Avant l’aube (Raphaël Jacoulot, 2011)

Dans les Pyrénées pendant les fêtes de fin d’année, le directeur d’un hôtel aide son fils à cacher un cadavre mais est surpris à son retour par un de ses employés…

L’absence de logique dans la conduite des personnages nuit grandement à l’efficacité du polar et à la pertinence de la « critique sociale ». De plus, au lieu de se focaliser uniquement sur les rapports entre le directeur (impeccable Bacri qui permet au film d’être regardé sans trop d’ennui) et l’employé (monocorde Vincent Rottiers), la narration ménage faussement des mystères sans intérêt. Bref, c’est pas terrible du tout.

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Sport de filles (Patricia Mazuy, 2011)

Une palefrenière passionnée d’équitation est engagée par une prestigieuse écurie de dressage…

Avec un grand sens de l’à-propos, Patricia Mazuy prend en compte les thèmes ordinairement liés au milieu de l’équitation féminine (en gros: frigidité et lutte des classes) avant de les évacuer pour se focaliser sur le triomphe de la volonté d’une héroïne butée et mal dégrossie. Sport de filles révèle alors sa nature profonde: une profession de foi dans la poursuite des rêves fous qui aident à rester debout face à l’accablante réalité, oscillant entre un naturalisme terrible de justesse (les retrouvailles avec la caissière au supermarché) et un lyrisme absolu. Ainsi, la destinée de cette belle palefrenière vierge aurait pu être chantée par Bruce Springsteen:

For the ones who had a notion, a notion deep inside,
That it ain’t no sin to be glad you’re alive
I wanna find one face that ain’t looking through me
I wanna find one place,
I wanna spit in the face of these Badlands

La naissance houleuse de la symbiose entre la palefrenière obstinée et le vieux champion se décidant à envoyer valdinguer les riches harpies qui ont prostitué son talent est d’une beauté dure et intense.

Seul hic: une musique tellement nulle que je me suis dit que l’auteur de Travolta et moi « voulait du rock mais n’avait pas pu se payer les Rolling stones donc avait fait appel à un guitariste de ses amis ». Ce ne fut qu’une demi-surprise de voir au générique final que le responsable de ce forfait était ce vieil escroc de John Cale!

The bay (Barry Levinson, 2011)

Le jour de la fête nationale, une petite ville de la baie du Maryland est ravagée par une infection bactériologique.

Une excellente surprise qui montre que les vertus traditionnellement attribuées au meilleur de la série B -concision, vivacité, inventivité formelle, franchise de la critique politique- ne sont pas encore mortes! On avait initialement proposé au vétéran Barry Levinson de réaliser un documentaire sur les conséquences néfastes de la pollution dans la Chesapeake Bay. Il a jugé qu’un film d’horreur intégrant un maximum de détails réalistes serait plus à même d’alerter le spectateur. D’où l’idée formelle à la base du projet: faire croire que The bay est un montage créé par l’héroïne du film pour alerter les internautes du scandale étouffé par les autorités. Ce montage aurait été réalisé à partir de sources diverses et variées: reportages, téléphones portables, caméras de surveillance, conversations webcam, images médicales…Techniquement, seule la qualité de la prise de son contrecarre ce postulat du « pris sur le vif » et les situations canoniques du film d’horreur (on pense aux Dents de la mer, à Alien) voient leur crédibilité renouvelée. L’ancrage dans la réalité est ainsi tellement probant qu’on n’a qu’une envie après la projection: taper « isopode » dans Google.

