Detective Dee: le mystère de la flamme fantôme (Tsui Hark, 2010)

En 690, l’impératrice douairière de Chine sort un opposant de prison pour qu’il enquête sur une série de combustions spontanées.

Déréalisant l’image, le numérique hégémonique altère l’intérêt malgré un scénario pas idiot et une sympathique profusion de scènes d’action.

Pandore (Virgil Vernier & Ilan Klipper, 2010)

Un videur sélectionne les gens à l’entrée d’une boîte de nuit parisienne.

On ne voit que ça pendant toute la durée du film, à savoir une trentaine de minute. Le montage serré évite de s’ennuyer en renouvelant régulièrement les confrontations à l’écran. C’est parfois amusant et révélateur des petites bassesses humaines, tant du côté des fêtards vaniteux, saouls et probablement menteurs que de celui du videur qui, à sa façon savoureusement décomplexée, vérifie la théorie de Montesquieu: « Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ».

The ghost writer (Roman Polanski, 2010)

Après la mystérieuse noyade du nègre chargé d’écrire les mémoires d’un ancien premier ministre britannique, un jeune écrivain est embauché pour le remplacer.

The ghost writer est un film le cul entre deux chaises. Son héros ouvertement calqué sur Tintin, une course-poursuite rocambolesque, l’humour insidieux et le sens de la pirouette de Polanski le tirent vers le film d’aventures léger mais il manque de péripéties pour pleinement satisfaire sur ce terrain. D’un autre côté, les enjeux politiques et psychologiques de l’intrigue sont désamorcés par la désinvolture du scénario et l’absence d’épaisseur des personnages. La souveraine élégance de la forme et les comédiens, tous parfaits, font quand même de The ghost writer une oeuvre plaisante.

Crime d’amour (Alain Corneau, 2010)

Dans la filiale française d’une multinationale, une jeune cadre consent de moins en moins à ce que les fruits de son travail soient récoltés par sa directrice.

Le dernier film de Alain Corneau est déséquilibré, bancal, inégal, mais intéressant à bien des égards. Son principal problème est d’ordre narratif: le lien entre la première partie, où est finement dramatisée l’ambiguïté des rapports de pouvoir en entreprise, et la deuxième partie, sorte d’Invraisemblable vérité à l’envers prenante et bien fichue, manque de crédibilité. La platitude de la forme (photographie aussi nulle que la musique) et Ludivine Sagnier, que j’ai beaucoup aimée chez Ozon mais dont les limites sont ici flagrantes, n’aident pas à rendre sensible ce basculement entre l’ambition carriériste et la froide folie.

Memory Lane (Mikhaël Hers, 2010)

Une bande d’amis fait le deuil d’un des leurs.

Memory Lane apparaît comme une succession de saynètes triviales pleines d’un minable entre-soi (l’auteur semble ainsi avoir un sinistre rapport à l’altérité musicale) qui ne sont reliées entre elles que par un récit inconsistant mais qui sont enrobées par un filmage pseudo-cosmico-mélancolique quelque peu systématique dans ses effets (jolie lumière automnale, vent dans les arbres, agaçante diction chuchotée, folk-pop insignifiante). Bof.

Une critique magnifiquement enthousiaste ici.

Hitler à Hollywood (Frédéric Sojcher, 2010)

Maria de Medeiros part sur la piste d’un réalisateur oublié d’un film jamais sorti avec Micheline Presle et met à jour un complot d’Hollywood visant à anéantir le cinéma européen.

Pas assez documenté et trop mal argumenté pour avoir une quelconque portée politique, trop sérieux pour amuser une seule seconde, Hitler à Hollywod s’avère une vaine pochade qui, une fois le flou documentaire/fiction dissipé, s’articule principalement autour du cabotinage de Maria de Medeiros et de la désolante jactance de cinéastes européens divers et variés (mais tous installés voire institutionnalisés: Kusturica, Angelopoulos, Edouard Baer…) tellement sûrs de leur supériorité morale et esthétique et de la légitimité de leur combat d’arrière-garde contre l’ « impérialisme hollywoodien » et le « formatage de la télé ». On se croirait revenu au temps de la quâââlité frââânçaise. Sur le sujet, mieux vaut lire Hollywood contre Billancourt de l’excellent Philippe d’Hugues.