La fille du bois maudit (The trail of the Lonesome Pine, Henry Hathaway, 1936)

Dans les Appalaches, un ingénieur souhaitant installer une exploitation de charbon perturbe une vendetta entre deux familles locales.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la splendeur des couleurs : la beauté des feuillages automnaux et des lacs de montagne n’a d’égale que celle du visage, maquillé au-delà de tout réalisme, de Sylvia Sidney. Le pari de sortir les lourdes caméras Technicolor du studio, pour la première fois, s’avère largement payant.

La peinture des paysans arriérés brille par sa justesse de ton. Ni complaisant ni vulgairement condescendant, Hathaway alterne la bizarrerie comique, la violence sauvage et la sympathie émue avec franchise et naturel. Je pense au moment où les hommes signent le contrat d’exploitation d’une croix. Instant pudique et touchant qui révèle dans le point de vue sur les péquenauds une grandeur absente de n’importe quel « chef d’œuvre » des frères Coen. Le récit est éloigné de tout manichéisme et l’arrivée de la civilisation dans cette communauté reculée, globalement présentée comme bienfaitrice, ne va pas sans perte ni fracas.

Ce fracas donne lieu dans la dernière partie du film à une puissante accélération dramatique dont l’implacable dureté transcende une certaine théâtralité latente et des conventions parfois intégrées grossièrement au scénario. Henry Hathaway sait faire poindre le détail saillant qui donne tout son poids à une scène donnée. Exemple : les spasmes de Dave mourant.

La fille du bois maudit est donc un très bon film.

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Le retour du proscrit/Prisonnier de la haine (The shepherd of the hills, Henry Hathaway, 1941)

Dans une communauté montagneuse reculée, un homme qui avait abandonné sa famille revient avec plein d’argent…

Un manque de franchise dans la narration, de fraîcheur dans le ton (ce qui, vu le cadre de l’action, est un comble) et de notations concrètes dans la mise en scène donne à ce western des airs alambiqués et faussement simples mais quelques morceaux de bravoure à la beauté mythologique (la rencontre avec le cousin sourd, l’aveugle qui retrouve la vue, l’incendie…) laissent présager le grand film que The shepherd of the hills aurait pu être si l’écriture avait été plus soignée, si, à tout le moins, les auteurs avaient fait plus attention au naturel de leurs dialogues. De plus, John Wayne et, surtout, Harry Carey sont très bons.

L’attaque de la malle-poste (Rawhide, Henry Hathaway, 1951)

Des bandits séquestrent les occupants d’un relais en attendant la diligence chargée d’or…

Les ficelles dramatiques quelque peu artificielles du huis-clos confrontant honnêtes gens et malfrats sont transfigurées par la sécheresse inhabituelle de la mise en scène: sobriété heureuse de l’expression, dureté des scènes de violence, âpreté du noir et blanc. Reptile zébrant de son corps dégingandé ces images minérales, le formidable Jack Elam, qui faisait ici ses débuts de comédien, retient l’attention.

Cent dollars pour un shérif (True grit, Henry Hathaway, 1969)

Une jeune fille paye un shérif alcoolique pour retrouver l’assassin de son père.

Ce western tardif n’est pas foncièrement nul. Le personnage de la jeune fille acharnée est intéressant avant de se figer en stéréotype de comédie. Le cabotinage de John Wayne est sympathique. La chanson interprétée par le grand Glen Campbell est chouette. Mais True grit est un film de vieux, un film de papy, un film largement dépassé dès l’époque de sa sortie. En témoignent son rythme mollasson et ses péripéties superfétatoires. En 1954, la même histoire aurait été filmée avec une bonne demi-heure de moins.

Pagode en flammes/Sur la route de Birmanie (China Girl, Henry Hathaway, 1942)

Film de propagande sur la résistance chinoise. Le début est très bon, avec des péripéties typiques du film d’aventure qui  s’enchaînent sans la moindre graisse, dans le plus pur style Hathaway. De plus, la photo de Lee Garmes est jolie. Malheureusement, la love story conventionnelle est difficilement croyable et la fin emphatique est risible même si spectaculaire au sens le plus primaire du terme. Quant à Gene Tierney, elle est -évidemment- superbe, dans un rôle d’Asiatique similaire à celui qu’elle tenait la même année dans Shanghai Gesture. Un film anecdotique à réserver aux inconditionnels de la belle.