Charmants garçons (Henri Decoin, 1957)

Une danseuse de cabaret est courtisée par plusieurs hommes qui s’avèrent tous décevants.

Comédie qui tente de renouer avec la fantaisie de certain cinéma français d’avant-guerre voire tente de tutoyer les merveilles d’outre-Atlantique. Malheureusement, aussi méritant et sympathique soit-il, un quatuor Zizi Jeanmaire/François Périer/Daniel Gélin/Gert Froebe ne saurait rivaliser avec, disons, Danielle Darrieux, Albert Préjean, Julien Carette et Saturnin Fabre. A l’image d’une mise en scène dont l’application confine à la rigidité, ces acteurs manquent d’extravagance.

La multiplicité des enjeux et des personnages est au début source d’intérêt pour le spectateur mais finit par entraîner relâchement dans le rythme et dispersion dans le récit. L’escamotage du personnage de François Périer révèle le manque de rigueur de la construction dramatique. Un spectateur peu soucieux de la théâtralité des ficelles s’amusera quand même à plusieurs passages. Enfin, la couleur, qui aurait pu rehausser l’éclat de la fantaisie, fait littéralement pâle figure face au Techicolor américain.

Clara de Montargis (Henri Decoin, 1951)

Dans le Gâtinais, un jeune campeur part à la recherche d’une belle et mystérieuse femme qui l’a pris en autostop.

Comme tout commence par un rêve et que le personnage principal est un puceau, on aurait pu craindre niaiserie et rêverie de pacotille. Or il n’en est rien, ou presque. En effet, à l’exception d’une scène de rêve et d’une fin maladroite car voulant jouer sur les deux tableaux du réalisme et de l’onirisme, Henri Decoin reste terre-à-terre. Il montre un jeune homme rencontrant différents habitants de Montargis et des villes alentours. L’éventuel lyrisme induit par le romantisme de sa quête est sans cesse altéré par des détails prosaïques, tels les bruits de voiture dans la scène avec la comédienne au bord de la Loire.

Si poésie il y a, il ne s’agit pas d’une poésie à la Borzage mais d’une poésie à la Simenon, révélant l’envers de la tranquillité provinciale avec subtilité, sans pittoresque ni satire. Au long de ses pérégrinations dans le Gâtinais, le jeune homme va rencontrer une série de personnages gentiment vicieux: un alcoolique, un collectionneur de photos de femmes nues, un garagiste adepte de « parties fines », une cafetière amatrice de jeunes soldats…Chacun trompe l’ennui à sa façon. Cette révélation des dessous de la province voit son expression la plus littérale dans une surimpression, rare entorse de la mise en scène au réalisme des apparence, audacieuse à deux titres: elle montre la nudité d’une femme et cette femme est moche.

Bref, la juste distance de l’auteur par rapport à son personnage et les racines réalistes des facteurs de poésie (la nuit, la troupe de comédiens…) permettent au romantisme et à la critique flaubertienne de s’équilibrer finement. Clara de Montargis est un des bons films de Decoin, en plus d’être un des plus originaux du cinéma français des années 50.

Les amants du pont Saint-Jean (Henri Decoin, 1947)

Dans un village ardéchois faisant face à la Drôme, un vieux couple de marginaux doit se marier pour que le fils puisse épouser sa fiancée, jeune bourgeoise de l’autre rive.

Le pessimisme existentiel propre à la qualité française (scénario cosigné Aurenche) est finement dilué dans un récit qui déjoue les attentes du spectateur au profit d’une dialectique perpétuellement relancée entre exaltation amoureuse et morne déception due à la réalité. Riche de nuances donc de vérité, ce pessimisme s’avère infiniment plus profond et bouleversant que la noirceur uniforme où s’agitent les pantins de tant de films réalisés à la même époque.

La mise en relation des deux couples dans un complexe réseau narratif permet un regard d’une profonde acuité sur « l’amour ». Des détails réalistes, tel les cris dans la chambre à côté de celle des tourtereaux, la pertinence narrative aussi bien que thématique de la juxtaposition de séquences au ton opposé et un certain sens de l’insolite, tel ce Michel Simon brinquebalé par des gendarmes dans une charrette où il écoute un phonographe jouant une chanson réaliste, nourrissent ce regard.

Mais ce qui permet au film d’emporter le morceau, c’est bien sûr le couple Michel Simon/Gaby Morlay. Simon joue sur du velours un type de rôle qu’il a maintes fois éprouvé tandis que les manières de Gaby Morlay se trouvent profondément justifiées par son personnage, personnage qui joue à être une Parisienne sophistiquée. Les deux sont très émouvants.

Tout au plus manque t-il un peu de lyrisme dans la réalisation solide mais sage de Henri Decoin pour achever le chef d’oeuvre. En l’état, Les amants du pont Saint-Jean n’en demeure pas moins un film remarquable et magnifique.

 

 

Les bleus du ciel (Henri Decoin, 1933)

Pour séduire une aviatrice, un mécano tente d’apprendre à piloter.

Ce premier long-métrage de l’ancien aviateur qu’était Henri Decoin souffre de faiblesses techniques mais séduit un peu grâce à l’originalité de son intrigue qui renverse les stéréotypes et à la légèreté du ton, plusieurs chansons étant introduites dans l’action: une opérette avec des avions, c’est rare.

Parias de la gloire (Henri Decoin, 1964)

En 1947 en Indochine, des soldats français recueillent un pilote allemand qui s’est écrasé près de leur bunker.

Malgré une post-synchronisation calamiteuse et même si le fossé avec les chefs d’oeuvre américains du genre est patent (la même année sortait Les maraudeurs attaquent), on tente de croire pendant une bonne moitié du métrage que, avec sa dignité et sa sobriété, le respectable Decoin a réalisé un des seuls bons film de guerre français. Malheureusement, l’intrigue impossible avec l’ancien FFL qui refuse de sympathiser avec le vétéran de la Wehrmacht fait définitivement basculer l’oeuvre dans le mauvais théâtre.

Le bienfaiteur (Henri Decoin, 1942)

Un philanthrope qui fait le bonheur d’une petite ville de province est en réalité à la tête d’une bande de malfrats parisiens…

Le scénario de ce vague plagiat de L’étrange monsieur Victor est cousu de fil blanc mais Raimu est très bon. La scène où il supplie le flic de ne pas mettre au courant sa fiancée a beau être attendue, il la joue avec une telle implication émotionnelle qu’elle est difficilement résistible.

Tous peuvent me tuer (Henri Decoin, 1957)

Après avoir dérobé des bijoux, des malfaiteurs se font volontairement emprisonner pour un délit mineur de façon à avoir un parfait alibi. Pendant leur détention, ils meurent un à un…

La fumeuse résolution de l’intrigue trahit le manque d’ambition des auteurs mais Henri Decoin découpe ça avec une efficacité plastique digne des films noirs de Hathaway et son film se suit avec plaisir. La mise en scène (découpage, éclairage, direction d’acteurs) peut même transmettre une certaine poésie: ainsi de la scène du parloir, presque géniale. Les acteurs sont biens, en particulier Francis Blanche et le jeune et déjà savoureux Jean-Pierre Marielle.