De sueur et de sang/Wonder boy (Paul Vecchiali, 1994)

Un boxeur d’origine camerounaise poussé par son père à continuer son sport tue le souteneur d’une fille en défendant cette dernière.

Paul Vecchiali trempe l’acier du grand mélodrame qu’il chérit dans un bain de réalité contemporaine à base d’immigrés. C’est hardi mais plutôt réussi. L’artifice patent de certaines intrigues, la fausseté des dialogues accentuée par un doublage étrange et les importantes limites de Sam Djob en tant que comédien n’empêchent pas de suivre avec intérêt une complexe histoire d’amour et de filiation qui est portée par quelques idées visuelles pertinentes, un lyrisme assumé (le match de boxe sur fond du Gloria de Haendel, ça fonctionne!) et une Fabienne Babe qui joue la femme amoureuse avec une rare justesse. Wonder boy est un des derniers films intéressants de son auteur.

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La reine Margot (Patrice Chéreau, 1994)

En 1572, le mariage entre Marguerite de Valois soeur du roi de France et Henri de Navarre, chef protestant, déclenche la Saint-Barthélémy.

La reine Margot est un film écartelé entre la volonté de Patrice Chéreau de faire savoir à son public qu’il est un artiste concerné par les grands maux de la société et son tempérament lyrique qui l’incline à ne s’intéresser qu’à des corps. C’est ainsi que l’oeuvre échoue à nous faire comprendre quoi que ce soit des guerres de religion: accumuler des images sanguinolentes ne saurait suffire à concrétiser un point de vue sur « l’intolérance » ni, à plus forte raison, sur le complexe contexte politique de l’époque. Si cette adaptation de Dumas est assez fidèle à l’Histoire et si les dialogues dispensent toutes les informations nécessaires au déroulement de l’intrigue, pour tout saisir, mieux vaut s’être rafraîchi la mémoire avant la projection avec un bon livre sur le sujet.

En effet, Chéreau ne se soucie guère de rendre intelligibles les tenants et aboutissants de la Saint-Barthélémy. La mise en scène, complètement focalisée sur les corps gesticulant et déclamant, n’inscrit jamais les personnages dans un cadre spatio-temporel. A la rigueur, pourquoi pas. Pourquoi ne pas s’intéresser exclusivement aux grands et à leurs désirs plus ou moins malsains? Le problème est que les longues séquences de massacre vont à l’encontre d’un tel parti-pris et que le tout apparaît comme un brouet hystérique d’où aucune ligne de force (et certainement pas celle annoncée par Chéreau dans ses interviews: la prise de conscience d’une princesse des horreurs qui l’entourent) n’émerge de façon sensible.

Seul l’effet de choc intéresse en fait le réalisateur, un effet de choc dispensé à grand renfort de trucs plus vulgaires les uns que les autres: complaisance doloriste, porno chic, musique dans la droite lignée de Era et interprétation dénuée de toute nuance; le pompon de la caricature revenant à Jean-Hugues Anglade.

Bonheur (Cédric Kahn, 1994)

Trois jeunes filles et cinq garçons s’en vont faire la fête dans la maison désertée d’une des filles.

Plusieurs qualités font de l’opus de Cédric Kahn un des meilleurs téléfilms de la collection Tous les garçons et les filles mon âge, derrière les deux chefs d’oeuvre de Téchiné et Mazuy mais assez loin devant le reste (Akerman, Assayas, Denis…). D’abord, la multiplicité des personnages assure à la narration un séduisant caractère polyphonique que l’auteur orchestre avec une grande subtilité. Ensuite, les kékés du Sud sont plus amusants à suivre sur un écran que les intellos suicidaires. Observés avec une justesse qui ne manque pas de cocasserie, ils vivent et ils agissent plutôt qu’ils ne théorisent, ce qui conduit le metteur en scène à faire preuve d’inventivité et d’imagination et à faire passer sa vision politique (car politique il y a) en filigrane et non via de faciles explicitations verbales. Enfin, les paysages ensoleillés de la Drôme provençale fournissent un magnifique écrin aux premières amours qui sont ici filmées. Le dernier plan pare la chronique adolescente d’un tantinet de poésie cosmique.

Paix et amour (Laurence Ferreira Barbosa, 1994)

A Nice en 1975, un jeune fan de rock embarque un copain dans ses velléités révolutionnaires.

Les années 80 sont fréquemment associées au mauvais goût mais une reconstitution comme Paix et amour permet de se rendre à l’évidence: les années 70 n’étaient pas mieux. Vêtements informes, cheveux démesurés, tentures cumulatrices d’acariens, silhouettes avachies par le shit…la décadence par rapport aux glorieuses 60’s était déjà consommée. Laurence Ferreira Barbosa suit un adolescent assez bête et antipathique dans ses solos de guitare imaginaire et ses dérisoires envies léninistes. Le ton est plutôt comique et certaines répliques sont vraiment drôles. Avec une certaine justesse, le dénouement auréole ce qui n’était qu’une inégale et inconséquente pochade d’un semblant de gravité. Pas mal.

Portrait d’une jeune fille de la fin des années 60 à Bruxelles (Chantal Akerman, 1994)

A la fin des années 60 à Bruxelles, une adolescente rencontre un déserteur…

Il s’avère donc que, comme tous les ensembles de (télé)films, la collection Tous les garçons et les filles de mon âge contient une large majorité de films anecdotiques et que les chefs d’oeuvre y sont l’exception. Certes, deux chefs d’oeuvre (au moins) sur neuf opus, c’est déjà extraordinaire. Mais si Les roseaux sauvages et Travolta et moi se distinguent c’est parce qu’ils ne se bornent pas à suivre des jeunes gens plus ou moins tête-à-claques dans leurs premières coucheries. Chacun d’eux transfigure la banalité de la commande: l’un en confrontant l’adolescence à l’Histoire, l’autre au lyrisme noir de l’auteur la plus mal embouchée du cinéma français.

Le morne film de Chantal Akerman, lui, ne décolle guère de son réalisme ras-les-pâquerettes. C’est principalement -mais pas uniquement tel qu’en témoigne la meilleure scène qui est celle de la danse- par de longs dialogues dans les rues de Bruxelles que l’auteur exprime le désarroi de son héroïne; désarroi face à la société de consommation, désarroi face à la guerre du Viêt-Nâm, désarroi face au sexe. Un découpage alerte basé sur le plan-séquence insuffle toutefois un certain naturel à cette construction paresseuse. Enfin, il faut noter que la fin tragique de Chantal Akerman a aggravé la tonalité des interrogations suicidaires de son personnage -de toute évidence très autobiographique.

U.S Go home (Claire Denis, 1994)

Dans les années 60, dans une ville de province française près d’une base américaine, une adolescente cherche à se faire dépuceler.

La brièveté de ce téléfilm n’empêche pas qu’il paraisse très long au regard du peu qu’il montre et raconte. Claire Denis a réussi l’exploit de faire un film à la fois plat et creux.