en scène. Souvent, l’idée littéraire exsude par tous les pores de la séquence, au détriment de toute vérité de l’instant. Pour compenser ce qu’il a probablement identifié comme des artifices de romancier, Alain Corneau a parsemé son film de détails naturalistes des plus sordides (castration d’un étalon, sciage d’un veau dans le ventre de sa mère, suicide dans le bain…). A mon avis, ce n’est pas une riche idée. Seule la scène avec l’accident de voiture m’a paru forte et sans complaisance.

Finalement, la relation entre le GI joué par James Gandolfini et l’adolescent joué par Nicolas Chatel finit par intéresser, par raconter quelque chose d’un peu singulier, de surprenant et, à partir de la jolie scène du magasin américain, d’émouvant. Dans la dernière séquence, la critique de « l’occupation américaine » (titre du roman originel de Pascal Quignard) fait mouche, passant uniquement par le décalage entre le mouvement des figurants et le décor, bref par la mise en scène, donc gardant sa nécessaire ambiguïté. Bref, Le nouveau monde est un film raté mais pas tout à fait nul. Qu’on y entende deux chansons de Buddy Holly dont  la sublimissime Rave on accroît aussi l’indulgence.

Detective Dee: le mystère de la flamme fantôme (Tsui Hark, 2010)

En 690, l’impératrice douairière de Chine sort un opposant de prison pour qu’il enquête sur une série de combustions spontanées.

Déréalisant l’image, le numérique hégémonique altère l’intérêt malgré un scénario pas idiot et une sympathique profusion de scènes d’action.

18 springs (Ann Hui, 1997)

Dans les années 40 à Hong-Kong, la jeune soeur d’une ancienne danseuse est partagée entre un playboy et son ami, plus introverti.

A l’opposé de la précédente adaptation de Eileen Chang par Ann Hui, 18 springs est un film visuellement somptueux, photographié par le chef opérateur de In the mood for love, mais maniéré. La sophistication expressive de plusieurs plans, qui montre que Ann Hui en a toujours sous le pied en matière de mise en scène, n’empêche pas ce mélodrame d’être froid. Ainsi, cette histoire d’amours contrariées est aussi peu érotique qu’un film français des années 50 avec Jean Gabin. L’esthétisme semble ici un refuge face à l’émotion.

Summer snow (Ann Hui, 1995)

Une famille de classe moyenne fait face à la maladie d’Alzheimer de son vieux.

Son ancrage naturaliste, sa tendresse -non édulcorante- et, même, un soupçon d’humour naissant naturellement du décalage entre un malade d’Alzheimer et son environnement, rendent ce film infiniment plus juste et infiniment moins sinistre que Amour de Haneke. Loin de se contenter de présenter une déchéance programmée, Ann Hui montre les répercussions économiques, conjugales et, finalement, existentielles de la maladie du grand-père sur sa famille et plus particulièrement sur sa bru, magnifiquement interprétée par Joséphine Siao. On pourra regretter que les trouvailles gestuelles, abondantes, ne prennent pas le temps de se déployer dans le temps mais Summer snow s’avère tout de même un beau film.

 

Zodiac killers (Ann Hui, 1991)

Un jeune hong-kongais émigré à Tokyo s’entiche d’une compatriote maîtresse d’un yakuza.

Considéré comme le plus commercial des films de Ann Hui, Zodiac killers n’en demeure pas moins facilement rattachable au reste de son oeuvre. En effet, la réalisatrice y évoque encore une fois le drame de jeunes émigrés. Un discret sens du saugrenu (le décor puéril de la chambre du héros) exprime leur décalage de façon amusante mais c’est avec des pointes naturalistes et mélodramatiques que le tragique de leur déracinement prend des proportions barrèsiennes. Ce mélange des registres typiquement kong-kongais convainc moins lorsqu’il s’agit d’insérer des scènes de baston qui paraissent tout droit sorties des Miséroïdes. Cet aspect composite se retrouve également dans un récit qui ne trouve son unité qu’après la moitié du film.