Strange days (Kathryn Bigelow, 1995)

A Los Angeles au moment du passage à l’an 2000, un trafiquant de shoots de réalité virtuelle se retrouve embarqué dans une histoire de meurtres.

La résolution de l’intrigue policière est artificielle et l’unité du récit en pâtit mais la séduction punk de la direction artistique, l’inventivité spectaculaire des scènes d’action, le sex-appeal de Juliette Lewis, la fullerienne beauté de l’histoire d’amour et l’ampleur démiurgique de la mise en scène font de Strange days une oeuvre époustouflante.

Même si, évidemment, l’an 2000 ne fut pas identique à celui imaginé par James Cameron et Kathryn Bigelow, force est de constater que ces shoots de réalité virtuelle, et notamment les implications qu’ils entraînent sur la mémoire et le désir, préfigurent avec une étonnante acuité notre monde hyper-connecté.

Kathryn Bigelow était d’autant plus grande qu’elle ne se prenait pas au sérieux. Sa virtuosité, patente aussi bien dans les très complexes plans-séquences en vue subjective que dans celui, hyper-grisant, de la foule réveillonnante vue du ciel, est ici totale.

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Circuit Carole (Emmanuelle Cuau, 1995)

Sortant avec un motard, une jeune femme effraie sa mère.

L’anémie du récit nuit à la crédibilité du climax et fait apparaître ce dernier comme hystérique. Ce n’est pas franchement nul (la banlieue est bien filmée, Bulle Ogier est bien, Laurence Côte est jolie) mais c’est un film tellement étriqué que l’on se demande pourquoi on en a fait un long-métrage. Élément de réponse de la réalisatrice: beaucoup de scènes ont été coupées au montage, ramenant la durée de 2h30 à 1h09, et elle aurait voulu en couper encore plus.

Jusqu’au bout de la nuit (Gérard Blain, 1995)

Un malfrat en rupture avec la société tombe amoureux d’une jeune mère célibataire et l’entraîne dans sa cavale…

Un film raide. La littéralité des dialogues sur la société pourrie, l’abstraction des scènes d’action qui peut aller à l’encontre du réalisme le plus élémentaire (on dirait que la fusillade finale est mise en scène par un enfant qui joue à Scarface) et le schématisme du drame sont autant d’artifices qui dénotent l’arbitraire ayant présidé à la conception de l’oeuvre et qui rendent sensible une volonté de tragique plus que le tragique lui-même. Pourtant, « arbitraire » ne signifie pas ici « absence de sincérité » et Jusqu’au bout de la nuit parvient à émouvoir par la franchise même de son discours désespéré ainsi que par l’expressivité naturelle de Gérard Blain acteur qui, vieillissant, avait quelque chose d’un Clint Eastwood à la Française.

The blade (Tsui Hark, 1995)

Un jeune homme qui travaille dans une usine de sabres cherche à venger le meurtre de son père.

La narration n’est pas claire, les motivations des personnages ne tiennent pas debout, l’intrigue fumeuse n’est que le prétexte à une succession de grosses bastons montées en dépit du bon sens. La restitution de l’espace est chaotique, ce qui ne saurait être considéré comme une qualité au cinéma. L’agrément procuré par l’esbroufe visuelle du réalisateur a vite fait de céder le pas à l’ennui devant la dramatique inconsistance des enjeux dramatiques.