Tucker (Francis Ford Coppola, 1988)

A la fin des années 40, un brillant inventeur essaye de concurrencer les firmes automobiles de Detroit.

Le récit unidirectionnel et sans nuance ne fait qu’asséner la lutte du génie isolé contre les trusts établis. La mise en scène ultra-calculée, ultra-consciente de ses effets, décalque et hypertrophie plusieurs signes apparents du cinéma classique hollywoodien; le directeur de la photographie allant jusqu’à imiter le Technicolor. Le parti-pris est épatant cinq minutes mais phagocyte le sujet et s’avère finalement parfaitement vain. C’est du cinéma Disneyland qui tourbillonne mais qui ne vit pas.

Frank Capra a souvent été cité comme référence de Tucker. C’est oublier qu’avant d’être des tracts pour l’idéal américain, les grands films de Capra relatent des itinéraires moraux et émotionnels. Que l’euphorie y naît non pas de couleurs pétantes et de mouvements de caméra ostentatoires mais de la mise en scène de prises de consciences donc d’un facteur humain. En tant que tels, ils sont autrement plus surprenants, autrement plus intéressants et autrement plus riches de sens que le film de Coppola, succession d’effets de style dénuée de style.

Le grand critique Jean-Claude Biette avait trouvé un terme pour les virtuosités post-modernes préférant singer les films du passé plutôt que regarder le monde: « cinéma filmé ». Tucker, je dirais que c’est du cinéma filmé.

Publicités

Tetro (Francis Ford Coppola, 2009)

Un jeune marin américain retrouve son grand frère à Buenos Aires et tente de lever le voile sur les secrets de famille.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la texture clinquante de l’image: un noir&blanc numérique ultra-léché et sans âme. La complication de plusieurs plans contenant des reflets ou des rayons lumineux de diverses sortes n’a d’autre fonction que l’étalage de cette complication. C’est aussi joli qu’inexpressif. Cette esthétique publicitaire nuit irrémédiablement à la substance dramatique du film d’autant que la caractérisation des personnages et des situations est trop souvent sacrifiée sur l’autel d’une aura mythologique peu convaincante (Alone et le festival de Patagonie). Même lorsqu’il fait un film en toute liberté à l’écart des studios, Coppola reste un démiurge qui refuse toute intrusion du réel dans ses oeuvres. Par exemple, à part lors d’un gigantesque plan d’ensemble, les rues de Buenos Aires sont toujours vides. Sa mise en scène respire l’artifice en permanence. Bref, comme Rusty James, un autre film sur l’admiration fraternelle, Tetro est d’abord une sinistre imitation de film d’auteur européen.

Pourtant, l’oeuvre parvient à toucher le spectateur via la mise en forme de considérations que l’on imagine éminemment personnelles. Coppola père n’est pas Coppola fils et Tetro n’est pas un pur navet arty comme l’était CQ. Ainsi, des visions baroques hallucinées (et en couleur) matérialisant les fantasmes de Tetro viennent régulièrement rompre la continuité de la narration et insufflent une complexité bienvenue au film. Pour convenu qu’il soit, ce procédé exprimant le lien pervers entre les souvenirs et l’inspiration artistique finit par convaincre grâce à l’inspiration opératique avec laquelle il est utilisé. Ces séquences offrent à l’oeuvre la part de mystère et d’inattendu sans laquelle l’émotion serait impossible. Enfin, un mot sur Vincent Gallo qui, comme Mickey Rourke dans Rusty James, illumine le film de son charisme même s’il est souvent dans la pose.

Bref, en dépit de la lourdeur des intentions arty qui cloisonnent le film dans une esthétique fausse et clinquante, quelque chose du coeur de son auteur s’est immiscé, quelque chose qui fait que Tetro n’est pas complètement inintéressant.

Big boy (Francis Ford Coppola, 1966)

Un jeune homme de 18 ans quitte sa province pour New-York. Loin d’une famille étouffante, il va se faire déniaiser. Ou pas.

Comédie avec des personnages et des situations trop caricaturaux pour être intéressante. De plus, la mise en scène est aussi grossière. C’est parfois monté en dépit du bon sens, peut-être à cause de l’influence des nouvelles vagues sur le jeune Coppola. Les amateurs de pop apprécieront les chansons des Loving spoonful qui composent la bande originale. Les autres oublieront très vite cet American pie indé new-yorkais 60’s.