Le valet de coeur (A gentleman of Paris, Harry d’Abbadie d’Arrast, 1927)

La complicité entre un noceur parisien et son domestique s’effrite lorsque ce dernier se rend compte que son maître a aussi séduit son épouse.

Une comédie américaine au ton tout à fait exceptionnel. Bien sûr, le décor parisien, la présence du grand Adolphe Menjou et le classicisme parfait de la mise en scène rappellent L’opinion publique; cette analogie est d’autant plus facile à déceler si on se rappelle que Harry d’Abbadie d’Arrast fut l’assistant et le grand ami de Chaplin. Bien sûr, les personnages mondains et la maîtrise du hors-champ gaguesque évoquent Lubitsch. Toutefois, A gentleman of Paris est à ma connaissance la seule comédie hollywoodienne où la relation entre un aristocrate et son domestique vient alimenter et parasiter le sempiternel jeu du désir et de la convention sociale. Cette relation est dépeinte avec une élégante lucidité et un génial sens de l’ironie dont je ne connais d’équivalent que dans les films de Sacha Guitry.

 

Laughter (Harry d’Abbadie d’Arrast, 1930)

Une chercheuse d’or mariée à un millionnaire s’entiche d’un jeune pianiste…

En dépit d’un rythme pâteux typique des débuts du parlant, Laughter s’avère merveilleux. Certains historiens du cinéma en font la première des grandes comédies américaines de l’âge d’or mais le comique reste assez discret. Quant à l’émotion, elle n’est pas que sous-jacente tel qu’en témoigne le très surprenant suicide. Si Harry d’Abbadie d’Arrast préfigure ici Frank Capra et Leo McCarey, c’est grâce à l’originalité du ton avec lequel il transfigure son intrigue canonique. Chaque personnage est montré avec une empathie et une hauteur de vue qui l’arrachent à son rôle conventionnel pour le restituer dans une humanité pleine et entière. A elle seule, la délicatesse du découpage nuance et approfondit le sens de plusieurs scènes. Ainsi le gros plan sur le bracelet qui charge le happy-end d’une insondable mélancolie…