Bye bye Birdie (George Sidney, 1963)

Un chanteur pour adolescentes partant pour l’armée, la secrétaire d’un songwriter new-yorkais suggère à Ed Sullivan d’organiser une émission de télévision dans une petite ville de l’Ohio où la star embrasserait une lycéenne choisie au hasard.

Ça satirise tous azimuts: un sujet à la Embrasse moi, idiot, mâtiné d’éléments sur la Guerre froide qui rappellent La brune brûlante; le tout traité sous forme de comédie musicale pour ados. Ce n’est pas aussi brillamment écrit que le chef d’oeuvre de Billy Wilder, il y a quelques baisses de rythme notamment parce que les numéros musicaux sont inégaux, mais c’est quand même souvent drôle. Comme dans le chef d’oeuvre de George Sidney, Kiss me Kate, le caractère polyphonique du récit séduit.

Les inventions formelles (plans à la grue, split-screen, stylisation des couleurs…) foisonnent au service du mouvement, les acteurs ne brillant plus par leurs talents dansants comme ils pouvaient briller du temps de l’âge d’or du genre dix ans auparavant. La musique, elle, par contre est brillante: le rock&roll est pastiché avec une verve qui a bien plus qu’inspiré les futurs auteurs de Grease.

Ce pourquoi Bye bye Birdie ne figure pas parmi les chefs d’oeuvre de Sidney -outre les quelques relâchements du rythme- c’est sa complaisance dans le mauvais goût qui dénote une attitude trop purement ricanante vis-à-vis de son sujet; attitude qui l’empêche de s’élever vraiment au-delà des jouissances de la satire, particulièrement dans tout ce qui a trait aux adolescents. Il n’en reste pas moins un film virtuose et très divertissant.

 

La blonde ou la rousse (Pal Joey, George Sidney, 1957)

A San Francisco, un chanteur séducteur hésite entre une riche rousse et une jeune blonde.

Un Sinatra trop âgé pour son rôle de jeune premier entretenu par une femme mûre et une mise en scène plus esthétisante que piquante amoindrissent la force corrosive du récit, malgré des dialogues spirituels. Cependant, La bonde ou la rousse demeure plaisant pour les raisons même qui l’empêchent d’être un sommet de verdeur comique façon Billy Wilder: l’importance accordée à la (somptueuse) musique de variété, les couleurs stylisées, la décontraction du rythme.

Un seul amour (Jeanne Eagels, George Sidney, 1957)

Dans les années 10-20, la fulgurante ascension de l’actrice Jeanne Eagels et sa déchéance non moins rapide à cause de l’alcool.

Si la progression dramatique peut parfois manquer de détails concrets, c’est que George Sidney a préféré traiter son matériau sur un mode symbolique, mythique et fantastique (la séquence où Jeanne retrouve l’actrice déchue est aussi vampirique que Persona) en mettant l’accent sur le visuel, comme s’il tentait de ranimer le cinéma de l’époque qu’il représente. Les contrastes du noir et blanc ne sont pas moins somptueux que ceux des plus beaux films muets. Si elle est parfois gratuite, cette stylisation n’est jamais forcée et jamais la mise en scène ne perd son allègre fluidité. Kim Novak est une pure présence digne de Louise Brooks tandis que Jeff Chandler apporte ce qu’il faut de densité humaine pour ne pas que l’oeuvre ne s’évapore à force d’évanescence.

Tu seras un homme mon fils (The Eddie Duchin story, George Sidney, 1956)

L’histoire du pianiste Eddie Duchin, pleine de succès et de malheurs.

Si le mélodrame est le genre destiné à faire pleurer le spectateur en lui rendant sensible la tragique ironie du destin, The Eddie Duchin story en constitue la quintessence. Aucune connotation sociale ou psychologique ici; uniquement la confrontation, dans une logique purement sentimentale, de l’homme à des évènements dévastateurs sur lesquels il ne saurait avoir de prise. La somptuosité visuelle et sonore, la science du cadrage qui inscrit physiquement les enjeux dramatiques dans l’image, la souplesse presque ophulsienne des mouvements d’appareil, l’interprétation stupéfiante de Tyrone Power dont le réalisateur se fait fort de nous montrer qu’il n’a pas été doublé pour les plans où il joue du piano et le tact non pusillanime avec lequel les rebondissements lacrymaux sont présentés (la fin!) font partie des qualités qui permettent à George Sidney d’atteindre à une vraie grandeur, typiquement hollywoodienne.

Showboat (George Sidney, 1951)

A la fin du XIXème siècle, les pérégrinations d’une famille de comédiens sur un bateau du Mississippi…

En dehors du personnage de Julie Laverne dont l’évolution est plus claire du fait qu’il est désormais joué par Ava Gardner et qu’on lui accorde plus d’importance, cette nouvelle version de Showboat est en tous points inférieure au film de James Whale. La poésie a disparu tandis que le Technicolor, la réécriture sirupeuse de la fin, l’interprétation et la pesanteur globale font tendre l’ensemble vers le cirque Barnum. Les chanteurs sont également moins bons (qui pourrait rivaliser avec Paul Robeson?).

Annie du Far West (Annie get your gun, George Sidney, 1950)

Battant sa vedette lors d’un concours de tir, une jeune fille rejoint le Buffalo Bill Wild West Show.

Au contraire d’autres comédies musicales de la MGM, le mauvais goût général et l’intrigue idiote, quoique basée sur la réalité, ne sont pas transfigurés par quoi que ce soit. Chorégraphiquement parlant, Annie du Far West est peu impressionnant. Betty Hutton est particulièrement grimaçante.

 

The swinger (George Sidney, 1966)

Pour se faire publier dans une revue, une jeune autrice envoie un texte érotique faisant croire qu’il s’agit de son autobiographie sexuelle.

