Le pélican (Gérard Blain,1974)

Après un séjour en prison, un homme est empêché de voir son fils par sa mère et son nouveau mari, richissime.

Le pélican est un beau mélodrame viril. Derrière une carapace bressionnienne, la sensibilité de l’auteur y brûle. Combien de cinéastes se sont filmés entrain de pleurer en gros plan sans que leur dignité n’en souffre? Je vois Clint Eastwood vingt ans plus tard et c’est tout. Ceci dit, le scénario aurait pu être mieux travaillé. En effet, les scènes où le héros espionne la nouvelle famille de son fils redondent entre elles, surlignent le propos et altèrent le rythme du récit.

Les « amis » (Gérard Blain, 1971)

Un jeune homme a une relation avec un homme plus vieux et plus riche que lui…

Les « amis » (les guillemets font partie du titre) peut être vu comme l’histoire d’un fils de prolo mal-aimé par sa famille trouvant dans sa relation avec un riche imprimeur la fenêtre ouverte sur un monde dont il voudrait faire partie. La nature de cette fenêtre, illusoire ou pas, est tout le sujet du film. Le cinéaste débutant -très influencé par Robert Bresson- est particulièrement doué pour évoquer un milieu social et le sentiment que celui-ci suscite en un minimum de plans choisis avec la plus grande des précisions. Ce sens de la métonymie lui permet également de dépeindre la relation homosexuelle avec un tact extraordinaire qui touche, dans les dernières images, au sublime. Le regard de Gérard Blain sur ses personnages a des qualités de franchise, de droiture et de pudeur extrêmement rares au cinéma. Comme le dit si bien Michel Marmin dans le Spectacle du monde de décembre 1971, Les « amis » réussit le prodige d’être « sans ambiguïté mais riche de nuances ». Cette richesse de nuances, couplée aux légères ritournelles de François de Roubaix, situe Les amis à l’opposé de la rigidité fataliste des travaux ultérieurs du cinéaste et contribue à en faire son film le plus délié et le plus touchant.

Autre texte enthousiaste ici.

Jusqu’au bout de la nuit (Gérard Blain, 1995)

Un malfrat en rupture avec la société tombe amoureux d’une jeune mère célibataire et l’entraîne dans sa cavale…

Un film raide. La littéralité des dialogues sur la société pourrie, l’abstraction des scènes d’action qui peut aller à l’encontre du réalisme le plus élémentaire (on dirait que la fusillade finale est mise en scène par un enfant qui joue à Scarface) et le schématisme du drame sont autant d’artifices qui dénotent l’arbitraire ayant présidé à la conception de l’oeuvre et qui rendent sensible une volonté de tragique plus que le tragique lui-même. Pourtant, « arbitraire » ne signifie pas ici « absence de sincérité » et Jusqu’au bout de la nuit parvient à émouvoir par la franchise même de son discours désespéré ainsi que par l’expressivité naturelle de Gérard Blain acteur qui, vieillissant, avait quelque chose d’un Clint Eastwood à la Française.

Un enfant dans la foule (Gérard Blain, 1976)

L’histoire d’un pré-adolescent mal-aimé qui se prostitue sous l’Occupation. Le sujet est douloureux mais le film dénué d’affect. La faute à un réalisateur qui singe Robert Bresson. Aridité de la mise en scène, ton monocorde des acteurs…l’austérité du style pouvait avoir un sens chez le réalisateur d’Un condamné à mort s’est échappé, elle exprimait, via un focus inédit sur les gestes d’hommes mûs par une transcendance, une vision janséniste du monde ; or Un enfant dans la foule est un film dénué de toute sorte de sacré et sa neutralité affichée apparaît comme une préciosité qui brasse du vide.  

Un contrechamp intéressant ici.