Le Christ s’est arrêté à Eboli (Francesco Rosi, 1979)

Dans les années 30, un médecin anti-fasciste est envoyé en exil dans un village perdu de Lucanie. Il devra faire face à une épidémie de malaria…

Adapté du récit autobiographique de Carlo Levi, Le Christ s’est arrêté à Eboli souffre d’un excès de solennité. Rosi n’a pas peur de la pompe et son film est particulièrement pesant. Certes il y a de belles images, certes il y a quelques belles séquences mettant en scène les paysans, séquences à la simplicité savamment étudiée (façon Olmi) mais la complaisance dans la lenteur rend le film définitivement insupportable (façon Olmi). Lourd. La vision moyenâgeuse de la province m’a semblé douteuse mais Carlo Levi connaissait mieux l’Italie du Sud des années 30 que moi donc je ne me permettrai pas de trancher quant à la pertinence d’icecelle.

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Salvatore Giuliano (Francesco Rosi, 1961)

Le premier des films-enquêtes de Francesco Rosi. C’est d’abord l’apparition d’une narration novatrice, qui refuse les procédés de la fiction classique (identification…), qui confronte les faits avec une rigueur journalistique via un montage non-chronologique. Un montage théorique et percutant dont le vain mais beau souci d’objectivité est parfois étouffant. Il n’y a aucune fascination de la part de Rosi pour le bandit puisqu’on ne voit pour ainsi dire jamais Giuliano à l’écran. Ce qui intéresse Rosi, ce sont les causes et les conséquences du cas Giuliano dans les différentes strates de la société sicilienne (aussi bien l’armée que les petits paysans). D’où la narration virtuose qui jongle entre les points de vue et les époques, ce qui maintient l’intérêt d’un spectateur qui risque d’être décontenancé par une telle méfiance apparente vis-à-vis de la fiction. Cette volonté de neutralité du montage s’accompagne d’un réel souci d’authenticité dans la mise en scène: le film a été tourné sur les lieux où se sont passés les évènements, les acteurs sont des amateurs du cru.
Salvatore Giuliano est donc un film au dispositif parfois lourd, mais brillant et didactique dans le meilleur sens du terme. Ce n’est pas un film à thèse car il n’y a pas de thèse. Rosi, dans ses films-enquêtes présente les faits, les reconstitue -avec ce que ça suppose de part d’imagination- et surtout les confronte grâce à son art consommé du montage. Il interroge le spectateur sans apporter de réponse toute faite. Il donne notamment à réfléchir sur les curieuses alliances pouvant découler de la complexité des intérêts politiques dans un pays. La principale limite d’une telle oeuvre est sa principale qualité: sa rigueur d’enquêteur qui ne décolle pas une seule seconde de son sujet, ce qui limite la portée du film au contexte historique représenté. A charge au spectateur de faire la transposition vers son époque.