L’idéaliste (The rainmaker, Francis Ford Coppola, 1997)

Un avocat fraîchement émoulu défend un jeune leucémique contre son assurance-santé.

Élégance cinémascopée du découpage, luxueuse distribution de seconds rôles qui s’étend de Roy Scheider à Teresa Wright, musique somptueuse de Elmer Bernstein (qui par endroits frise le pompiérisme), parfaite adéquation de Matt Damon au rôle-titre, humour bien dosé, montage alterné et voix-off qui dynamisent la narration… Avec toute la maîtrise dont il est capable, Francis Ford Coppola revitalise le genre bien américain du procès de David contre Goliath sans, contrairement au simpliste Tucker, sacrifier la dialectique: pour que la démocratie fonctionne, l’exercice du droit nécessite beaux sentiments mais aussi maîtrise pragmatique. Une réserve: l’arc narratif de la jeune fille battue par son mari est inabouti et conventionnel; le récit aurait gagné en concision s’il avait été escamoté.

Nymphomaniac I & II (Lars Von Trier, 2013)

Une nymphomane raconte sa vie à un vieux professeur.

Le large étalage de références culturelles, les coquetteries formelles d’un goût douteux et les très faciles séquences-chocs témoignent d’une roublardise certaine mais force est de constater que la construction épisodique est assez prenante, d’un romanesque à la Diderot. Certains segments -la visite de la mère trompée, la relation avec la jeune basketteuse, l’interrogatoire de Jean-Marc Barr- sont même brillants et concrétisent l’ambition de leur auteur de « montrer la vérité sans fard », au-delà de ses provocations de petit malin. L’ironie perpétuelle, traduite par des plans grotesques, montre que l’auteur n’est pas dupe de son salmigondis intello-porno mais cette ironie est aussi ce qui empêche l’oeuvre d’acquérir la profondeur à laquelle, traitant de thèmes majuscules pendant plus de cinq heures, elle aurait pu et du prétendre. Tout ça paraît finalement assez vain.

Welcome to New-York (Abel Ferrara, 2014)

Le chef d’une grande institution internationale se fait inculper pour le viol d’une femme de chambre.

Cela commence comme un tableau grotesque des abus engendrés par la toute-puissance et ça se termine comme une réflexion catholique façon Bernanos où le double fictionnel de Strauss-Kahn s’avère la proie de Satan. Ce qui demeure le plus intéressant cinématographiquement parlant, c’est l’utilisation du corps de Depardieu, tantôt dominant (les longues orgies où il est un pur consommateur sexuel), tantôt dominé (les séquences de fouilles, non moins longues). Le sexe est filmé dans un parfait équilibre entre séduction et distance grâce au clair-obscur et aux grognements de Depardieu. Cependant, l’écriture pèche; les dialogues sont pauvres, tout ce qui a trait aux ambitions de la belle-famille n’est pas assez bien développé et les deux heures de projection ne sont finalement pas justifiés tant la matière narrative demeure faible. « DSK+Ferrara+Depardieu », cela demeure un coup plus qu’un film.

 

 

La 25ème heure (Spike Lee, 2002)

Les dernières 24 heures en liberté d’un dealer new-yorkais avant qu’il ne purge sa peine de sept ans de prison.

Les artifices d’écriture (l’unité de temps qui sert à facilement récapituler tous les aspects de la vie du personnage, le sur-signifiant monologue face au miroir) et l’abondance de plans inutiles au début sont des défauts véniels face à l’ampleur cosmique qu’a su insuffler Spike Lee à cette poignante histoire de rédemption.  Le contexte post 11-Septembre est finement évoqué, via notamment un travelling aussi sublime qu’inattendu sur les ruines, et la fin, qui emmène vraiment le film ailleurs, fait de La 25ème heure un grand film américain.

He got game (Spike Lee, 1998)

Un détenu se voit offrir par le gouverneur une possibilité de liberté conditionnelle s’il convainc son fils, meilleur espoir du basket américain, d’entrer à l’université de l’état.

Le lourd secret entre le père et le fils fait de He got game, fondamentalement, un drame familial. Le récit part un peu dans tous les sens, certaines scènes tirent en longueur, le point de vue est plus sentimental que critique (même si les dessous du basket américain sont brocardés), la pompière musique de Aaron Copland hyperbolise les scènes de basket et le dénouement manque de crédibilité. Toutefois, l’élan lyrique de la réalisation transfigure cette dialectique familialo-sportive attendue mais belle.