Good morning England (Richard Curtis, 2009)

Dans les années 60, l’histoire d’une radio pirate qui diffuse du rock&roll en Angleterre depuis un bateau…

Caricaturale et démagogique publicité pour « la musique des jeunes » qui serait tout à fait insupportable sans la présence de deux actrices parmi les plus gracieuses de leur génération: Talulah Riley et January Jones. Evidemment, les chansons qui composent la bande-son sont magnifiques mais leur utilisation est d’une désolante platitude. Parmi cette 135 minutes (!) de mise en images illustrative voire pléonastique, une belle idée de cinéma à retenir: le sauvetage du père par le fils avec les disques qui se « noient ».

Des nouilles aux haricots noirs (Lee Hey-jun, 2009)

Après s’être jeté du haut d’un pont, un jeune homme largué par sa copine se retrouve seul sur une île au large de Séoul. Là, une hikikomori l’apercevra avec ses jumelles et nouera une sorte de relation à distance…

N’ayant aucun recul sur ses personnages de demeurés sans intérêt, le réalisateur signe un film sans intérêt. La mise en scène se réduit à une espèce de vernis publicitaire qui rend tout uniformément « cool et sympa », à la façon des pires films branchouilles américains, et aucune dialectique dramatique ne se crée. Seul effet de réel de ce film aussi autiste que ses personnages: une complaisance dans la plus basse des trivialités censée être amusante.

Tetro (Francis Ford Coppola, 2009)

Un jeune marin américain retrouve son grand frère à Buenos Aires et tente de lever le voile sur les secrets de famille.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la texture clinquante de l’image: un noir&blanc numérique ultra-léché et sans âme. La complication de plusieurs plans contenant des reflets ou des rayons lumineux de diverses sortes n’a d’autre fonction que l’étalage de cette complication. C’est aussi joli qu’inexpressif. Cette esthétique publicitaire nuit irrémédiablement à la substance dramatique du film d’autant que la caractérisation des personnages et des situations est trop souvent sacrifiée sur l’autel d’une aura mythologique peu convaincante (Alone et le festival de Patagonie). Même lorsqu’il fait un film en toute liberté à l’écart des studios, Coppola reste un démiurge qui refuse toute intrusion du réel dans ses oeuvres. Par exemple, à part lors d’un gigantesque plan d’ensemble, les rues de Buenos Aires sont toujours vides. Sa mise en scène respire l’artifice en permanence. Bref, comme Rusty James, un autre film sur l’admiration fraternelle, Tetro est d’abord une sinistre imitation de film d’auteur européen.

Pourtant, l’oeuvre parvient à toucher le spectateur via la mise en forme de considérations que l’on imagine éminemment personnelles. Coppola père n’est pas Coppola fils et Tetro n’est pas un pur navet arty comme l’était CQ. Ainsi, des visions baroques hallucinées (et en couleur) matérialisant les fantasmes de Tetro viennent régulièrement rompre la continuité de la narration et insufflent une complexité bienvenue au film. Pour convenu qu’il soit, ce procédé exprimant le lien pervers entre les souvenirs et l’inspiration artistique finit par convaincre grâce à l’inspiration opératique avec laquelle il est utilisé. Ces séquences offrent à l’oeuvre la part de mystère et d’inattendu sans laquelle l’émotion serait impossible. Enfin, un mot sur Vincent Gallo qui, comme Mickey Rourke dans Rusty James, illumine le film de son charisme même s’il est souvent dans la pose.

Bref, en dépit de la lourdeur des intentions arty qui cloisonnent le film dans une esthétique fausse et clinquante, quelque chose du coeur de son auteur s’est immiscé, quelque chose qui fait que Tetro n’est pas complètement inintéressant.