Mais ce n’est pas tout! Si, au-delà de sa fraîcheur formelle, The bay s’avère aussi percutant et aussi effrayant, c’est que Barry Levinson y fait montre de tout son talent de petit maître ayant vite assimilé les secrets du genre. Le récit, avec son unité de lieu, son unité de temps et sa multitudes d’actions est conduit avec une belle rigueur et 80 minutes suffisent à son déroulement. De plus, la mise en scène est particulièrement soignée et intelligente. On sent que, à l’opposé de la tendance contemporaine à la surenchère visuelle et au découpage fait par des robots, notre vieux routier du cinéma s’est, pour chaque séquence, posé les questions de base en vue de produire un maximum d’effets sur son spectateur: qu’est-ce qu’il faut montrer et qu’est-ce qu’il ne faut pas montrer? A quelle distance poser la caméra? Et les résultats sont là: les passages horrifiques surprennent le spectateur blasé et n’ont rien à envier aux clous des films de Jacques Tourneur ou de John Carpenter.

Bref, The bay est un digne descendant de Silver Lode, cette autre série B politique où un vétéran du cinéma américain filmait, en 1954, les festivités du Jour de l’Indépendance tourner au vinaigre.

 

Á annan veg (Hafsteinn Gunnar Sigurðsson, 2011)

En Islande, un homme et son beau-frère installent les marquages d’une route.

Variante neurasthénique et alcoolisée (bref: islandaise) des comédies régressives américaines contemporaines (David Gordon Green en a d’ailleurs réalisé un remake). Il y a des scènes légèrement sympathiques mais le film manque par trop d’ampleur narrative et son intérêt est limité.

Une vie simple (Ann Hui, 2011)

Le jour où celle-ci fait une attaque, un célibataire quadragénaire de Hong-Kong s’occupe de sa servante qui travaillait pour sa famille depuis soixante ans…

Vingt-deux ans après le magnifique Song of the exile, ça fait plaisir de retrouver un film de Ann Hui diffusé en France dans des conditions à peu près décentes. Si, avec sa surabondance d’ellipses et ses dialogues réduits à peau de chagrin, le début laisse présager une oeuvre encombrée de « tics du cinéma d’auteur international », la suite montre heureusement qu’elle n’a rien à voir avec les films en carton de Nuri Bilge Ceylan et consorts. A partir du moment où le héros se rend compte combien sa domestique lui est chère, Une vie simple, dont le récit est inspiré des souvenirs de son producteur et scénariste Roger Lee, se met à vibrer d’une sensibilité rare dans le cinéma contemporain.

Ce basculement s’opère définitivement lorsque les camarades d’enfance du jeune homme appellent l’ancienne servante dans sa maison de retraite. En axant la séquence autour de la bouffe, en utilisant discrètement et judicieusement le gros plan au sein d’un ensemble nimbé de pudeur et en s’appuyant sur de formidables interprètes (Deannie Yip en premier lieu), Ann Hui réussit ici une scène pleine de nostalgie et d’humour et, surtout, parvient à quelque chose de difficile et d’invariablement bouleversant au cinéma: la restitution d’une prise de conscience. Du même coup, elle s’inscrit dans la tradition du grand Leo McCarey plutôt que dans celle du sinistre Haneke lorsqu’elle évoque, avec une profonde justesse, les affres de la vieillesse.

Au premier coup d’oeil, on pourra reprocher à Une vie simple son aspect unanimiste, l’absence de conflit dramatique d’un récit qui décrit une relation basée sur les rapports de classes, la très rapide accommodation de la servante à sa maison de retraite (la scène d’arrivée est pourtant terriblement glauque). Après réflexion, ce serait faire un faux procès au film. D’abord, il est évident que montrer la domestique se révolter ou se plaindre aurait trahi la nature profonde d’un personnage qui, pour des raisons culturelles, sociales ou psychologiques, met un point d’honneur à ne jamais faire de vagues. Ensuite, Ann Hui regarde les choses avec une sorte de doux détachement et c’est son droit le plus strict d’autant que ce détachement va de pair avec une exceptionnelle finesse dans l’appréhension des subtilités du coeur humain (voir ainsi la grandeur inattendue avec laquelle est présentée le vieux queutard). Après tout, reproche t-on sa sérénité à Ozu?

Bref, courrez voir Une vie simple pendant qu’il est encore à l’affiche.