La cravate (Mathias Théry et Etienne Chaillou, 2020)

Documentaire qui suit un militant du FN à Amiens pendant la campagne présidentielle de 2017.

Le portrait est juste, fort et à la bonne distance: les réalisateurs font ressortir la singularité du parcours de ce militant, à rebours des stéréotypes sur les gens du FN. L’idée de le faire lire et commenter le texte des auteurs accroît cette impression d’honnêteté intellectuelle. Néanmoins, à la fin, lors de la séquence du meeting de Marine Le Pen, l’oeuvre tente d’aller du particulier au général, du psychologique au politique via des raccourcis fallacieux et ne peut alors s’empêcher de pontifier avec une voix-off joliment écrite mais envahissante et des surimpressions grotesques de la bouche d’un des auteurs récitant cette voix-off. Après avoir pris soin de nous montrer un homme dans toute sa particularité, il est regrettable car hâtif d’en faire un exemplaire « soldat de l’extrême-droite en Europe ». Finalement, la condescendance pointe le bout de son nez d’autant, que des positions politiques du FN, il ne fut nullement question. Ce qui, niveau politique, est le plus intéressant dans le film est la monstration de l’appareil du parti et du subtil mais irrémédiable décalage qui peut exister entre un militant de la base et les cadres. Mais cette vérité n’est pas propre au FN même si elle est plus éclatante chez lui puisque l’antiélitisme est un de ses fonds de commerce.