Le montage accroît la vulgarité de cette satire grossière, efficace et roublarde qui fait feu de tout bois (accélérés, chansons, voix-off, burlesque…) pour moquer l’hypocrisie de la société américaine et qui étonne par sa liberté de ton, deux ans avant Woodstock, trois ans avant Easy rider.

La reine vierge (Young Bess, George Sidney, 1953)

Avant son accès au trône sous le nom de Elizabeth, l’amour tragique d’une bâtarde de Henry VIII pour un brillant amiral.

Le déroulement du drame manque de concision et est trop statique mais le style rend le tout intéressant: l’esthétisme de George Sidney, son goût pour les cadres larges admirablement composés et coloriés, n’empêche pas que son film comporte aussi des scènes d’un lyrisme intense où les cordes de Miklos Rosza sur le si doux visage de Jean Simmons font merveille.

Le bal des sirènes (Bathing beauties, George Sidney, 1944)

Après que sa fiancée l’ait plaqué devant l’autel suite à une machination de son commanditaire, un auteur de chansons intègre le pensionnat pour jeunes filles où elle travaille…

En dehors de l’avant-dernière séquence dans la chambre du héros où George Sidney pousse dans ses derniers retranchements l’art du vaudeville (et préfigure en cela Kiss me Kate), l’aspect comique du récit, bien que parti d’un postulat que n’aurait pas renié Blake Edwards, n’est pas très brillamment développé. Les numéros musicaux sont parfaitement décorrélés de l’intrigue tel qu’en en témoigne le titre du film n’ayant de rapport qu’avec le célèbre ballet final. Cependant, la virtuosité avec laquelle Sidney filme musiciens et danseuses, plus talentueux les uns que les autres, impulse un dynamisme des plus entraînants. Oeuvre composite, Le bal des sirènes s’avère, par la grâce d’une mise en scène enlevée et colorée, un divertissant tout à fait acceptable.

Les demoiselles Harvey (George Sidney, 1946)

Un groupe de jeunes filles arrive dans une ville du Far-West pour devenir serveuses dans un nouveau restaurant.

Entre western et comédie musicale, The Harvey girls ne convainc dans aucun des deux genres dans lesquels il s’inscrit: pas assez sérieux dramatiquement parlant pour un western, pas assez virevoltant pour une comédie musicale. Après un début qui promet grâce à ses couleurs chatoyantes, il a vite fait de s’étioler malgré l’allant du découpage de George Sidney dont les cadrages originaux et les mouvements de caméra amples et précis introduisent un dynamisme qui fait défaut à l’action, assez peu dansante.

Embrasse-moi, chérie (Kiss me Kate, George Sidney, 1953)

Un comédien met une scène une adaptation musicale de La mégère apprivoisée avec son ex-femme dans le rôle principal…

S’il n’était parfois ralenti par des tours de chants scéniques sans rapport avec la narration, Kiss me Kate se hisserait à la hauteur des meilleures comédies musicales parmi lesquelles figurent notamment Chantons sous la pluie et Tous en scène. Les auteurs ont repris une armature canonique du genre -le spectacle dans le film- qu’ils ont galvanisée dans une solution contenant tous les ingrédients d’une bonne comédie de remariage. L’entrain, la drôlerie et la vitalité du résultat sont irrésistibles. Ces qualités doivent beaucoup à la virtuosité des auteurs. D’abord, une virtuosité scénaristique transfigure le vaudeville à unité de temps et de lieu en démultipliant protagonistes et intrigues autour du couple principal. A l’instar du cocasse duo de mafiosi, chaque personnage secondaire a droit à son morceau de bravoure dans ce récit renoirien (on songe à French cancan sorti l’année suivante).

La virtuosité est ensuite plastique: George Sidney s’avère, plus que jamais, un des réalisateurs les plus doués pour filmer et restituer le mouvement; ce alors que sa mise en scène est soumise à des bornes spatiales très contraignantes. Salons minuscules, petites terrasses, loges et couloirs de théâtre sont en effet les décors qu’il doit se coltiner. En fait, ces  limites, exploitées par des danseurs extrêmement brillants, ont pour effet de redoubler l’intensité spectaculaire des numéros en concentrant leur dynamisme (à l’inverse de l’ampleur chorégraphique déployée dans d’autres chefs d’oeuvre du musical tel Pique-nique en pyjama). Il faut voir Ann Miller danser sur une table basse, encore plus éblouissante et sexy que Cyd Charisse, ou Tommy Rall faire des entrechats sur la rambarde du toit pour se rendre compte de la géniale singularité de Kiss me Kate à l’intérieur du genre le plus enchanteur de l’âge d’or hollywoodien.

Escale à Hollywood (Anchors aweigh, George Sidney, 1945)

Deux marins en permission -un séducteur et un puceau- s’entichent d’une chanteuse…

L’entrain de Gene Kelly et Frank Sinatra ainsi qu’un numéro assez extraordinaire où Gene danse avec Jerry (de Tom et Jerry) n’empêchent pas que cette comédie musicale apparaît bien trop longue (143 min!) compte tenu du peu qu’elle raconte.

L’amour en quatrième vitesse (Viva Las Vegas, George Sidney, 1964)

A Las Vegas, deux coureurs automobiles tombent amoureux d’une maître-nageuse…

George Sidney ne se donne pas la peine de faire croire aux niaiseries qu’on lui a demandé de raconter (le scénario est particulièrement nul)  mais cadre bien les scènes de danse et concocte de jolies couleurs. Evidemment, il y a de bonnes chansons (excellente interprétation de What I’d say) mais Elvis ne se révèle pas un grand acteur.