La ville sous le joug (The vanquished/The gallant rebel, Edward Ludwig, 1953)

Après la guerre de Sécession, le fils d’une grande famille sudiste retourne dans sa ville natale, accaparée par un « administrateur » appointé par le gouvernement fédéral.

Plus que l’expression d’un propos politique, ce contexte historique incertain permet à Edward Ludwig d’exploiter sa verve romanesque en se délectant des trahisons, infiltrations et autres retournements de situation. A l’exemple de l’amoureuse pressée d’arriver, les opposants au héros ne sont nullement caricaturés mais présentés avec une certaine justesse. Comme d’habitude, John Payne est excellent. Bref, même s’il contient plus de parlotte que d’action, La ville sous le joug est un bon petit western.

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Le justicier de l’Ouest (The Gun Hawk, Edward Ludwig, 1963)

Un shérif poursuit un pistolero auquel il fut attaché et qui a tué les meurtriers de son père.

Une brinquebalante mais authentique merveille à même de justifier la flatteuse réputation de Edward Ludwig parmi les happy few. D’une part, la modicité des moyens contraint le metteur en scène à faire fi des plans inutiles. D’autre part, il retourne à son avantage l’omniprésence du studio en insufflant une discrète poésie chromatique aux scènes censées se dérouler à l’extérieur. Cet artifice de la forme, auquel participent également la musique lancinante de Jimmy Haskell et des dialogues parmi les plus sublimes du genre, et la bienveillance de l’ensemble des personnages principaux nimbent la tragédie d’une tranquillité irréelle.

L’originalité de l’oeuvre est que cette abstraction stylistique n’empêche pas l’usure physique du héros d’être prégnante et la douleur de se lire dans les yeux fatigués de Rory Calhoun, ici aussi magnifique qu’émouvant. A la fois rectiligne et profondément ambigu, le récit est typique de l’auteur du Réveil de la sorcière rouge. Bref, The Gun Hawk est un des premiers westerns crépusculaires, c’est aussi l’un des plus beaux.

L’appel de l’or (Jivaro, Edward Ludwig, 1954)

Une Américaine débarque en Amazonie pour retrouver son fiancé qui cherche un trésor jivaro…

Un excellent petit film d’aventures qui en dit long sur la supériorité du Hollywood de naguère. En effet, quoique dénué d’action pendant la majeure partie de son déroulement, Jivaro est humainement et dramatiquement plus riche que l’intégralité des trois Indiana Jones. Servi par un couple d’acteurs d’une extraordinaire sensualité -Fernando Lamas et Rhonda Fleming-, Edward Ludwig excelle à faire naître la tension, une tension érotique notamment, à partir de trois fois rien. Un exemple d’idée judicieuse: le fait de différer de quelques heures le cassage de gueule lorsque le héros sauve la jeune femme de son violeur. Cela fait apparaître la bagarre non comme l’effet conventionnel d’une cause factuelle mais comme le pur surgissement d’une pulsion trop longtemps enfouie. A l’exception d’une poignée de stock-shots sur des animaux sauvages et d’une scène d’action ratée car trop vite expédiée (celle du passage de pont suspendu), Jivaro ne semble jamais « toc » grâce en premier lieu au tournage en décors naturels, exceptionnel pour ce genre de production. Les petites communautés d’aventuriers du bord de l’Amazone, leurs transactions douteuses et leurs rêves frelatés sont rendues présents dans une atmosphère moite et fascinante.

The fabulous Texan (Edward Ludwig, 1947)

De retour de la guerre de Sécession, un Texan devient peu à peu hors la loi…

Bon petit western, situé entre la série B et la série A. Wild Bill Elliott fut en son temps une star du genre mais c’est John Carroll, dont le personnage est plus complexe et plus fascinant, qui lui vole la vedette. L’histoire est intéressante et développée avec une certaine sensibilité et une franchise qui évite trop de simplisme dans la dramaturgie. Il y a plusieurs scènes d’action trépidantes et mouvementées. Enfin, la photo a un petit charme vaguement charbonneux.

La Femme du hasard (Flame of the islands, Edward Ludwig, 1956)

Une femme investit dans un bar des Bahamas pour retrouver son premier et richissime amant…

Le scénario, entre mélo et polar, est particulièrement tordu mais la mise en scène est sans éclat. Flame of the islands, film d’aventures de derrière les fagots s’il en est, garde aujourd’hui un zeste d’intérêt grâce à la beauté somptueuse de Yvonne De Carlo.

Big Jim McLain (Edward Ludwig, 1952)

Des agents de la HUAC (commission sur les activités anti-américaines) débusquent des communistes à Hawaï.

Produit par John Wayne en pleine guerre froide, Big Jim McLain est un des films de propagande anticommuniste parmi les plus radicaux jamais tournés. Les ressorts sont très grossiers (les parents qui livrent leur fils présentés comme des héros…) et le film ne loupe pas une occasion de flatter vulgairement la fibre patriotique de l’Américain moyen. Le cadre hawaïen est ainsi l’occasion de faire lourdement référence à Pearl Harbour…Bref Big Jim McLain est une cible idéale pour le bien-pensant moyen, le neuneu sans conscience historique qui oublie qu’en 1952, un parti communiste est d’abord -via le Kominform- un sous-marin de l’URSS et qu’en 1952, l’URSS, c’est Staline.

En revanche, pour le spectateur curieux et attentif, Big Jim McLain ne manque pas d’intérêt car c’est un des rares films à représenter cette chose pas évidente à représenter qu’est une guerre froide. En effet, comment mettre en scène la lutte contre un ennemi invisible? comment montrer un ennemi chargé d’intentions mais qui n’est pas encore passé à l’acte? On n’est pas loin de Minority report…Ces questions de cinéma, résolues grâce à une histoire de complot, font écho au dilemme au coeur du film qui est: comment protéger les démocraties qui en garantissant les libertés des individus sécrètent leur propre poison? Comme le dit le personnage de John Wayne à la fin, son pote est mort pour la constitution américaine et en particulier pour son cinquième amendement qui permet justement aux agents communistes de refuser de témoigner devant la HUAC en tout légalité. A ce dilemme, Big Jim McLain n’apporte aucune réponse toute faite. C’est un film outrancier mais pas si simpliste que ça car la franchise des auteurs leur permet d’exposer le problème soulevé par leur sujet.