Doctors wives (Frank Borzage, 1931)

Une jeune femme qui a épousé un médecin soupçonne son mari de le tromper lorsqu’il répond à l’appel de patientes.

Une lumière un peu travaillée et le laboratoire du meilleur ami chercheur qui évoque fugacement Mabuse et Fritz Lang, voilà tout ce qui ressort de ce drame conjugal conventionnel, vieillot et très platement mis en scène.

Voyage sans retour/Ce n’est qu’un au revoir (Till we meet again, Frank Borzage, 1944)

En France occupée, une nonne aide un pilote américain tombé dans son couvent à s’échapper…

Il est étonnant de voir combien, même lorsqu’il réalise un film de propagande a priori aussi standardisé que le tout-venant hollywoodien de l’époque, Frank Borzage reste Frank Borzage. Le background du pilote américain est très stéréotypé et quelques passages obligés relatifs aux barrages allemands ou aux maquis de résistants sonnent faux mais l’abstraction poétique de la mise en scène (décors de studio particulièrement bien mis en valeur par le beau clair-obscur de Theodor Sparkuhl) isole les deux personnages de leur environnement et donne à leur fuite un caractère d’absolu qui transcende le temps et l’espace.

De la scène sublime de la mort de la mère supérieure où la transmission du flambeau de la Résistance est rendue évidente, sans être explicitée, par la composition visuelle jusqu’à ce plan de la jeune femme marchant vers ses bourreaux d’un pas décidé -plan préfigurant la fameuse fin de Frontière chinoise-, Till we meet again peut et doit être vu comme un parcours spirituel au terme duquel l’héroïne, interprétée par la jeune et fraîche Barbara Britton, se retrouvera elle-même. Ce n’est pas par des métaphores sulpiciennes éculées que Frank Borzage retranscrit ce parcours, qui n’a rien d’un chemin de croix, qui a sa part de sensualité et qu’on ne peut rattacher à aucune chapelle religieuse, mais par l’immense douceur de son style* et par une vision de l’amour transcendant qui lui est propre. Comme tous ses chefs d’oeuvre, Till we meet again est une histoire d’amour. Et pourtant, l’homme restera fidèle à son épouse; et pourtant, les amants ne « consommeront » pas ni même n’auront l’idée de « consommer »; et pourtant, ce renoncement à la chair ne sera pas un problème. C’est tout le génie poétique de Frank Borzage que de faire accéder l’amour à une réalité supérieure sans jamais paraître niais.

*Frank Borzage s’avère ici un des très rares réalisateurs de film de propagande anti-nazi à avoir évité la caricature jusque dans ses peintures d’officier allemand (voir la réaction du major après la bavure de ses troupes)

L’ensorceleuse (The shining hour, Frank Borzage, 1938)

Une danseuse ayant épousé un riche fermier est diversement accueillie par sa belle-famille.

Cette adaptation d’une pièce de théâtre se déroule principalement dans de luxueux intérieurs autour de cinq personnages. Ces allures de mélodrame mondain et glacé sont heureusement transcendées par une dernière partie, purement borzagienne, qui tend vers le sublime sacrificiel. La grande et rare Margaret Sullavan déploie alors tous ses talents lacrymaux.

Le bébé de mon mari (That’s my man, Frank Borzage, 1947)

Un homme quitte son travail, achète un poulain pour en faire un cheval de course et rencontre une employée de pharmacie.

C’est pratique un cheval car ça permet de faire avancer l’histoire de façon parfaitement arbitraire: le couple devient riche car le cheval gagne une course, le cheval ne gagne plus et le couple se disloque, tout rentre dans l’ordre car le cheval regagne. Dans la mesure où les auteurs ne se focalisent jamais sur l’entraînement ou la santé du cheval, c’est peu dire que le récit paraît reposer sur des bases complètement artificielles. Le cheval (et l’enfant, plus tard) permet également de susciter l’attendrissement à bon compte. Quelques scènes assez jolies et la voix douce de Don Ameche qui atténue la mièvrerie générale sont les qualités les plus saillantes de ce cru pour le moins mineur de Frank Borzage.