Les 1001 nuits (Philippe de Broca, 1990)

A Bagdad, une jeune fille condamnée à mort par le sultan invoque un savant qui fut téléporté dans le Londres contemporain pour la sortir des périlleuses situations où elle est entraînée.

Une sympathique fantaisie qui ne se prend pas au sérieux mais dont le rythme et le dynamisme sont, surtout dans la première partie, entraînants. Au bout d’un moment, les péripéties se font répétitives et la ringardise des effets spéciaux lasse…Mais peu importe car, en 1990, Philippe de Broca avait toujours très bon goût en matière de femmes. Catherine Zeta-Jones, 19 ans, est à peu près sublime. Merci à lui de l’avoir lancée au cinéma.

Mercuriales (Virgil Vernier, 2014)

Les destins de deux jeunes filles et d’un jeune homme qui sont agents d’accueil et vigile aux tours Mercuriales, porte de Bagnolet.

L’intention de faire un film sur la survivance des modes de pensée archaïques dans la société contemporaine est évidente mais aucun liant ne vient donner corps à ces notations éparses entrelardées d’images de décors urbains aussi imposantes que vaines. Virgil Vernier a un talent plastique mais globalement, Mercuriales sonne prétentieux et confus.

L’heure d’été (Olivier Assayas, 2007)

Au décès de leur mère, les petits-neveux d’un artiste à succès s’interrogent sur la succession.

L’histoire de cette famille aurait pu m’intéresser si elle avait été traitée sous un angle plus critique quant à la décadence de la France et la nécessité pour les rejetons de ses grandes familles de s’exiler pour continuer à gagner de l’argent mais ce n’est clairement pas ce qui intéresse Olivier Assayas qui se passionne vraiment pour les objets en tant que tel estimant visiblement que la question d’un bourgeois déjà plein de pognon « dois-je garder mes deux Corot ou dois-je en tirer un gros chèque? » est en soi un dilemme dramatique à même de passionner chaque spectateur. A cause du défaut d’unité narrative et de la complaisance molle de l’auteur, les scènes avec la fille dissipée d’un père veule ne convainquent pas plus. La fluidité du filmage, la rapidité du rythme et le métier des acteurs, en tête desquels Edith Scob, rendent l’oeuvre, si ce n’est profondément intéressante, du moins regardable. Il faut reconnaître à Assayas une qualité: il ne s’appesantit pas.

Monsieur N. (Antoine de Caunes, 2003)

En 1840, lors du retour des cendres de l’Empereur à Paris, un Anglais qui fit partie de sa garde se souvient des dernières années de Napoléon à Sainte-Hélène et s’interroge sur sa mort…

C’est avec une belle élégance qu’une hypothèse romanesque est échafaudée à partir des réelles zones d’ombre de l’Histoire. Le décor sud-africain, que l’on imagine ressemblant à Sainte-Hélène, est bien appréhendé par un découpage joliment classique et le récit mélange intelligemment intrigue mystérieuse, romance, affrontement entre le geôlier et son prisonnier, et réflexion sur la grande histoire. Le manque de souffle de la mise en scène et les inégalités de la distribution (les acteurs secondaires sont bons, notamment l’inattendu Roschdy Zem, mais Torreton fait du théâtre et Richard E. Grant est caricatural) empêchent Monsieur N. d’être un film beaucoup plus qu’intéressant mais son échec fut clairement immérité.

Contes de juillet (Guillaume Brac, 2018)

Concaténation de deux courts-métrages où des jeunes gens se draguent.

Dénué de la sophistication littéraire du maître de Tulle, ces succédanés rohmériens confinent à la banalité mais n’y sombrent pas tout à fait grâce, non à la fantaisie volontariste (le pompier syrien qui se prend pour Pina Baush) mais à la rigueur de Guillaume Brac qui fait tendre le quotidien vers l’abstraction. Cette rigueur se manifeste à la fois dans le récit, joliment classique, et dans la mise en scène où pas un plan n’est superflu. Dans la séquence du repas, le découpage qui privilégie les plans individuels va jusqu’à assécher une ambiance qui, avec l’insertion d’un ou deux plans d’ensemble supplémentaires, aurait pu s’avérer naturellement chaleureuse.

Le deuxième segment, où la cité U est le terrain de rudes confrontations entre les différentes mœurs en Europe, est de loin le plus intéressant des deux mais tout ça demeure très « petit ». Il est assez regrettable de voir un des meilleurs metteurs en scène français (peu de ses collègues savent rendre présent un décor comme lui) se cantonner à des travaux aussi étriqués, dans leur budget comme dans leur inspiration. L’humble, le mineur, l’infinitésimal, ça va bien un moment. Son documentaire L’île au trésor sorti le mois dernier -qui fait écho au premier des deux courts-métrages- déployait une richesse humaine et esthétique autrement plus roborative.

La liste de mes envies (Didier Le Pêcheur, 2013)

Dans le Nord, une mercière gagne au loto et a du mal à l’accepter.

Le début, avec la fausseté de sa conception des communautés Internet et son apparente apologie des vertus industrieuses de la classe moyenne, laisse craindre une fable démagogique à la Amélie Poulain mais la suite, plus retorse, insuffle une vraie profondeur au drame de cette chanceuse ménagère, un drame pas si artificiel qu’il n’y paraît. Notamment, le contre-champ apporté par le retour de son mari est salutaire. Dans l’interprétation de ce dernier, Marc Lavoine est trop outrancier et les seconds rôles féminins sont cantonnés à une hystérie caricaturale mais Mathilde Seigner, qui porte le film sur ses épaules, est simplement parfaite. Enfin, les artifices stylistiques (voix-off, décors de studio, flashbacks…), utilisés avec mesure, dynamisent le film plus qu’ils ne l’asphyxient. Bref, La liste de mes envies est une jolie comédie où l’optimisme de façade ne le cède jamais tout à fait à une inexpugnable amertume existentielle.